OQTF : la mort d'un Hondurien relance le débat sur l'asile
OQTF : mort d'un Hondurien relance le débat sur l'asile

OQTF. Pour Ruben Torres, ces quatre lettres ont signé son arrêt de mort. En rejoignant son frère à Bordeaux, ce Hondurien de 37 ans voulait échapper aux menaces d’un gang local. Faute d’avoir su convaincre l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), sa demande d’asile a été rejetée. Ruben Torres a pris acte, et décollé pour l’Amérique centrale, la peur au ventre. Quelques jours après son retour, son corps a été retrouvé dans un fossé de Tegucigalpa.

Un pays parmi les plus dangereux du monde

Si en l’état actuel de l’enquête, les circonstances du décès restent floues, l’annonce de sa mort a suscité une onde de choc. Une émotion d’autant plus compréhensible que le Honduras est considéré par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères comme « l’un des pays au monde où la criminalité est la plus forte ». Trafic de stupéfiants, extorsions de fonds, agressions à main armée, enlèvement, actes de piraterie : les maras (les bandes) font la loi, détaille le site France Diplomatie. Des périls officiellement documentés, ce qui n’a pas empêché l’OFPRA de « considérer qu’il n’y avait pas assez de preuves dans le récit » de Ruben Torres, a défendu Sophie Brocas, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.

Le droit d'asile, une équation complexe

Une certitude : l’analyse des demandes d’asile est tout sauf une science exacte. Dans chaque dossier, se joue une équation complexe entre actualité géopolitique, situation humanitaire et trajectoire personnelle. Avec, au bout de la paperasse administrative, rien de moins que le droit à la vie. Les questions qui se sont posées dernièrement sur la protection des Afghans ou des Ukrainiens risquent de se répéter ces prochaines années, au regard de l’explosion mondiale des populations « déplacées » : en 2025, plus de 82 millions de personnes ont fui. Parmi elles, 32,3 millions de victimes de guerres et de conflits (+ 60 % en un an), alerte le centre de surveillance des déplacements internes.

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Un débat nécessaire

Cette cartographie du risque de mort invite à la philosophie. À un an de l’élection présidentielle, il est temps d’arriver à poser sereinement sur la table les questions du droit d’asile et ses conditions, des OQTF et des critères d’évaluation de dangerosité, et plus généralement de la politique d’immigration. Car au non-sens humanitaire illustré par le cas de Ruben Torres s’ajoute aujourd’hui la réalité absurde des chiffres : la France est le pays européen qui délivre le plus d’OQTF (entre 130 000 et 150 000 par an), alors qu’une sur 10 est réellement exécutée, faute d’accord avec les pays. Le sujet est explosif. Mais n’oublions pas que les polémiques sont un luxe de pays en paix.

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