Des maires RN retirent le drapeau européen, un symbole fort malgré les subventions
À peine installés dans leurs fonctions après les élections municipales de 2026, les nouveaux maires du Rassemblement national de Harnes dans le Pas-de-Calais, Carcassonne dans l'Aude, Cagnes-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes et Canohès dans les Pyrénées-Orientales ont immédiatement fait retirer le drapeau européen qui flottait habituellement aux côtés du drapeau tricolore sur le fronton de leurs mairies. Ce geste anti-européen revêt une dimension particulièrement symbolique pour des élus dirigeant des communes qui ont toutes, directement ou indirectement, bénéficié de subventions substantielles provenant de l'Union européenne.
Un parti toujours eurosceptique malgré l'abandon du Frexit
Si le RN a officiellement remisé au placard ses velléités historiques de Frexit pour des raisons électoralistes, le parti n'est pas pour autant devenu pro-européen du jour au lendemain. La preuve en est que la proposition de loi portée par Renaissance en mars 2023, visant à rendre obligatoire le pavoisement des drapeaux français et européen sur le fronton des mairies, n'avait recueilli aucun vote favorable des députés RN. Les élus de La France Insoumise et des Républicains s'étaient également abstenus. Bien qu'adoptée par l'Assemblée nationale, cette proposition n'a jamais été examinée au Sénat et n'est donc jamais entrée en vigueur.
Un geste légal mais politiquement chargé
Le retrait du drapeau européen par ces quatre maires RN n'est pas illégal, mais il soulève d'importantes questions symboliques. « Si le retrait du drapeau européen des mairies dirigées par le RN venait à être validé par les instances nationales du parti, cela marquerait-il un tournant politique plus profond, allant jusqu'à remettre en cause l'appartenance de la France à l'Union européenne ? », s'interroge Emmanuel Foulon, porte-parole du Parlement européen.
L'eurodéputé belge Yvan Verougstraete a directement interpellé le maire de Carcassonne, lui demandant s'il comptait restituer les 11,7 millions d'euros de fonds européens accordés au gestionnaire de l'aéroport local entre 2001 et 2011. Bien que le site n'appartienne pas directement à la commune, il s'agit d'« un investissement structurant pour le territoire », souligne l'eurodéputé dans sa lettre.
Des financements européens substantiels dans les quatre communes
Les quatre communes concernées ont toutes bénéficié de financements européens importants :
- À Carcassonne, la rénovation de 188 logements sociaux en basse consommation de la Cité du Viguier a été cofinancée par le Fonds européen de développement régional (FEDER) à hauteur de 554 898 euros sur un budget total de 7 millions d'euros.
- Le maire RN de Carcassonne a lui-même touché près de 300 000 euros en quinze ans de la Politique agricole commune (PAC) pour son activité agricole.
- Le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, Renaud Muselier, a rappelé au maire RN de Cagnes-sur-Mer que sa ville avait bénéficié de près de 10 millions d'euros de fonds européens entre 2018 et aujourd'hui.
- Harnes a reçu plus de 340 000 euros du FEDER pour l'aménagement du parc des berges de la Souchez en 2022.
- Canohès avait obtenu une subvention de 234 000 euros du FEDER pour l'installation de chaufferies automatiques au bois dans des bâtiments communaux, dont le groupe scolaire.
Fait notable, la maire RN de Canohès, Carla Muti, a elle-même bénéficié du programme européen Erasmus+ pour passer un an à Malaga afin d'obtenir sa licence de langues étrangères appliquées.
L'avenir des financements européens en question
Les subventions européennes déjà perçues par ces communes ont été versées avant l'élection des maires RN. Mais la question se pose désormais pour l'avenir. « Retirer le drapeau européen du fronton de votre mairie, c'est tourner le dos à ces financements qui améliorent concrètement les infrastructures, la formation et le cadre de vie de vos administrés », prévient Renaud Muselier dans sa lettre adressée au maire de Cagnes-sur-Mer.
Le président de PACA souligne d'ailleurs que ce même maire, en tant que conseiller régional, vote systématiquement contre les subventions européennes obtenues par la région. Une position qui pourrait refroidir les électeurs du RN si elle devait conduire à une réduction des financements européens.
Pour calmer le jeu, Marine Le Pen s'est empressée de réagir sur LCP, assurant qu'elle ne voyait pas le rapport entre ces histoires de drapeau et les financements européens. Pour elle, ces subventions sont un dû puisque « l'argent de l'Europe vient directement de la poche des Français ».



