La France Insoumise face aux accusations de raids numériques coordonnés et d'insultes en ligne
LFI accusée de raids numériques coordonnés et d'insultes en ligne

La France Insoumise face aux accusations de raids numériques coordonnés et d'insultes en ligne

Le 30 décembre 2025, sur les ondes de Sud Radio, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou s'est élevée contre ce qu'elle a qualifié de « dérives de LFI ». Cette réaction faisait suite aux propos tenus par le député insoumis Sébastien Delogu lors d'un meeting de campagne pour les municipales à Saint-Denis et Pierrefitte, en Seine-Saint-Denis. « Vous avez une opportunité en or, qu'enfin un racisé dirige ces deux villes », avait déclaré l'élu, posant ainsi l'origine ethnique comme critère de choix électoral, ce que la ministre a vivement dénoncé.

Une vague d'insultes et de menaces en ligne

Immédiatement après cette intervention, le compte X (anciennement Twitter) de Naïma Moutchou a été submergé de commentaires injurieux et racistes. Parmi les messages reçus : « T'as pas honte la blédarde ? », « Arabe de service » – la ministre étant d'origine marocaine –, « De quoi tu parles bouffonne », « ferme ta gueule bourrique connasse », ou encore « Moutchou, une morve bien dégueux qui a désormais un visage ». Plus grave, une menace de mort à peine voilée a été proférée : « Ok Marie Antoinette. Patiente dans la conciergerie. On arrive ». Scandalisée, la ministre a rapidement compilé ces commentaires pour les publier en ligne.

Un mois plus tard, début février 2026, l'eurodéputée Rima Hassan a lancé une attaque contre Robin Korda, journaliste au Parisien. Elle l'accusait d'avoir évoqué une éventuelle manipulation russe dans le scandale Jeffrey Epstein, tout en omettant « sciemment d'analyser les liens de celui-ci avec le Mossad et des dirigeants israéliens ». Selon Rima Hassan, le journaliste aurait également « invisibilisé la question du génocide » à Gaza dans ses articles. Robin Korda a alors reçu des messages insultants, certains faisant référence à sa judéité présumée sur la seule base de son patronyme d'Europe centrale.

Une organisation structurée des attaques

Si LFI n'a évidemment pas le monopole de l'agressivité sur les réseaux sociaux – ses députés et Jean-Luc Mélenchon subissent également des commentaires orduriers –, des éléments suggèrent une synchronisation particulière de la violence verbale au sein du mouvement. L'auteur de l'insulte « ferme ta gueule bourrique connasse » adressée à Naïma Moutchou est un sympathisant LFI de l'est de la France qui relaie régulièrement les publications de Manon Aubry, Éric Coquerel et L'Insoumission, média du parti.

De même, l'individu ayant posté la menace « Ok Marie Antoinette, patiente dans la conciergerie, on arrive » sous le pseudonyme Dackie est abonné aux comptes de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard et Albert Lévy, ce dernier étant un retraité de la magistrature candidat aux municipales à Lyon sous les couleurs de LFI. Son compte X déborde d'insultes stéréotypées, qualifiant par exemple le Printemps Républicain d'« ordures nazillonomacronosionistes » ou Laurent Wauquiez de « nabot à tête d'étron ».

Des militants disciplinés et des éléments de langage

Lucas Jakubowicz, rédacteur en chef de Décideurs Magazine, a étudié l'organisation des Insoumis sur les réseaux sociaux. Selon lui, il ne fait « aucun doute » que certaines opérations de harcèlement sont coordonnées. « Lorsque vous faites partie d'un groupe LFI, explique-t-il, vous recevez des listes de livres à lire ainsi que des ordres, qui peuvent être d'attaquer en ligne telle ou telle personne. Ces raids numériques ont vocation à souder les cellules en interne ». Des militants peu portés spontanément sur les insultes se plieraient ainsi aux consignes par esprit de groupe.

L'éditorialiste Nathalie Saint-Cricq corrobore cette analyse. En conflit avec LFI depuis des années, elle a essuyé plusieurs salves d'insultes. « Les éléments de langage étaient répétitifs, analyse-t-elle, avec une obsession métaphorique me qualifiant de 'truie', en association avec Israël et le sionisme ». Elle a observé des pics d'agressivité où les messages affluaient par dizaines, avant que le flot ne se tarisse plus ou moins rapidement.

Un noyau dur d'élus offensifs et un schéma d'attaque rodé

Le noyau dur des élus Insoumis les plus offensifs sur les réseaux sociaux comprend notamment Aymeric Caron, Thomas Portes, Antoine Léaument, Sébastien Delogu, Sophia Chikirou, Danièle Obono, Ugo Bernalicis et Rima Hassan. À l'inverse, certains élus comme Karen Erodi ou Catherine Couturier se tiennent totalement à l'écart de ces pratiques.

Le schéma de diffusion des attaques varie peu. « Des éléments de langage sont communiqués aux militants par des listes de diffusion privées », sur WhatsApp ou Telegram, explique Lucas Jakubowicz. Quelques comptes d'élus lancent le signal, puis des comptes pivots très suivis – comme « Marcel », « Nain Portekoi » (plus de 140 000 abonnés chacun sur X) ou « Charles de Chardin » (110 000 abonnés) – diffusent le message à grande échelle. Ensuite, une myriade de comptes entre en action.

Ce mécanisme a par exemple été utilisé pour coller massivement l'étiquette « pantin de service » à Omar Youssef Souleymane, auteur des Complices du Mal, une enquête sur les liens entre LFI et les islamistes. « C'est Thomas Portes qui a allumé la mèche sur son compte », raconte l'intéressé. Ce terme, moins risqué pénalement qu'« arabe de service », montre que les insultes proférées par les Insoumis sont pesées et réfléchies.

Une stratégie numérique formalisée et des risques d'ingérence

LFI est certainement la formation politique qui a le plus formalisé son action en ligne. Jean-Luc Mélenchon, 75 ans, possède sa chaîne dédiée sur Twitch (115 000 abonnés), plateforme majoritairement fréquentée par les moins de 35 ans. Geek avant l'heure, il avait lancé un « 3615 Tonton » sur Minitel en 1987. Chez les Insoumis, il a trouvé des trentenaires naturellement disposés à investir tous les canaux numériques.

Bastien Parisot, responsable des campagnes numériques de LFI, aurait « identifié des comptes de militants très actifs, réunis sur une boucle renommée par certains 'la liste des 100 trolls', sur laquelle il donne des mots d'ordre et lance des assauts », selon le livre La Meute, enquête sur La France insoumise publié en mai 2025. « Ça sert à aiguiller les flux, à faire monter des sujets, explique une ancienne du siège. Ensuite, ça ruisselle. Tous les Insoumis, militants comme députés, se joignent au combat ».

Les positions politiques de LFI et son activisme numérique la rapprochent dangereusement d'agents d'influence étrangers. Le service français Viginum a remonté des serveurs sous contrôle du ministère de la défense algérien hébergeant un « écosystème de trolls » publiant le même contenu simultanément. La Russie, l'Iran et la Turquie ciblent également la France.

Un exemple récent illustre ce risque : en novembre 2025, le député Thomas Portes a relayé une fausse information sur « un recensement des musulmans en France » supposément demandé par le Crif. Cette rumeur, issue d'une vidéo tronquée d'un rabbin français, avait été amplifiée par des relais algériens et turcs avant d'être reprise par le député insoumis, donnant lieu à un torrent d'insultes et de menaces en ligne.

LFI s'est fait un devoir de casser les codes de la communication politique, ouvrant les vannes de la violence verbale. Si personne n'a explicitement demandé à un sympathisant de comparer Naïma Moutchou à Marie-Antoinette vouée à la guillotine, la question se pose : qui, chez les Insoumis, peut encore feindre la surprise lorsque de tels dérapages surviennent ?