La Cour suprême de Virginie a annulé vendredi 8 mai le redécoupage électoral de cet État américain destiné à favoriser les démocrates, un revers pour l’opposition à Donald Trump, à moins de six mois des élections législatives de mi-mandat. Le président républicain s’est aussitôt félicité d’une « énorme victoire » pour son parti et « pour l’Amérique », dans un message sur son réseau Truth Social.
Un redécoupage contesté
En faisant pression en 2025 sur le Texas pour qu’il redessine sa carte électorale en faveur des républicains, Donald Trump a déclenché une vague de redécoupages électoraux à travers le pays, y compris dans des États dirigés par des démocrates décidés à répondre coup pour coup, comme la Virginie ou la Californie. Donald Trump tente ainsi de préserver la faible majorité républicaine au Congrès après les élections de mi-mandat en novembre, qui s’annoncent périlleuses pour son camp. Ce scrutin vise à pourvoir la totalité des 435 sièges de la Chambre des représentants ainsi que 33 des 100 sièges au Sénat. Les républicains ne disposent actuellement que d’une faible majorité dans ces deux assemblées, et les démocrates espèrent bien reprendre le contrôle de la Chambre, voire du Sénat.
Le résultat d’un référendum annulé
Redessiner les circonscriptions de manière partisane, aboutissant souvent à des contours géographiques ubuesques, est une vieille recette de cuisine électorale aux États-Unis, connue sous le nom de « gerrymandering ». En Virginie, le redécoupage, à l’initiative des démocrates, leur aurait quasiment assuré de porter de 6 à 10, sur 11 au total, leur nombre de députés dans cet État. Il a été approuvé à une courte majorité par référendum le 21 avril. Mais la Cour suprême de Virginie l’a annulé pour des raisons de procédure, considérant que le processus n’avait pas respecté les exigences de la Constitution de l’État et qu’en conséquence ce référendum était « nul et non avenu ».
Une décision « sans précédent et antidémocratique »
Un éventuel recours reste possible devant la Cour suprême des États-Unis. Le chef des démocrates à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, a dénoncé dans un communiqué une décision « sans précédent et antidémocratique », précisant que son parti étudiait « toutes les options » pour en obtenir l’invalidation. « Quoi qu’il en coûte, les démocrates remporteront la Chambre en novembre », a-t-il affirmé, ajoutant : « Notre combat ne fait que commencer. »
La Cour suprême réduit la protection des minorités
La décision le mercredi 29 avril de la Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, de restreindre les découpages électoraux visant à favoriser la représentation des minorités a encore envenimé cette bataille, en particulier dans le Sud. La décision de la Cour suprême d’amoindrir les protections dont bénéficient les minorités en matière de représentation au Congrès a remis un jeton dans la machine du redécoupage électoral entrepris par républicains et démocrates aux États-Unis, en amont des élections législatives de mi-mandat en novembre. L’arrêt émis par la haute cour, à majorité conservatrice, restreint la possibilité de contester le découpage de circonscriptions qui diluent le poids électoral de certaines minorités. Un changement séismique à l’échelle des États-Unis, qui vient renverser soixante ans de jurisprudence du Voting Rights Act. Cette loi-phare adoptée en 1965, en plein mouvement des droits civiques, visait à empêcher les anciens États ségrégationnistes du Sud de porter atteinte au droit de vote des Afro-Américains.
Avec cet arrêt majeur, des dirigeants républicains à travers le Sud ont annoncé vouloir redessiner dès que possible la carte électorale de leur État afin de maximiser leur nombre de sièges au Congrès. Plusieurs gouverneurs républicains, comme en Louisiane, en Alabama et en Caroline du Sud, ont déjà annoncé leur volonté de redessiner leurs circonscriptions pour éliminer des sièges démocrates. Le Tennessee a ainsi adopté jeudi 7 mai une nouvelle carte éliminant une circonscription à la population majoritairement noire afin de priver les démocrates de leur unique siège de député sur les neuf que compte l’État.



