Danemark : la stratégie anti-immigration des sociaux-démocrates, un succès politique à haut risque
Danemark : les sociaux-démocrates adoptent une ligne dure sur l'immigration

Danemark : la stratégie anti-immigration des sociaux-démocrates, un succès politique à haut risque

De notre envoyé spécial à Copenhague. Le 1er janvier 2026, dans son premier discours de l'année, la Première ministre danoise Mette Frederiksen a présenté une nouvelle loi permettant d'expulser plus rapidement les étrangers coupables de crimes. Cette mesure s'inscrit dans la continuité de l'édifice anti-immigration construit par la cheffe d'État depuis près d'une décennie.

Une transformation idéologique radicale

Particularité nordique notable : cette politique dite « zéro migrant » n'émane pas d'un parti d'extrême droite, ni même de droite traditionnelle, mais bien des sociaux-démocrates danois, traditionnellement classés à gauche de l'échiquier politique.

Le tournant remonte à 2015, lorsque le Dansk Folkeparti (Parti populaire danois, d'extrême droite) a obtenu 21,1% des voix aux élections législatives, devenant la deuxième force politique du pays. La Première ministre social-démocrate de l'époque, Helle Thorning-Schmidt, a alors annoncé son retrait de la vie politique, ouvrant la voie à Mette Frederiksen.

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La nouvelle dirigeante a fait de l'autoflagellation son credo, reconnaissant que son parti avait commis une erreur en ignorant les préoccupations des classes populaires concernant l'immigration et en échouant sur les questions d'intégration.

Un succès électoral incontestable

La stratégie a porté ses fruits électoralement : le parti social-démocrate s'est imposé en 2019 puis en 2022, remportant cette année-là cinquante sièges, son meilleur score depuis vingt ans. Dans le même temps, le Dansk Folkeparti s'est effondré, passant de seize sièges en 2019 à seulement cinq en 2022.

« Il fallait bien qu'un parti traditionnel se salisse les mains, au lieu de se draper de vertus en laissant les populistes gagner », commente Johann, un habitant de Copenhague. « Ce qu'a fait Frederiksen, c'était un mal nécessaire, pour éviter pire. La lutte contre l'immigration ferait gagner n'importe quel parti, alors autant que ce soit un parti qui défend l'État de droit. »

Des mesures parmi les plus radicales d'Europe

Pour contrer l'extrême droite, les sociaux-démocrates ont adopté certaines des lois les plus strictes d'Europe en matière d'immigration : durcissement de l'accès à la citoyenneté (désormais soumis à douze ans de résidence), limitation du pourcentage d'immigrés dans un même immeuble, restrictions croissantes des prestations sociales pour les étrangers.

Les chiffres témoignent de l'efficacité de cette politique : alors que 10.849 demandeurs d'asile avaient été accueillis en 2015, ce nombre est tombé à seulement 860 en 2025, son niveau le plus bas depuis vingt ans.

Un consensus populaire sur la ligne dure

Lawand Hiwa Namo, consultant en politique danois, confirme : « Il existe une très large majorité, tant dans l'opinion publique danoise qu'au Parlement, en faveur d'une politique d'immigration stricte. » Certains partis situés plus à gauche que les sociaux-démocrates ont même conclu que « pour défendre les plus vulnérables, ils doivent accepter une ligne dure sur l'immigration. »

Cette approche répond à une crainte profondément ancrée dans la population : la menace contre le modèle social danois, considéré comme le socle du pays et une fierté nationale. « Nous sommes un petit bout de paradis, mais un paradis fragile et rapidement menacé », défend Mikkel, un banquier de 32 ans.

Des crispations identitaires croissantes

Le débat sur l'immigration s'est progressivement déplacé vers des questions identitaires plus larges. « Ici nous faisons 300 kilomètres par 300, nous sommes six millions. Dans ce petit espace, il n'y a pas la place que pour une culture et une religion. L'islam n'est pas la bienvenue ici », affirme Johann.

Jamal, un kinésithérapeute maroco-danois, témoigne d'un climat qu'il juge parfois ouvertement islamophobe : « Les gens y sont moins éduqués à la différence qu'ailleurs. Les gens sont persuadés d'avoir le meilleur pays de la planète, et que tout le monde veut en abuser. Tout étranger sur place devient un suspect... et forcément un profiteur ! »

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Le contre-exemple suédois brandi comme avertissement

Les Danois justifient souvent leur politique migratoire restrictive en pointant du doigt la situation de leur voisin suédois. Moins de 30 kilomètres séparent Copenhague de Malmö, mais les approches migratoires des deux pays sont radicalement opposées.

Alors que la Suède s'est longtemps présentée comme une « superpuissance humanitaire », accueillant 162.000 demandes d'asile en 2015 pour 10 millions d'habitants, le pays fait face depuis quelques années à une augmentation significative de la criminalité. Les homicides ont augmenté de 26% depuis 2010, et on estime à plus de 200 le nombre de gangs violents dans le pays.

Une boîte de Pandore ouverte

Si la stratégie de Mette Frederiksen constitue pour l'instant un succès politique incontestable, elle pourrait bien se retourner contre la gauche danoise. Lawand Hiwa Namo alerte : « Le débat s'est déplacé vers un terrain où même les Sociaux-démocrates ne peuvent plus suivre. La discussion porte à présent sur la 'ré-immigration', l'idée d'expulser du pays des personnes qui ont obtenu la nationalité danoise. »

Le consultant poursuit : « On voit également certaines personnes dans l'opinion publique commencer à parler de la 'danoïté' non plus seulement comme des valeurs et une culture, mais comme quelque chose de génétique. » À force de jouer avec le feu de l'identité nationale, même un pays nordique réputé pour sa modération pourrait se brûler les ailes.