Joachim Le Floch-Imad : son essai choc sur l'Éducation nationale
Joachim Le Floch-Imad : l'essai qui secoue l'Éducation nationale

Diplômé de Sciences Po et de la Sorbonne, Joachim Le Floch-Imad est enseignant et essayiste. Il publie au Cerf le 21 août un essai intitulé Main basse sur l’Éducation nationale, qui va probablement faire des vagues. L’auteur, qui dit marcher politiquement dans les pas de Jean-Pierre Chevènement, a décidé d’aborder tous les sujets qui fâchent. L’immigration ? Elle fait baisser le niveau en primaire, « évidemment ». Les zones d’éducation prioritaire ? « Un fiasco. » Les sciences de l’éducation ? Une imposture néfaste, dont la mort a été annoncée trop tôt. Le ministère ? Une bureaucratie lourde qui appelle des « coupes drastiques ». Les syndicats ? « Politisés », sortis depuis trop longtemps de leur champ de compétences. Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale et le Conseil supérieur des programmes ? À supprimer, ainsi que des centaines d’emplois qualifiés par l’auteur de « semi-fictifs » et qui, selon lui, alourdissent le mammouth bien plus que les postes d’enseignants. Des affirmations chocs, mais solidement étayées.

Une école qui a perdu sa mission première

Interrogé par Le Point, Joachim Le Floch-Imad explique : « Notre système éducatif navigue à vue, au gré d’effets d’annonce, de mesures court-termistes et de débats de façade sur des sujets périphériques. Ce brouillage des finalités nuit à la mission première de l’école : la transmission des connaissances. » Il dénonce une dérive pédagogique issue du mouvement de l’Éducation nouvelle, qui consacre l’enfant-apprenant au détriment de l’élève et transforme l’école en contre-société libertaire.

Selon lui, si des digues ont cédé dans les discours, la technostructure de l’Éducation nationale n’évolue que très lentement. « Il suffit de regarder le profil des recteurs, les formations dans les Inspé ou les rapports de force au sein de l’Inspection générale pour constater que les sciences de l’éducation infusent à tous les échelons. » Il accuse les ministres se réclamant d’une action en faveur de l’élévation du niveau de tromper les Français, notamment avec la réforme des concours d’Élisabeth Borne.

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Des moyens en baisse et mal alloués

L’essayiste cite un chiffre surprenant : la dépense intérieure publique d’éducation baisse sur 40 ans, passant de 4,3 % du PIB en 1980 à 3,7 % en 2020. « La réalité est plus sombre encore puisque près de 30 % des dépenses d’éducation sont consacrées aux pensions de fonctionnaires à la retraite. » Il ajoute que le budget de l’école a été amputé de 11 milliards d’euros annuels, ce qui pourrait être investi dans l’enseignement primaire ou la revalorisation des professeurs, dont le pouvoir d’achat a diminué de 25 % en 25 ans, entraînant un effondrement des vocations et une explosion des démissions.

Il critique également la part du personnel non enseignant : « Plus de 20 % de la dépense totale des établissements va au personnel non enseignant, deux fois plus qu’en Espagne. » Il propose de supprimer le Conseil scientifique de l’Éducation nationale, le Conseil supérieur des programmes et le Conseil de l’évaluation de l’école, ainsi que des emplois de bureau semi-fictifs. « La France bat des records en matière de rémunération du personnel non-enseignant, avec un coût annuel pour l’État par administratif à temps plein de 200 000 euros. »

Immigration et éducation prioritaire : des sujets tabous

Sur l’immigration, Joachim Le Floch-Imad affirme : « Avec plus d’un élève de CM1 sur cinq qui parle une autre langue que le français à la maison, l’immigration transforme notre système éducatif. Force est de constater que l’immigration tire le niveau moyen vers le bas et renforce l’hétérogénéité des classes. » Il déplore le déni du ministère sur ce sujet, ce qui empêche de trouver les bons remèdes.

Concernant l’éducation prioritaire, il la qualifie de « fiasco » : « On arrose le désert avec de l’argent public – 8 milliards d’euros par an –, pour des résultats toujours plus mauvais. » Il propose de rapprocher la carte de l’éducation prioritaire des réalités sociodémographiques, de flécher les professeurs expérimentés vers ces établissements et d’aménager les programmes.

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Reprendre la main face à l'État profond

Interrogé sur la manière de reprendre la main, l’essayiste estime que « la faiblesse du politique crée une brèche dans laquelle s’engouffre l’administration de la rue de Grenelle ». Il préconise de « démanteler une partie de la bureaucratie, procéder à des rotations aux postes stratégiques et sanctionner les fonctionnaires qui contreviendraient à leur devoir de loyauté ». Il ajoute qu’il faudrait retirer l’agrément des associations qui se livrent à du prosélytisme militant.

Le bac, symbole de la démagogie

Pour Joachim Le Floch-Imad, « le bac est le symbole de la démagogie ambiante ». Il dénonce la hausse des mentions « très bien » de 1 157 % en 25 ans, au prix de consignes de correction laxistes. Il propose de rétablir l’exigence, l’évaluation et la sélection : retour des notes en primaire, réhabilitation du redoublement, brevet couperet obligatoire, sélection à l’université et fin de sa gratuité. Il suggère également un plan de revalorisation de la voie technique et le passage du collège unique au collège modulaire.