Un outil de dépistage innovant face à une législation française en retard
Alors que la consommation de protoxyde d'azote, communément appelé « gaz hilarant », continue de faire des ravages sur les routes françaises, un paradoxe persiste : la loi ne permet toujours pas aux autorités de procéder à des contrôles spécifiques pour détecter cette substance chez les conducteurs. Pourtant, une solution technologique existe déjà. Basée à Aix-en-Provence, la société Olythe a mis au point l'OCIN₂O, un dispositif de dépistage fiable capable de détecter le protoxyde d'azote dans l'air expiré en seulement une minute, et ce jusqu'à plusieurs heures après la consommation, à l'instar d'un éthylotest classique.
Le fonctionnement précis de l'OCIN₂O
Guillaume Nesa, cofondateur d'Olythe, détaille le mécanisme de cet appareil révolutionnaire. « Il s'agit d'un spectroscope que nous avons réussi à miniaturiser », explique-t-il. Un capteur optique mesure différents gaz dans l'air expiré, notamment le protoxyde d'azote. Concrètement, un faisceau lumineux traverse une petite chambre, avec un émetteur d'un côté et un détecteur de l'autre. L'échantillon d'air expiré circule dans cette chambre, et la présence de molécules ciblées est détectée par mesure optique, permettant de déterminer leur concentration. Cette technologie est identique à celle utilisée dans les éthylotests fabriqués par la même entreprise.
L'OCIN₂O affiche instantanément son résultat en « ppm » (particules par million). En théorie, ce chiffre devrait être nul. Si une personne a consommé du protoxyde d'azote, plusieurs milliers de ppm sont mesurés, indiquant une consommation récente.
Une fiabilité prouvée et des délais de détection étendus
La fiabilité de l'appareil est un point crucial. « Notre détecteur est fiable à 100 % », assure Guillaume Nesa. Le protoxyde d'azote est un gaz dont la concentration est si élevée qu'il met du temps à s'évacuer complètement, d'autant qu'il peut être piégé dans certaines graisses corporelles. Ainsi, il reste détectable longtemps après la consommation. Une étude clinique a montré qu'il fallait environ cinq heures pour que la concentration passe de 5 000 ppm à 0 ppm, offrant une fenêtre de détection large pour les contrôles.
Des obstacles législatifs en France
Malgré cette innovation, son utilisation en France se heurte à des barrières juridiques. Olythe travaille déjà avec les forces de l'ordre de plusieurs pays, mais pas encore en France, où la loi ne le permet pas. Cependant, l'appareil est actuellement testé dans les laboratoires de la Police scientifique française. Le processus législatif est lent : une première proposition de loi a été rejetée, et une seconde, visant à encadrer la consommation de protoxyde d'azote et à interdire son usage au volant, est en attente. Des décrets spécifiant les sanctions et les modalités de mesure devront suivre, ce qui prendra un temps certain.
Guillaume Nesa souligne les retards supplémentaires induits par les échéances électorales. « Les présidentielles vont suprêmement retarder le processus, et malheureusement, d'ici là, on retrouvera encore des jeunes morts sur la route, un ballon dans la bouche, qui auront tué une personne arrivant en face », déplore-t-il. En attendant, Olythe vend également ses appareils à des centres d'addictologie, permettant un suivi pathologique pour les personnes dépendantes, car le protoxyde d'azote reste une drogue avec des risques d'addiction sévère.
Des succès à l'étranger et des défis économiques
L'idée de développer ce détecteur est née d'un besoin exprimé par les forces de l'ordre allemandes, belges, néerlandaises et danoises. Le Danemark a été le premier à légiférer, interdisant la conduite sous l'influence du protoxyde d'azote et imposant des sanctions. Depuis fin 2025, l'OCIN₂O est utilisé lors des contrôles routiers danois, suivi de prises de sang et d'analyses en laboratoire. Les premiers retours indiquent une baisse du nombre de conducteurs sous l'emprise de cette substance dans la région de Copenhague, grâce à l'efficacité des contrôles et à la dissuasion des sanctions.
En France, l'appareil est commercialisé, mais son prix de 900 euros hors taxes reste un frein. Olythe avait envisagé un dispositif connecté pour permettre aux parents de faire tester leurs enfants avant qu'ils ne prennent le volant, mais le coût élevé des composants rend une réduction drastique du prix impossible sans sacrifier la précision. « S'il devait coûter 100 euros, on n'y arrivera pas », conclut Guillaume Nesa, soulignant le dilemme entre accessibilité et fiabilité.



