Italie : après l'échec du référendum, Meloni tente un nettoyage politique
Italie : échec du référendum, Meloni nettoie son gouvernement

Italie : un référendum constitutionnel qui tourne au désaveu pour Meloni

Les 22 et 23 mars 2026, les électeurs italiens ont infligé un désaveu important à la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, en rejetant massivement le référendum constitutionnel sur la réforme de la magistrature. Cet échec retentissant peut être analysé comme un rejet global de la politique menée par le gouvernement, estime l'essayiste italien Raffaele Simone.

Une réforme perçue comme une attaque contre l'indépendance judiciaire

La réforme, portée par le ministre Carlo Nordio, visait à modifier sept articles de la Constitution pour séparer définitivement les carrières des magistrats du siège et des procureurs, soumettre ces derniers aux directives gouvernementales et créer une Cour disciplinaire dédiée. Plutôt qu'une amélioration de la justice, ce projet apparaissait comme un coup porté à l'indépendance de la magistrature, ciblée par la majorité mélonienne pour son opposition à des initiatives comme la déportation d'immigrés clandestins vers l'Albanie.

La réforme ignorait les vrais problèmes de la justice italienne : manque de personnel, lenteur des procédures, état dégradé des tribunaux et des prisons, ou mauvais traitement économique de la police pénitentiaire. Aucune de ces urgences n'était abordée, nécessitant pourtant des interventions financières et législatives immédiates.

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Une campagne référendaire désordonnée et des arguments ridicules

Contrainte de soumettre la réforme à référendum après son adoption sans majorité des deux tiers au Parlement, Meloni a lancé une campagne criarde et désordonnée. Elle a utilisé des arguments décousus, affirmant par exemple qu'un "oui" libérerait pédophiles, violeurs et assassins. Giusi Bartolozzi, chef de cabinet de Nordio, a renchéri en déclarant qu'un "oui" permettrait de "balayer" la magistrature, qualifiée de "peloton d'exécution" contre le gouvernement.

La défaite a été spectaculaire : participation record de 58,9%, mobilisant notamment de jeunes primo-votants. Le "non" semble viser plus largement la gestion de Meloni, au pouvoir depuis trois ans et demi sans mesures concrètes pour le bien-être ou la sécurité des citoyens.

Les erreurs nationales et internationales qui ont pesé

Meloni a aussi payé pour ses erreurs, comme sa subordination à Donald Trump. Sur l'attaque des États-Unis contre l'Iran, elle a refusé de prendre position, s'isolant de l'Union européenne. Au niveau national, des membres de sa famille politique sont impliqués dans des affaires troubles : Daniela Santanchè, ministre du Tourisme, visée par des procédures pour faux comptable et escroquerie, et Andrea Delmastro, vice-ministre de la Justice, ouvertement lié à la fille d'un mafieux.

Un nettoyage politique en réponse au rejet populaire

Meloni a compris que le "non" rejetait aussi sa gestion globale. Elle a donc entamé un nettoyage : démission de Santanchè, renvoi de Bartolozzi, et destitution de Delmastro. Sa majorité tremble, avec le renvoi du président du groupe parlementaire de Forza Italia et le risque de limogeage du ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani.

Mais balayer quelques pièces suffira-t-il à nettoyer la maison ? Les Italiens savent que d'autres dossiers restent en suspens. Avec les élections administratives de mai 2026 à Venise, les régionales en Sicile en 2027, et les législatives en octobre 2027, Meloni pourra-t-elle tenir ? De nombreux Italiens, dont l'auteur, espèrent que non.

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n'engage pas la rédaction.

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