Le 8 mai 2025, Robert Francis Prévost devenait le 267e chef de l’Église catholique. Un pape que personne n’avait vraiment vu venir, son nom émergeant dans la dernière ligne droite du conclave. Multiculturel, né le 14 septembre 1955 à Chicago, d’un père aux origines franco-italiennes et d’une mère aux racines hispaniques et créoles – d’Haïti et de Guadeloupe –, il est le premier pape originaire des États-Unis et né après la Seconde Guerre mondiale. Éduqué pendant l’essor économique des Trente Glorieuses et l’avènement de la société de consommation, mais dans une banlieue populaire, il a perçu les dégâts sociaux provoqués auprès des laissés-pour-compte de cette expansion.
Au carrefour des mondes
Ingénieur, diplômé en mathématiques et en physique, juriste, spécialiste du droit canon et théologien, il a passé beaucoup de temps à Rome comme étudiant puis prieur de l’ordre des Augustins, et près de quinze ans au Pérou. C’est un pape à la fois intellectuel et missionnaire, au carrefour de plusieurs mondes, susceptible de construire des ponts au sein d’une Église fracturée sur une planète embrasée par les bellicistes.
1. Retour aux fondamentaux
Dès son premier discours sur la loggia de la basilique Saint-Pierre, le 8 mai 2025, Léon XIV a envoyé des signaux aux fidèles de la tradition. Il a revêtu les habits pontificaux classiques, dont la mosette rouge, et prononcé des paroles en latin, centrant son discours sur la liturgie. Quelques jours plus tard, il a rassuré les cardinaux en lançant : « Les papes passent, la Curie reste. »
Un pouvoir collégial qui s’appuie sur la Curie
Contrairement à François, qui exerçait un pouvoir solitaire et centralisé, Léon XIV privilégie un exercice plus collégial. Il s’appuie sur la Curie, « l’institution qui conserve et transmet la mémoire historique d’une Église ». Il s’installe dans les appartements pontificaux délaissés par François, et lors du jeudi saint, il s’est agenouillé devant des prêtres, là où François lavait les pieds de détenus.
2. Qui va piano…
Propulsé à la tête d’une Église fracturée entre conservateurs et progressistes, Léon XIV a passé sa première année sans déclarations fracassantes ni gestes politiques clivants. Il a suivi le sillage de François, notamment avec l’Année sainte inaugurée par son prédécesseur. Il a gardé l’équipe en place, dont le secrétaire d’État Pietro Parolin, et a procédé à quelques nominations clés, comme à la tête du dicastère pour les évêques et à la commission pontificale sur les abus sexuels (confiée au Français Thibault Verny).
Nominations clés
Le pape a nommé de nouveaux responsables à des postes stratégiques, mais sans bouleversement spectaculaire. Il a suivi le programme de voyages établi pour François, se rendant en Turquie, au Liban et à Monaco. Il a également effectué une première historique en Algérie, devenant le premier pape à fouler ce sol.
3. Fils d’Augustin
Dès son élection, Léon XIV s’est présenté comme un fils de saint Augustin. Son voyage en Algérie était avant tout un pèlerinage sur la terre natale d’Augustin, dont l’œuvre éclaire sa pensée. Il se positionne comme le pape des vieilles nations chrétiennes, en quête d’un « nouvel élan », comme le montrera son prochain voyage en France et à Barcelone.
4. Pape de l’ère de l’IA et de l’humanité réelle
Héritier de Léon XIII, le pape de la doctrine sociale face à la modernité industrielle, Léon XIV se place comme le pape de l’ère de l’IA. Sa première encyclique devrait être consacrée à ce sujet. À Monaco, il a prononcé un discours fort sur la justice sociale. Au Liban, il a appelé à rejeter la logique de vengeance et de violence. Lors du dimanche des Rameaux, il a invoqué un Dieu qui refuse la guerre, disant : « Vos mains sont pleines de sang. »
5. L’anti-Trump
Sans nommer Donald Trump, Léon XIV l’a visé par petites touches, avant de se montrer plus précis après les attaques du président. Il sait d’où vient Trump et connaît ses codes. Il a nommé à New York un prélat anti-Trump et promu un ancien migrant au rang d’évêque. Plus jeune que ses prédécesseurs, en excellente forme physique, il se positionne pour incarner un autre visage de la mondialisation, du côté des faibles et des fragiles.



