Le débridage des trottinettes électriques : une tendance dangereuse qui se propage sur les réseaux sociaux
Le frein maintenu enfoncé, cinq pressions successives sur le bouton d'allumage, et un mode secret apparaît sur l'écran. Cette manipulation, décrite dans des tutoriels vidéos qui pullulent sur les réseaux sociaux, permet de débrider facilement certains modèles de trottinettes et vélos électriques. Mehdi, 19 ans, auteur marseillais d'un de ces tutoriels très populaires, explique à 20 Minutes : « Pour certains modèles de trottinettes, il faut un kit à 40 euros ; c'est tellement simple de les débrider que les constructeurs font exprès je pense ».
Un phénomène viral aux conséquences légales graves
Le jeune homme, qui accumule les millions de vues sur son compte TikTok @mehdi.trot.sl13, précise immédiatement : « Et je tiens à le préciser tout de suite : C'est parfaitement illégal de débrider une trottinette ou un vélo pour qu'il dépasse les 25 km/h ». En effet, selon le site du gouvernement, débrider un engin pour lui permettre de dépasser sa vitesse maximale autorisée (25 km/h) « est puni d'un an d'emprisonnement et de 30.000 euros d'amende », avec une amende complémentaire de 1.500 euros et une mise en fourrière possible en cas d'usage sur la voie publique.
Des kits de débridage accessibles en trois clics
Concernant les vélos électriques, l'opération de débridage peut s'avérer plus complexe et nécessiter la pose de kits spécifiques, également requis pour certaines trottinettes. Ces kits se trouvent facilement en ligne pour 50 à 150 euros selon les modèles. Quant à l'installation, certains bricoleurs se proposent via des annonces sur les réseaux sociaux ou LeBonCoin, tandis que les magasins traditionnels évitent visiblement de s'aventurer dans ces propositions illégales.
Des vitesses démesurées et des interpellations spectaculaires
Si la plupart des trottinettes et vélos électriques débridés atteignent les 50 km/h, certains modèles plus onéreux peuvent s'élancer à près de 100 km/h une fois modifiés. Ces performances ont conduit à des interpellations spectaculaires :
- Fin février à Veuzain, dans le Loir-et-Cher, où les gendarmes ont intercepté un utilisateur dont l'engin pouvait atteindre les 100 km/h
- Sur l'A50 entre Marseille et Toulon fin novembre, lorsqu'un équipage de police s'est fait doubler par un adolescent de 16 ans circulant à plus de 90 km/h sur un vélo électrique trafiqué développant jusqu'à 5.000 watts de puissance, alors que la réglementation limite à 250 watts
Un débat sur la sécurité et la réglementation
Mehdi, qui possède actuellement une trottinette capable d'atteindre 90 km/h, défend paradoxalement certains aspects du débridage : « Enormément de gens débrident leur trottinette parce qu'être limité à 25 km/h maximum en ville, à Marseille, au milieu des voitures et deux-roues à 50 km/h, c'est dangereux ». Il propose une solution réglementaire : « Il faudrait pouvoir classer ces engins en trois catégories selon leur vitesse maximale et leur qualité. Une pour celles limitées à 25 km/h, une jusqu'à 50 km/h et une dernière catégorie au-delà », avec formation et équipements de sécurité obligatoires le cas échéant.
Un marché en pleine expansion
Ces engins de micro-mobilité sont devenus un véritable mode de déplacement urbain et interurbain. En 2024, selon l'ANUMME (Association nationale des utilisateurs de micro mobilité électrique), il s'est vendu en France 615.000 trottinettes électriques (environ 3,6 millions depuis 2020) et 565.000 vélos à assistance électrique. Le marché propose des modèles pour toutes les bourses, de 200 à plus de 1.000 euros pour les trottinettes, et de 700 à plus de 3.000 euros pour les vélos électriques.
Le Code de la route prévoit que dans les agglomérations, les conducteurs de trottinettes électriques doivent circuler sur les pistes et bandes cyclables. En l'absence de ces infrastructures, ils peuvent utiliser les routes limitées à 50 km/h maximum. Cette réglementation, combinée à la facilité de débridage, crée un terrain propice à des pratiques dangereuses qui interrogent sur l'adaptation des règles à l'évolution rapide des modes de déplacement urbains.



