Jean Harambat livre un cri d'amour pour la ruralité solidaire
Harambat : un cri d'amour pour la ruralité solidaire

Jean Harambat livre avec ce nouvel album un cri d'amour pour un mode de vie rural et solidaire. Un album précieux par un amoureux des Landes et de son terroir. L'auteur fait un pas de côté pour observer, ressentir et raconter. Mais là où certains parlent de leur retour à la terre comme d'une rupture ou d'une reconnexion vécue comme une urgence, Harambat s'inscrit dans une continuité, une filiation.

Une filiation paysanne

Celle de son père paysan en pays d'Armagnac, de son frère qui en a épousé le métier, d'une ruralité dont il se sent héritier. « J'ai toujours rêvé d'être fermier » relate cette transmission douce, ce passage de témoin entre les générations, une solidarité qui ne se contente pas de mots. Un témoignage à hauteur d'hommes, sans condescendance ni complaisance, nourri de l'expérience de la main et de l'immense culture de l'auteur d'« Ulysse, les chants du retour ».

Un projet de ferme contrarié

Filiation ne s'oppose pas à raison. L'auteur a un temps caressé le projet de reprendre l'exploitation familiale. Son frère lui a répondu « pour quel projet ? ». Faute de pouvoir y apporter une réponse nette, il a opté avec sa famille pour une vieille ferme à retaper, sans pour autant lâcher ses crayons. La Bouyrie s'ouvre alors au lecteur, tout à la fois décor et personnage à part entière, motrice de la narration.

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Le geste et la contemplation

Le quotidien des réparations, tout autant que les saisons, guide Harambat dans l'écriture de cet album au rythme ultra-maîtrisé, inscrivant son rapport à la nature et la ruralité dans le temps long. Cette recherche constante d'équilibre, travail invisible, fait la force de ce livre précieux. Un équilibre de l'image et de la parole, de la réflexion et du vécu, de l'histoire et du quotidien, du geste et de la contemplation, où lenteur n'est pas synonyme d'indolence.

L'auteur cite volontiers Homère, Xénophon, le dessinateur Sempé... Mais l'essentiel est ailleurs, dans le geste retrouvé, la pertinence s'imposant face à la perfection, avec « un certain flottement dans les mathématiques ». Dans l'échange et la transmission, avec son propre père, figure omniprésente, et son frère, mais aussi avec ses voisins : ce géant suédois qui vient l'aider dans ses travaux, ce nonagénaire qui le conseille pour protéger ses poules du renard, le berger tout proche ou les deux exploitants voisins. Un monde d'entraide, de joies simples, enraciné, en osmose avec la nature.

Entre ciel et sol

Jean Harambat n'entend pas ici faire le portrait de la paysannerie ni délivrer un manifeste d'urgence écologiste, mais témoigner « la façon dont une forme de vie résiste dans la ruralité, et se traduit par des savoir-faire, de l'entraide, une forme de débrouille… » face à « l'obsolescence de l'homme » prônée par « une société de consommation aliénante ». L'auteur a retravaillé son dessin, s'inspirant du travail du graveur Henri Rivière ou même d'estampes japonaises contemporaines, jouant de la plume et du feutre pour le trait, de l'informatique pour les couleurs, afin de trouver les bons équilibres. « Faire de la place au ciel et au sol », un moment suspendu.

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