Un rassemblement européen de l'extrême droite à Milan
Ce samedi, la capitale économique italienne devient l'épicentre d'une mobilisation transnationale des forces nationalistes. Sous l'impulsion de Matteo Salvini, secrétaire de la Ligue et vice-président du gouvernement Meloni, les Patriotes pour l'Europe organisent un meeting massif devant le Dôme de Milan, monument symbolique de la chrétienté.
Une convergence de leaders nationalistes
La manifestation baptisée Sans peur : en Europe, patrons chez nous rassemble des figures emblématiques de l'extrême droite continentale. Le Français Jordan Bardella, le Néerlandais Geert Wilders, la Grecque Afroditi Latinopoulou et le Tchèque Andrej Babis ont confirmé leur présence à cette rencontre qui intervient dans un contexte politique particulier, quelques semaines après la défaite électorale majeure de Viktor Orban en Hongrie.
Significativement, aucun représentant n'a été annoncé pour l'Espagne, où le parti Vox a pourtant progressé, ni pour la Hongrie, où Orban était pourtant un pilier des Patriotes. Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, avait souligné lors d'un déplacement à Budapest que l'année 2027 s'annonçait absolument fondamentale avec des élections majeures en France, en Italie, en Espagne et en Pologne qui pourraient donner aux nationalistes les moyens de changer radicalement la trajectoire de l'Union européenne.
Un programme axé sur la souveraineté nationale
Matteo Salvini a présenté les trois piliers de cette mobilisation : paix, travail et sécurité. Lors d'une conférence de presse préparatoire, il a insisté sur le caractère coloré, pacifique, à visage découvert mais déterminé de la manifestation. Le leader de la Ligue a réaffirmé son opposition à toute intervention militaire en Iran, au Liban et en Ukraine, tout en défendant des mesures anti-immigration drastiques.
Parmi les propositions phares : la fin de l'aide juridictionnelle pour les migrants et l'instauration de limites sévères au regroupement familial. La Ligue exige également que la Commission européenne autorise les pays membres à déroger aux règles sur les déficits publics pour mieux soutenir leurs citoyens et entreprises face à la crise énergétique exacerbée par les conflits au Moyen-Orient.
Ces règles sont insupportables avec les guerres en cours, a déclaré Salvini, ajoutant que certains à Bruxelles vivent sur la planète Mars et on va les faire revenir sur terre samedi. Le ministre italien a même menacé que si la Commission ne bougeait pas, on s'organisera tout seuls, proposant parallèlement un blocage des prix des carburants en Italie.
Une manifestation à forte symbolique
Le cortège sera ouvert par des tracteurs agricoles protestant contre les traités de libre-échange et des motards opposés aux restrictions de circulation. La procession partira de l'est de Milan pour rejoindre la place du Duomo, au cœur de la ville, dans un parcours relativement court mais hautement symbolique.
Pour la Ligue, ce rassemblement représente une opportunité cruciale de se réaffirmer dans son fief lombard, alors que le parti connaît une érosion constante de sa popularité. Les derniers sondages ne lui accordent plus que 6 à 8% des intentions de vote, un net recul par rapport aux 17,35% obtenus aux législatives de 2018 et aux 8,8% de 2022.
La formation fait désormais face à la concurrence sur sa droite du parti Futur national fondé par l'ancien membre Roberto Vannacci, un général aux positions ultra-conservatrices. Plusieurs contre-événements sont prévus samedi dans cette ville de centre-gauche située dans une région lombarde traditionnellement ancrée à droite.
Même Forza Italia, allié de la Ligue au sein du gouvernement italien, organise un événement parallèle consacré à l'engagement social et civique des secondes générations, c'est-à-dire les enfants d'immigrés installés en Italie. Cette initiative concurrente illustre les tensions au sein de la coalition au pouvoir.
Un contexte européen polarisé
Alors que les nationalistes se rassemblent à Milan, les progressistes organisent un contre-rassemblement à Barcelone avec la participation du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, des chefs d'État brésilien Lula et mexicain Claudia Sheinbaum, ainsi que du socialiste français Olivier Faure. Cette simultanéité d'événements reflète la polarisation croissante du débat politique européen sur les questions migratoires, sécuritaires et de souveraineté.
Le meeting milanais s'inscrit dans une stratégie de long terme visant à préparer les échéances électorales de 2027, présentées par Marine Le Pen comme potentiellement transformatrices pour l'équilibre politique de l'Union européenne. Les Patriotes pour l'Europe entendent ainsi consolider leur groupe parlementaire et peser davantage dans les décisions bruxelloises.



