Le parti présidentiel fête ses dix ans dans la discrétion la plus totale
Renaissance fête ses 10 ans sans éclat ni enthousiasme

Un anniversaire discret pour le parti présidentiel

Lundi 6 avril, le mouvement présidentiel a célébré ses dix ans dans une discrétion remarquable. Aucun discours officiel, pas de festivités nationales, pas même un message de l'Élysée sur les réseaux sociaux. Seul un courrier d'Emmanuel Macron adressé aux militants a marqué l'événement, dans lequel le chef de l'État dresse un satisfecit de son action.

Une célébration sans engouement populaire

La célébration s'est limitée à des « événements conviviaux » organisés par les comités départementaux du mouvement, qui se poursuivront toute la semaine en mode mineur. À Amiens, berceau du macronisme, une rencontre est prévue vendredi à 18h30, mais l'engouement reste limité : ce mardi matin, seulement 34 personnes s'étaient inscrites.

Certaines affiches créées pour l'occasion rappellent celles de la Fête des voisins : un peu bricolées, avec la photo d'une table où quelques verres de vin blanc et de Spritz entourent une assiette de fromages et de cochonnailles. Curieusement, on y trouve en incrustation une photo de Gabriel Attal, mais pas d'Emmanuel Macron.

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Des tensions internes palpables

Cette absence visuelle du président dans la communication officielle révèle une des raisons de ce « non-anniversaire ». Emmanuel Macron et son ancien Premier ministre, patron d'En Marche devenu Renaissance, entretiennent des relations peu chaleureuses, pour ne pas dire tendues. Gabriel Attal ne pense qu'à 2027 et garde certainement un mauvais souvenir de la dernière grande célébration qu'il a organisée à sa propre gloire.

En juillet 2025, pour les dix ans des « Jeunes avec Macron » au Cirque d'hiver à Paris, le chef de l'État s'était invité par surprise, volant ainsi la vedette au patron du mouvement. Cet épisode a laissé des traces dans la relation entre les deux hommes.

Un bilan présidentiel fragilisé

L'autre motif de discrétion tient à la fragilité du bilan présidentiel, tout au moins au regard de son ambition initiale. Le 6 avril 2016, un jeune ministre de l'Économie retournait dans sa ville natale créer un mouvement destiné à « en finir avec l'immobilisme ». Or, l'immobilisme semble caractériser le pays depuis 2024, selon de nombreux observateurs.

À l'époque, Emmanuel Macron assurait qu'il allait réduire l'extrême droite à néant. Aujourd'hui, le Rassemblement National dispose du groupe parlementaire le plus nombreux à l'Assemblée nationale. Il promettait de dépasser les clivages « ni de droite, ni de gauche » et de réconcilier les Français autour d'une gouvernance efficace. Pourtant, la politique française n'a peut-être jamais été aussi polarisée qu'aujourd'hui.

Le contexte historique de l'élection

Emmanuel Macron a été élu en 2017 parce qu'il a mené une bonne campagne, mais aussi parce qu'il est arrivé premier à un concours de circonstances particulières. Entre l'impossibilité pour François Hollande de se représenter et les affaires judiciaires de François Fillon, le terrain était propice à l'émergence d'une nouvelle force politique.

Après l'élection, une certaine impudence a progressivement remplacé l'attrait de la nouveauté. Marc Ferracci, ancien ministre de l'Industrie et proche d'Emmanuel Macron, défend aujourd'hui le bilan de son ami dans les colonnes du Figaro en relativisant les échecs : « On a sans doute trop parlé à la raison des Français et pas assez écouté leurs émotions. »

Des déclarations qui ont marqué

Cette attitude condescendance n'est pas nouvelle dans l'entourage présidentiel. En décembre 2018, interrogé sur l'origine de la crise des Gilets jaunes, Gilles Le Gendre, alors patron des députés LaREM, avait confessé une « erreur » de son camp : « Le fait d'avoir été probablement trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d'achat. » Ces paroles avaient provoqué un tollé, obligeant leur auteur à faire son mea culpa sur les réseaux sociaux.

Finalement, face à ces tensions internes et à un bilan politique contrasté, il est peut-être plus avisé de s'en tenir à des apéros saucisson décentralisés pour fêter ces dix ans. Une célébration modeste qui reflète les défis auxquels fait face le mouvement présidentiel alors qu'il entre dans sa deuxième décennie d'existence.

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