Édouard Philippe formé aux risques d'ingérence électorale avant les municipales
Philippe formé aux risques d'ingérence avant les municipales

Édouard Philippe en formation sur les risques d'ingérence électorale

Son statut d'ancien Premier ministre et de prétendant à l'Élysée ne lui accorde aucun privilège en la matière. Édouard Philippe, candidat à sa propre succession à la mairie du Havre, doit toujours se plier aux formations sécuritaires obligatoires. Dans les locaux parisiens de son mouvement Horizons, l'énarque a reçu ce 3 février un cours particulier dispensé par Nicolas Roche, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale.

Un tour d'horizon des périls électoraux

L'entretien, à la fois chaleureux et formel, a duré une heure complète. Il a permis de dresser un panorama exhaustif des dangers anticipés pour les prochaines élections municipales des 15 et 22 mars, ainsi que pour la campagne présidentielle de 2027. L'exécutif craint particulièrement des tentatives de déstabilisation venues de Russie ou de la sphère pro-Trump, visant à semer le chaos dans l'opinion publique française.

Les exemples récents ne manquent pas pour justifier ces appréhensions. Dès le 6 février, le Quai d'Orsay a rendu publique une nouvelle opération d'ingérence russe, cette fois destinée à faire croire à une implication d'Emmanuel Macron dans l'affaire Epstein.

Quarante responsables politiques sensibilisés

Directement rattaché à Matignon, Nicolas Roche a multiplié ces dernières semaines les rendez-vous avec la classe politique. Une quarantaine de responsables de premier plan ont bénéficié de ses mises en garde, incluant plusieurs chefs de parti, le président du Sénat Gérard Larcher, ainsi que des figures du Rassemblement national et de La France insoumise.

Les modes opératoires des adversaires sont désormais bien identifiés :

  • Nuire à la sincérité du scrutin
  • Ternir la réputation des candidats
  • Alimenter la défiance envers les médias
  • Polariser le débat public pour influencer les résultats

Un conseil de défense convoqué en urgence

Emmanuel Macron a convoqué un conseil de défense et de sécurité nationale le 28 janvier sur ce dossier considéré comme ultrasensible. "Tous les voyants sont au rouge", souligne-t-on à Matignon, alors que la dernière stratégie de sécurité nationale américaine laisse entrevoir de potentielles interférences dans la vie politique européenne.

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a finalisé deux circulaires importantes :

  1. Une sur les ingérences numériques étrangères
  2. Une sur les ingérences étrangères au sens large, notamment financières
Ces textes rappelleront aux magistrats l'existence d'une législation spécifique et la compétence du parquet de Paris en matière de cybercriminalité.

L'arsenal français progressivement renforcé

Depuis les "Macron Leaks" de 2017 et la création en 2021 de Viginum, l'agence chargée de détecter les campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux, l'État français a consolidé ses outils de lutte. Chaque scrutin a été visé : 25 tentatives d'ingérence notables ont été répertoriées en 2024 pour les élections européennes et législatives.

L'affaire des étoiles de David taguées à Paris en octobre 2023 a marqué un tournant. La DGSI ayant prouvé l'implication de réseaux russes, une consigne de silence prévaut désormais dans les ministères en cas de suspicion d'ingérence, le temps que les services mènent leurs enquêtes.

Un nouveau réseau de coordination électorale

À la faveur des municipales, l'État a créé fin janvier un réseau de coopération et de coordination des élections. Cet organisme réunira :

  • Les services de Matignon et le secrétariat général du gouvernement
  • Le ministère de l'Intérieur
  • Viginum et son comité d'éthique
  • L'Arcom, régulateur des médias
  • La Commission nationale des comptes de campagne
Sa mission : émettre des alertes, prévenir les candidats visés et envisager des ripostes appropriées.

La presse régionale, cible vulnérable

Contre toute attente, les scrutins locaux intéressent particulièrement les puissances étrangères. "Les titres de la presse quotidienne régionale sont vulnérables par plusieurs aspects et considérés comme une cible de choix", explique Julien Nocetti, chercheur spécialisé. Ils permettent aux acteurs malveillants d'affiner leur ciblage sur des problématiques sociales et économiques très précises.

Les autorités surveillent de près les faux portails imitant les sites d'information. En février 2024, le Quai d'Orsay a révélé l'existence de "Portal Kombat", un réseau de 193 sites conçu pour servir les intérêts russes. À l'automne dernier, Reporters sans frontières a identifié 141 faux sites francophones indirectement pilotés par le GRU, le renseignement militaire russe.

L'intelligence artificielle, nouveau vecteur de désinformation

Nicolas Roche s'est entretenu fin janvier avec les états-majors des grandes entreprises de la tech, dont Anthropic, lors d'un déplacement discret aux États-Unis. Si les plateformes comme Meta, TikTok ou X se montrent ouvertes au dialogue, leur coopération reste limitée dès qu'il s'agit de réguler les contenus.

L'Arcom a convoqué les récalcitrants le 9 février dans ses locaux pour les rappeler à leurs obligations. Le sujet hautement inflammable des ingérences électorales oblige l'Élysée à avancer avec prudence, cherchant à protéger les élections tout en évitant les accusations de censure politique.

Des précédents inquiétants à l'étranger

Les exemples internationaux sont éloquents :

  • Le scrutin présidentiel en Moldavie a été ciblé
  • En Roumanie, le second tour de la présidentielle a dû être reporté
  • Les élections fédérales allemandes de 2025 ont déjà subi des attaques
Tout porte à croire que l'élection présidentielle française de 2027 n'y échappera pas. Une réflexion est engagée au sommet de l'État pour renforcer encore l'arsenal juridique français, un projet appelé de ses vœux par Emmanuel Macron lui-même.