Il est made in Occitanie et il va vous faire craquer : Boris le marcassin, l’adorable aventure dans les Cévennes en jeu vidéo. Basé à Montpellier, Wild Sheep Studio sort "Adorable Adventures", jeu dans lequel le héros est un marcassin qui évolue dans un décor inspiré par les Cévennes. Un pari osé, mais aussi la renaissance d’un studio au destin jadis contrarié.
Un jeu vidéo poétique et bienveillant
Boris va vous faire craquer. Ce marcassin tout doux tout mignon est le héros du jeu vidéo "Adorable Adventures" sorti le 30 avril sur PC, Playstation 5 et XBox. Avec ce petit animal espiègle, pas de combat sanglant ou de course infernale, juste une aventure poétique, bucolique, dans une jolie forêt. Une création 100 % Occitanie, puisque celle-ci est inspirée par les paysages des Cévennes et que la quête de Boris a été pensée par l’équipe de Wild Sheep Studio, basée à Montpellier.
"Notre marcassin se réveille dans une forêt qui a subi un incendie. Il doit retrouver ses frères pour ensuite libérer sa mère, enfermée dans une cabane. Au cours de son parcours, guidé par son odorat, il est gentiment parasité par des jeux, des petits défis, comme peut l’être un enfant. Ça se fait sans stress", dévoile Céline Tellier, cofondatrice et directrice artistique du studio.
Un studio au destin contrarié
Boris est né dans le quartier des Aubes, dans les mêmes murs qui, jadis, ont vu grandir Rayman ou les célèbres Lapins Crétins, poids lourds des jeux vidéo des années 2000. "Un lieu chargé d’histoire", sourit Céline Tellier, une ex d’Ubisoft comme beaucoup à Montpellier. C’est avec Michel Ancel, génial créateur de ces succès – auquel on peut ajouter "Beyond Good and Evil" ou "King Kong" – qu’elle a créé Wild Sheep en 2014, pour développer "Wild", jeu à l’époque ultra-ambitieux autour de la nature et promis en exclusivité pour Playstation. Las, après moult péripéties, le projet a été abandonné en 2020, Michel Ancel s’est reconverti dans l’environnement et le studio, comme tant d’autres après la crise du Covid, a dû considérablement dégraisser ses effectifs. "Nous étions 70, nous ne sommes plus que 12".
Douze "rescapés"
Douze "rescapés", comme elle qualifie son équipe, "très soudée, à la fois très pro et humaine, avec une qualité collaborative incroyable". Celle-ci a d’abord développé, pour Meta, "Maestro", qui permet au joueur, une fois coiffé d’un casque de réalité virtuelle, de devenir chef d’orchestre et d’enchaîner les performances symphoniques. Un succès. Grâce à un gameplay innovant, Meta l’a même élu jeu de l’année 2024. "On n’a pas gagné beaucoup d’argent, mais suffisamment pour lancer la démo de notre propre jeu sur lequel nous avions déjà commencé à travailler". La mise en ligne de celle-ci sur la plateforme Steam, lieu de passage désormais obligé, a tout de suite séduit les futurs joueurs et, surtout, un éditeur anglais.
"Avec le directeur créatif Steven Ter Heide, on avait envie de travailler sur un jeu positif, bienveillant, reposant, qui rentre dans la catégorie des "cosy games". Quelque chose qui soit l’antithèse du jeu où il faut foncer, taper… J’avais envie, parce que j’aime randonner, partir à la montagne, de rendre hommage à la nature. Et pour tout cela, il nous fallait aussi un petit personnage attachant", raconte Céline Tellier. Mais pourquoi un marcassin, héros certainement inédit dans un jeu vidéo ? "Notamment parce qu’on travaille avec une photographe qui est aussi responsable sanglier à l’hôpital de la faune sauvage de Ganges. Quand un marcassin blessé est retrouvé, c’est elle qui s’en occupe, et il lui est arrivé de venir au studio avec l’un de ses protégés. On a craqué".
Aigoual ou mont Lozère
Restait à dessiner son habitat et c’est tout naturellement que Céline Tellier s’est inspiré des forêts des Cévennes, à la fois celles de l’Aigoual et du mont Lozère, pour créer le terrain de jeu de Boris. Les habitués reconnaîtront certains lieux et même des pierres ou des végétaux reproduits par scan 3D. Le joueur ne peut que s’attacher à cet univers, dont il découvrira quelques secrets. "Adorable Adventures" se veut aussi pédagogique, sans verser dans le militantisme écologique, et ça fonctionne pour les petits comme les plus grands.
Une semaine après sa sortie, le jeu proposé à moins de 20 €, semble déjà trouver son public partout dans le monde. Une belle vitrine pour les Cévennes… et pour Wild Sheep Studio. La suite ? "Être arrivé là, c’est déjà un beau cadeau pour l’équipe. Alors on va d’abord se concentrer sur les mises à jour pour améliorer encore le jeu ; on devrait aussi travailler sur la version Switch 2. Et on verra pour les prochains projets… mais on ne manque pas d’idée", sourit Céline Tellier. Qui sait, Boris vivra peut-être une autre aventure. Ou ce sera le tour d’un petit frère tout aussi adorable… En tout cas, malgré la crise que traverse le secteur, on pourra encore compter sur Wild Sheep pour faire la démonstration de la créativité montpelliéraine en matière de jeu vidéo. À l’image de Boris.



