Partir à la rencontre des Français, parcourir villes, villages et territoires, écouter ce que leurs compatriotes ont à leur dire ou à leur apprendre, se nourrir de ce terreau pour s'enrichir… Ah ! Quel homme politique ne parle pas, des étoiles dans les yeux, de ce parcours nourricier ? Il ne s'y astreint pas, il s'en délecte. Il ne serait pas lui-même sans pareille démarche fortifiante.
Des livres et des tournées
C'est aussi pourquoi beaucoup de candidats (Bruno Le Maire, Gabriel Attal, Boris Vallaud, Édouard Philippe, Jordan Bardella…) écrivent des livres. Ceux-ci le sont, certes, pour mille autres bonnes raisons : se présenter, se blanchir, se faire mieux connaître, se faire pardonner, désamorcer un pétard qui menace son CV, donner sa vision de la France et… faire un tour de France. L'éditeur pourra y contribuer, des libraires les accueillir, les séances de dédicaces les flatter, la presse locale les interviewer, et les pots de l'antenne militante locale les mettre à portée de leurs lecteurs électeurs.
Le chic du chic est de se balader sans raison autre que le goût des rencontres impromptues, sans témoin ni photographe, et de le faire savoir, tout de même, en gage d'authenticité ! Accessoirement, on peut y gagner une image sympathique qui ne gâte rien !
Un pouls à tâter
À chacun, donc, de faire son petit tour. Tâter le pouls des électeurs, fouler la terre des campagnes, sentir l'odeur des étables, des ateliers ou des pêcheries, c'est toujours instructif. S'entendre dire ses quatre vérités, ce n'est sans doute pas inutile. Toucher du doigt ce que sont les fins de mois difficiles, la trésorerie à zéro d'une PME, la recherche d'un appartement, la peur d'un dépôt de bilan, voilà qui incarne la vraie vie, plus forte que les chiffres.
Travail caritatif ou politique ?
Pourtant, que ne savent-ils pas, nos candidats qui se bousculent au portillon de la présidentielle ? Ignorent-ils les problèmes du pays et les difficultés des Français, ont-ils à apprendre qu'il manque des médecins, que les salaires des métiers de première ligne sont insuffisants, que le changement climatique menace les agriculteurs, que les pleins d'essence sont ruineux, que les normes sont excessives, que tout est trop cher et les profs pas assez présents ? Non, ils savent tout ça.
Ainsi peut-on dire que leur voyage initiatique à travers le pays ne leur sert à rien, sinon à mettre de l'humain, de l'émotion, des visages sur les problèmes à résoudre. Or, ce n'est pas ce qu'on leur demande. Leur travail, leur cœur de métier, n'est pas caritatif, il est politique. Non pas venir au secours des misères, quoique ce soit bienvenu, mais s'attaquer aux misères, les diminuer sinon les terrasser.
Des solutions à trouver ailleurs
Or, désolé, ce n'est pas dans leurs pérégrinations territoriales qu'ils trouveront la solution aux problèmes du pays. Peut-être même au contraire. Que l'on sache, les Français ne sont pas franchement partisans des quelques mesures pas très sympathiques qui pourraient profiter au pays, à son redressement, à son dynamisme et, seulement après, à eux-mêmes. Que l'on sache, les sept jours fériés supplémentaires que réclame LFI, la semaine de quatre jours préconisée par le PS, et la distribution des richesses avant leur production, font plus florès que tout effort présumé abusif et antisocial. On voit assez peu de manifestations populaires réclamant une réforme des retraites tenant compte de la pyramide des âges et de la démographie.
La vraie conduite de la vraie politique, on l'attend de professionnels qui aiment le pays sans n'avoir plus à le courir pour le connaître, qui travaillent, élaborent un programme à la hauteur des enjeux et non à celle des facilités et des démagogies, et qui n'ont pas peur d'en parler et d'en faire la pédagogie.
Le véritable enjeu
Là serait la plus grande utilité, pas la plus facile, de leur tour de France : se faire entendre, eux, et convaincre. Moins écouter les doléances de tous qu'expliquer les solutions à leurs maux. Y mettre de la promesse et y croire, en sachant qu'aucun projet n'a de chance s'il met le feu aux poudres. L'acceptabilité sociale d'un programme, c'est le seul enjeu utile d'un tour de France : pour la sentir et la faire travailler comme la poutre.



