L'UE valide les hubs de retour pour migrants, la France sceptique face à cette mesure
UE valide hubs de retour migrants, France sceptique

L'Union européenne adopte une mesure controversée sur l'immigration

Dans un vote historique, les eurodéputés de droite, d'extrême droite et du centre ont approuvé jeudi la création de « hubs de retour » destinés à envoyer des migrants en dehors du territoire de l'Union européenne. Cette décision, saluée par des applaudissements nourris dans l'hémicycle de Bruxelles, intervient alors que seulement 20% des décisions d'expulsion aboutissent actuellement au sein de l'UE.

Un dispositif pour renforcer les expulsions

Présenté il y a un an par la Commission européenne sous pression pour durcir sa politique migratoire, ce texte autorise désormais les États membres à ouvrir des centres dans des pays tiers. Ces hubs permettraient d'envoyer, et potentiellement de détenir, les personnes dont la demande d'asile a été rejetée et qui font face à une obligation de quitter le territoire européen.

« Il s'agit simplement de garantir ce principe : si vous venez illégalement en Europe, soyez sûr que vous n'y resterez pas », a déclaré l'eurodéputé français LR François-Xavier Bellamy, applaudissant cette mesure.

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Des précédents mitigés en Italie et au Royaume-Uni

L'idée de créer de tels centres n'est pas nouvelle, mais les expériences passées montrent des difficultés importantes :

  • L'Italie a testé un centre en Albanie qui est longtemps resté largement vide en raison de contestations judiciaires, n'accueillant qu'environ 90 personnes en février selon des sources italiennes.
  • Le Royaume-Uni avait scellé un accord avec le Rwanda avant d'abandonner le projet face à des obstacles juridiques, les deux pays s'affrontant désormais devant les tribunaux.

Malgré ces échecs relatifs, un groupe d'États membres (Danemark, Autriche, Grèce, Allemagne et Pays-Bas) s'est constitué pour étudier ces modèles et envisager des projets pilotes « dès la fin de l'année », selon un diplomate européen.

La France et l'Espagne restent en retrait

Contrairement à plusieurs de leurs partenaires européens, la France et l'Espagne se montrent particulièrement sceptiques quant à l'efficacité réelle de ces hubs de retour. Les deux pays sont jusqu'à présent restés en marge des discussions concernant leur mise en œuvre, exprimant des réserves sur la viabilité opérationnelle et juridique de ce dispositif.

Des mesures supplémentaires controversées

Le texte adopté jeudi prévoit également :

  1. Des sanctions plus strictes pour les déboutés du droit d'asile refusant de quitter l'UE, incluant confiscations de documents, détentions et interdictions d'entrée prolongées.
  2. Une reconnaissance mutuelle des décisions d'expulsion entre États membres, permettant qu'une décision prise en France s'applique en Espagne et vice-versa.

Une alliance politique qui fait polémique

Cette mesure a avancé au Parlement européen grâce à une collaboration renforcée entre élus de droite et d'extrême droite, une alliance qui a provoqué des remous en Allemagne et été vivement critiquée par le chancelier Friedrich Merz.

« L'histoire se souviendra que la droite dite modérée a sonné le glas du peu qui restait du cordon sanitaire », a dénoncé l'eurodéputée écologiste Mélissa Camara, très opposée au texte.

Des organisations humanitaires alertent sur les conséquences de cette décision. Marta Welander, de l'ONG International Rescue Committee, y voit « un recul historique des droits des réfugiés » et s'inquiète de la multiplication des « détentions de personnes vulnérables, y compris d'enfants ».

Alors que l'Union européenne cherche à renforcer sa politique migratoire, ce vote illustre les profondes divisions qui persistent entre États membres sur la manière de gérer les flux migratoires, avec d'un côté des pays prêts à expérimenter des solutions radicales, et de l'autre des nations comme la France qui préfèrent observer avec prudence l'efficacité de ces nouvelles mesures.

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