Budget UE : le risque d'une austérité prématurée
Budget UE : le risque d'une austérité prématurée

L'Union européenne risque de répéter une erreur familière en resserrant trop tôt sa politique budgétaire, prévient une tribune publiée dans Le Monde. Alors que les règles budgétaires, suspendues depuis 2020, doivent revenir en 2024, plusieurs voix s'élèvent pour réclamer un retour rapide à l'orthodoxie. Mais cette précipitation pourrait étouffer la reprise et aggraver la crise économique.

Un calendrier de retour à la normale contesté

La Commission européenne a proposé de réactiver le pacte de stabilité et de croissance en 2024, après trois ans de suspension due à la pandémie. Ce pacte limite le déficit public à 3 % du PIB et la dette à 60 % du PIB. Or, avec des dettes publiques atteignant des niveaux records dans plusieurs pays, notamment en Italie (150 % du PIB) et en Grèce (200 %), un retour strict aux règles pourrait imposer des coupes budgétaires drastiques.

Les auteurs de la tribune, parmi lesquels des économistes et des anciens responsables politiques, estiment qu'une telle rigueur serait contre-productive. Ils rappellent que l'austérité mise en œuvre après la crise de 2008 a prolongé la récession en Europe, notamment dans les pays du Sud, et a contribué à la montée des populismes. « Répéter cette erreur serait une faute politique et économique majeure », écrivent-ils.

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La nécessité d'une réforme en profondeur

Plutôt qu'un simple retour aux règles d'avant, les signataires appellent à une réforme ambitieuse du cadre budgétaire européen. Ils proposent notamment de différencier les efforts d'ajustement selon la situation de chaque pays, de prendre en compte les investissements d'avenir (transition écologique, numérique, défense) et de créer une capacité budgétaire commune pour soutenir les chocs asymétriques.

La Commission a déjà esquissé une réforme, mais celle-ci reste timide aux yeux des auteurs. Ils jugent que les propositions actuelles, qui laissent une marge de négociation aux États membres, risquent de déboucher sur un statu quo ou sur une application rigide des critères.

Un débat qui divise l'Europe

Le sujet divise profondément les pays membres. D'un côté, les « frugaux » (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) plaident pour une discipline budgétaire stricte, afin de rassurer les marchés financiers. De l'autre, les pays du Sud, très endettés, demandent plus de flexibilité et de solidarité. La France, elle, cherche une position médiane, en insistant sur la nécessité d'investir dans les transitions.

Les discussions sont d'autant plus tendues que la Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation, ce qui renchérit le coût de la dette. Une politique budgétaire restrictive combinée à une politique monétaire restrictive pourrait plonger la zone euro dans une récession, préviennent les économistes.

Un risque de décision précipitée en 2024

La pression est forte pour trouver un accord avant les élections européennes de juin 2024. Mais les auteurs de la tribune mettent en garde contre une décision précipitée, qui ne laisserait pas le temps d'une réflexion approfondie. Ils appellent à un débat public et démocratique sur les choix budgétaires, plutôt qu'à des négociations techniques entre ministres des Finances.

En attendant, les marchés surveillent de près les indicateurs économiques. Une nouvelle crise de la dette souveraine, comme en 2011, n'est pas exclue si la confiance venait à s'effriter. La leçon de l'histoire est claire : l'austérité prématurée a des coûts humains et économiques considérables, et l'Europe ne peut se permettre de répéter les erreurs du passé.

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