Peter Magyar dévoile sa feuille de route après sa victoire électorale en Hongrie
À peine sa victoire proclamée, Peter Magyar a immédiatement fixé le cap des prochains jours lors d'un discours prononcé dimanche soir devant ses partisans à Budapest. Le nouveau maître de la politique hongroise a posé ses premières exigences, dont la plus immédiate et délicate s'adresse directement à son prédécesseur.
Une transition sous haute tension avec Viktor Orban
Peter Magyar a solennellement demandé à Viktor Orban d'agir « comme un gouvernement expédiant les affaires courantes » et de s'abstenir de toute décision qui lierait les mains de son successeur. « Si des questions se posent, qu'on me contacte – ils ont mon numéro », a-t-il lancé avec fermeté.
La Constitution hongroise ne permet pas un transfert de pouvoir instantané après les élections : le Parlement sortant reste en place jusqu'à la réunion de la nouvelle Assemblée nationale. Ainsi, Viktor Orban, toujours Premier ministre en exercice, représentera la Hongrie au Conseil européen informel à Chypre les 23 et 24 avril.
La nouvelle assemblée sera convoquée au plus tard trente jours après le scrutin par le président de la République. Pour Magyar, ce délai constitue un premier test crucial : vérifier si son prédécesseur respectera le verdict des urnes ou tentera de glisser des décisions de dernière minute préparées par les juristes du Fidesz.
Un programme de réformes judiciaires et institutionnelles ambitieux
Sur le fond, le programme annoncé par Peter Magyar est à la fois dense et méthodiquement séquencé. En politique intérieure, il a exigé la démission immédiate de l'ensemble de l'appareil judiciaire et institutionnel nommé par Orban :
- Le président de la Curie
- Le procureur général
- Le président de la Cour constitutionnelle
- Le président de la Cour des comptes
- Le président de l'Autorité des médias
« Qu'ils partent sans attendre qu'on les renvoie car nous les renverrons », a prévenu sans ambiguïté le nouveau Premier ministre. Cette purge institutionnelle constitue la première étape indispensable pour restaurer l'État de droit, condition sine qua non du déblocage des fonds européens actuellement gelés.
Une diplomatie recentrée sur l'Europe et des enquêtes anticorruption
Sur le plan diplomatique, Peter Magyar a annoncé que son premier déplacement officiel serait réservé à la Pologne, où Donald Tusk l'attend avec impatience. Le Premier ministre polonais aurait été un soutien discret mais ferme durant la campagne, prodiguant conseils et assistance. Ce voyage symbolisera le rapprochement avec Varsovie, après des relations abîmées par la rupture d'Orban avec le gouvernement Tusk.
Le deuxième déplacement se dirigera vers Vienne, tandis que le troisième mènera le chef du gouvernement hongrois à Bruxelles pour, selon ses termes, « ramener les fonds européens auxquels les Hongrois ont droit ».
À cet effet, Peter Magyar a confirmé que la Hongrie rejoindrait enfin le Parquet européen (EPPO), dont vingt-deux États membres font déjà partie. Budapest avait refusé d'y adhérer depuis sa création en 2021, non par idéologie mais par calcul fonctionnel : l'EPPO possède compétence pour enquêter sur les fraudes aux fonds communautaires dépassant 10 000 euros, précisément là où la corruption du système Fidesz était la mieux documentée. Rester hors du Parquet européen offrait une immunité de fait que Magyar entend désormais abolir.
Une mécanique judiciaire qui se referme sur les oligarques
Cette adhésion à l'EPPO sera combinée à la création d'un Office national de recouvrement des biens publics, dont la mission explicite consistera à retrouver et rapatrier les actifs détournés au cours des seize dernières années. Ainsi, la mécanique judiciaire se refermera simultanément sur deux fronts :
- L'EPPO pour les fraudes aux fonds européens
- L'office national pour les détournements internes
Peter Magyar a promis que « les meilleurs juristes et enquêteurs du pays » y travailleront sans relâche. Pour les oligarques du système Fidesz, cette double offensive judiciaire annonce des nuits désormais bien moins tranquilles et un avenir judiciaire incertain.



