Jeudi 9 juillet, la dernière répétition avant le défilé du 14-Juillet a eu lieu. Nous avons embarqué à bord de l'ALSR (Avion léger de surveillance et de reconnaissance) de la BA 709 de Cognac, en Charente, qui participera au défilé aérien au-dessus de Paris mardi. Pour son équipage – le lieutenant-colonel Joe, le commandant Benoît, le capitaine Etienne et l'adjudant-chef Carlito – c'est une première. Une petite pointe de stress est palpable avant d'embarquer. « Oui, mais c'est l’envie de bien faire, c’est du stress positif », évacue le lieutenant-colonel Joe.
Un décollage retardé par un problème de plan de vol
Le décollage est prévu à 13 heures pour une heure de vol vers la région parisienne, puis environ une heure d'attente en l'air avant un passage au-dessus des Champs-Élysées programmé à 15 heures, en coordination avec les autres aéronefs du défilé, partis de leurs bases respectives (Vélizy, Evreux, Orléans, Istres, Avord). Mais le plan de vol n'a pas été correctement pris en compte, et l'autorisation de décoller est refusée. Il faut vingt-cinq minutes pour régler le problème. « On n’avait pas besoin de ce coup de chaud », sourit le lieutenant-colonel Joe, alors que la température extérieure dépasse déjà 35 °C.
Un rattrapage réussi et une patrouille avec la Marine nationale
Les aviateurs gardent leur flegme et rattrapent leur retard. L'ALSR arrive sur zone avec seulement quelques minutes de décalage, sans conséquence pour la répétition. L'appareil est rejoint en l'air par deux Atlantique 2 (ATL2) de la Marine nationale dans la zone d'attente numéro 11 près d'Evreux, à l'ouest de Paris. Il sera le leader de cette patrouille de trois appareils pour le tableau « renseignement-surveillance ». Cette répétition permet à l'équipage de « visualiser les repères au sol, travailler notre patrouille avec les Atlantique 2 – sachant que ce n’est pas le cœur de mission que de voler en patrouille pour des appareils comme les nôtres – mais surtout de travailler la tenue des horaires », explique l'officier.
Un ballet aérien de 130 appareils
Quelque 130 appareils, dont 14 étrangers, participeront mardi au défilé, le plus gros organisé depuis plus de vingt ans. La majorité des aéronefs est présente jeudi pour la répétition. Les appareils (Rafale, Mirage, A400M, MRTT…) se réunissent par blocs dans des halls d'attente. « Nous avons un avion avec une grosse autonomie, c’est pourquoi nous faisons partie des premiers à arriver dans les zones d’attente, celles-ci étant remplies en dernier par les avions de chasse, avec une plus faible autonomie », précise le lieutenant-colonel. Pendant environ 45 minutes, l'ALSR et ses deux ATL2 font des circuits d'attente de quatre minutes, « ce qui nous permet de viser le timing de sortie de ce circuit pour la H1 [15 heures pour la répétition], que l’on corrigera légèrement si la H1 réelle diffère de la H1 théorique ».
La précision de trois secondes exigée
La « H1 » est le top départ donné le 14-Juillet au passage de la Patrouille de France au-dessus de la tribune présidentielle, fixée à 10h21 mais pouvant bouger selon l'arrivée du président. Une fois la H1 réelle donnée, toutes les patrouilles se rassemblent dans l'axe du défilé pour passer au-dessus des Champs-Élysées à trente secondes d'intervalle. « Nous avons une exigence de précision de trois secondes quand on arrive à la verticale de la tribune présidentielle », souligne le lieutenant-colonel.
Un moment de plaisir malgré la canicule
Les pilotes luttent avec les masses d'air chaud qui déstabilisent l'appareil en cette journée caniculaire. La manœuvre s'enclenche pour rejoindre l'axe du défilé. En quelques minutes, l'ALSR survole La Défense à 900 pieds (250 mètres), avec les deux ATL2 à ses côtés, donnant l'impression de raser les tours. « Lorsqu’on arrive dans l’axe des Champs-Élysées, on a une vingtaine de secondes pour profiter de la vue de Paris, cela va très vite, mais c’est quelque chose que l’on a rarement l’occasion de faire, raconte le lieutenant-colonel Joe. C’est une superbe image, et un vrai moment de plaisir. »
Un débriefing satisfaisant
L'équipage se montre satisfait de la répétition. « On a bien travaillé notre position en chevron avec les ATL2, ainsi que la coordination de la manœuvre générale, c’était le but, poursuit l’officier. Mais le vrai débriefing viendra des gens qui étaient au sol, à la tribune, car c’est assez difficile pour nous, en l’air, de tout visualiser. Je voyais les deux Atlantique 2 à l’aile, à droite et à gauche, et leur position m’a paru correcte, mais il n’y a vraiment que depuis le sol que l’on peut dire si cela allait, ou s’ils étaient trop proches, ou trop loin… »
Le défilé aérien du 14-Juillet est préparé depuis plusieurs mois par le CDAOA (Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes). Cette édition 2026, annoncée comme « inédite », a pour thème « le réveil stratégique de l’Europe » et met à l'honneur des partenaires européens de la France ainsi que les forces britanniques.



