Les deux jeunes acteurs écossais Mitchell Robertson et Stuart Campbell incarnent les versions adolescentes de Richard Gadd et Jamie Bell dans « Half Man », disponible sur HBO Max et série d'ouverture de Canneseries, diffusée jeudi soir. Un duo atypique sur et en dehors des caméras. Ils se sont confiés sur cette « fraternité » pas comme les autres.
Une relation particulière
Mitchell Robertson a 21 ans, un accent écossais à couper au couteau, et son complice Stuart Campbell, Écossais lui aussi, lui rend un septennat et un accent un poil moins prononcé. Les deux jeunes acteurs incarnent Richard Gadd et Jamie Bell jeunes, dans la série Half Man, projetée en ouverture du festival Canneseries (qui se tient au Palais des Festivals de Cannes jusqu'au 28 avril 2026) et disponible sur HBO Max ce vendredi 24 avril. Mitchell y campe Niall, un jeune garçon chétif, intranquille qui se cherche. Stuart est Ruben, un adolescent cabossé par la vie, en colère et capable d'explosion de violence. Alors quand leurs mères se mettent en couple, ils se retrouvent sous le même toit. Le début d'une « fraternité » aussi fusionnelle que dangereuse, que la série va raconter sur trois décennies. Face à nous, à Cannes, deux acteurs soudés qui racontent cette folle aventure.
Comment avez-vous travaillé ensemble, hors caméra, pour établir ce niveau de confiance et rendre cette codépendance si évidente ?
Mitchell Robertson : Nous nous sommes réunis avant de commencer à filmer pour parcourir tout le script. Et nous avons pu jouer avec les changements dynamiques, les nuances des scènes, celles qui causent des dégâts pour l'autre, et cela nous a aidés à poser les fondations de leur relation.
Stuart Campbell : Comme on avait une vraie alchimie en dehors des caméras, cela nous a aidés à avoir une connexion immédiate dans le récit. Je pense que nous avons cliqué immédiatement et trouvé une vraie amitié. Et ce lien a été un plus quand il fallait jouer des scènes avec une vraie vulnérabilité. C'est une relation particulière, avec des accroches physiques, intenses. Je pense que c'était plus facile d'aller à tous ces endroits parce que nous avions l'impression de pouvoir se confier à l'autre.
Comment avez-vous travaillé votre rencontre, où un Niall fragile se retrouve face à un Ruben qui a besoin de domination et d'affection ?
M. R. : Ce ne sont pas vraiment deux étrangers quand ils se rencontrent dans la série, ils se sont déjà vus, plus jeunes, sans se fréquenter. Mais Niall a une forme de peur en lui car Ruben a un ou deux ans de plus, ça joue quand vous êtes adolescent. Niall est intranquille alors il regarde toujours autour de lui, il essaie de repérer le danger. Et quand Ruben entre dans une pièce, il se passe quelque chose car il est plus vieux, plus grand, il fait peur.
S. C. : Pour Ruben, il y avait un côté presque mythologique. On sent une forme de violence en lui qui peut jaillir à n'importe quel moment, et il fallait le faire ressentir dès la première scène. Comme une énergie qui va exploser. On se rend vite compte qu'il a eu un parcours délicat, fait de violence, qu'il n'est pas très à l'aise avec le fait que sa mère se mette en couple avec celle de Niall.
« On a eu beaucoup de liberté. Richard Gadd nous disait en permanence de fonctionner à l'instinct. »
Comment avez-vous travaillé avec Richard Gadd et Jamie Bell pour synchroniser vos postures, vos façons de parler, vos manières ?
M. R. : On a eu beaucoup de liberté. Richard Gadd nous disait en permanence de fonctionner à l'instinct.
S. C. : Pour le personnage de Richard, on a forcément pensé aux tatouages mais aussi à la dimension physique de notre personnage pour qu'il y ait une forme de continuité dans la masse physique imposante qu'il représente pour Niall. J'ai aussi beaucoup travaillé sur la voix pour trouver des inflexions. On a tous les deux un accent écossais mais ils sont différents, alors j'ai essayé de me rapprocher de sa voix, de manière subtile.
Aviez-vous connaissance du devenir de vos personnages une fois adulte ? Est-ce que cela a influencé votre manière de jouer ?
M. R. : Nous n'avions pas accès aux scénarios des trois derniers épisodes. Ce n'était pas frustrant pour ma part car j'avais le sentiment que ce que l'on avait fait sur les trois premiers épisodes était un récit à part entière. Et je pense que si j'avais su pour la suite, j'aurais été influencé dans ma manière d'envisager Niall.
S. C. : C'est drôle car moi c'est l'inverse, j'aurai aimé connaître le sort de Ruben, cela m'a un peu frustré. Peut-être que mon travail aurait été différent mais j'aurais préféré savoir ce qui allait se passer. Peut-être que cela m'aurait donné plus de liberté, plus de spontanéité mais au fond j'ai été heureux de travailler ainsi aussi.
Il y a une scène très marquante, c'est quand Ruben « invite » Niall à partager une relation charnelle avec une fille devant lui, comment avez-vous préparé ce moment ?
S. C. : Il y avait plusieurs coordinateurs d'intimité car c'est une scène majeure. On a beaucoup échangé en amont, on a énormément parlé. On a mis une journée entière pour tourner cette scène. Je pense que c'était nécessaire de prendre le temps et de tout sécuriser. Que tout le monde se sente à l'aise. On a pris énormément de précautions. Tout le monde était très concentré, très impliqué. Il fallait un maximum de sécurité, prendre soin des autres. Et Charlotte Blackwood, l'actrice, a été fantastique.
M. R. : Comme Richard Gadd nous avait très bien expliqué l'intérêt de la scène, cela a été plus facile à tourner. Cette scène et ce moment sont vraiment importants pour le changement de dynamique dans la relation entre Niall et Ruben mais aussi dans le rapport que Niall a avec son propre corps, alors que pour Ruben, c'est une étape logique dans sa manière de protéger Niall tout en le possédant.
« L'objectif était d'être imprévisible, pas terrifiant. »
Mitchell, est-ce que vous aviez peur de son interprétation de Ruben et de sa présence ? Et vous, Stuart, avez-vous eu peur de vous-même sur certaines scènes ?
M. R. : Je sais combien il est gentil et qu'il est en fait l'opposé de Ruben. Donc je trouve ça difficile de le regarder et de ressentir une forme de peur. Mais je peux comprendre pourquoi d'autres pensent qu'il est le plus terrifiant du monde. (rires) Ce n'est pas ce qu'il est qui effraie, c'est son imprévisibilité. Cette colère qui se déclenche sans prévenir.
S. C. : L'objectif était d'être imprévisible, pas terrifiant. Même quand il y a des moments physiques où c'est inconfortable d'être avec quelqu'un comme Ruben, j'essaie de savourer ces moments de vulnérabilité car en réalité il se cherche, il n'est pas si différent de Niall. C'est une bête blessée qui peut être prostrée dans un coin par peur de ce qu'elle est capable de faire.
Aviez-vous des références pour vos personnages ?
M. R. : Andrew Scott dans All of Us Strangers, c'est une prestation qui marque, qui inspire, et c'est drôle car Jamie Bell joue dans ce film. Et la production m'avait conseillé de regarder And Then We Danced, un film géorgien.
S. C. : Bizarrement, je n'avais rien en tête. Je voulais surtout me concentrer sur mon ressenti et essayer de comprendre ce que cela pouvait être que d'être dans une cage.
Half Man, disponible sur HBO Max.



