Vendredi 14 août 2026, Albert Donnat, résident de l'Ehpad Tonus vitamine à Draguignan, a été décoré de la Légion d'honneur à l'âge de 98 ans. La cérémonie, qui s'est tenue dans la salle de réception de la maison de retraite, a rassemblé membres de sa famille, amis, personnel de l'établissement et élus locaux pour célébrer cette distinction honorifique. S'il ne reste aujourd'hui qu'une poignée de témoins du Débarquement, Albert Donnat se distingue par son engagement précoce dans la Résistance.
Un engagement précoce dans la Résistance
En août 1944, à l'âge de 16 ans, Albert Donnat décide de falsifier son âge pour intégrer le 9e régiment de Zouaves établi à Fréjus, quelques jours après l'arrivée des Alliés sur les côtes de Provence. Interrogé sur les raisons de cet engagement si jeune, il répond avec détermination : « Pourquoi m'être engagé si tôt dans l'armée ? Parce qu'il fallait que je le fasse, tout simplement. Sous l'occupation allemande, nous n'avions aucune liberté et vivions sous la menace permanente. On était contraints au silence. Le moindre faux pas et c'était la mort. »
Originaire de Cannes, Albert Donnat est issu d'un milieu modeste. « Ma grand-mère paternelle ne savait ni lire, ni écrire et mon grand-père maternel était berger dans l'arrière-pays », confie-t-il. Très vite contraint de trouver du travail, il devient commis boulanger à l'âge de 15 ans. À partir de septembre 1943, il réalise ses premières missions pour la Résistance. « Comme je devais effectuer des livraisons à bicyclette, j'avais le droit à un laissez-passer. Le réseau local de l'Organisation civile et militaire m'envoyait dans le secteur d'Anthéor pour des missions de repérage », raconte-t-il, des souvenirs plein la tête.
Des combats et une distinction honorifique
Par la suite, Albert Donnat prend les armes pendant plusieurs semaines et combat pour le régiment impliqué dans les opérations de la trouée de Belfort et de Haute-Alsace. « Il faut le vivre pour comprendre, mais c'était une période difficile. Beaucoup de mes camarades sont morts au combat. Cette Légion d'honneur, elle est aussi pour eux et pour tous les soldats anonymes, qu'on ne doit pas oublier, décédés pendant la guerre », témoigne-t-il.
Cette distinction a été obtenue grâce à l'association Pour les enfants de la Résistance (PEDR), basée au Muy, dont les représentants étaient présents à la cérémonie. Stéphane Arsonneau, président de l'association PEDR et grand ami de l'ancien combattant, explique : « C'est une initiative citoyenne qui a permis à Albert Donnat d'être fait chevalier de la Légion d'honneur. Aujourd'hui n'importe qui a le pouvoir de proposer la candidature d'une personne qu'il juge digne de cette distinction. » Serge Lahondes, administrateur national de l'Union nationale des combattants, qui s'est beaucoup investi pour l'obtention de ce titre, ajoute : « Concrètement, cette procédure facilite l'identification de certains profils qui n'auraient pas été repérés par le maillage territorial traditionnel. »
Une vie d'engagement et de mémoire
S'il se dit « extrêmement honoré » par cette récompense, Albert Donnat indique que sa véritable fierté réside peut-être ailleurs. « Ce qui me rend le plus heureux aujourd'hui, c'est de voir que la France est encore un pays libre », confie-t-il. Il admet aussi entretenir « des souvenirs intenses de ses combats aux côtés de grandes figures » comme le général Jacques Chaban-Delmas, ancien Premier ministre et maire de Bordeaux pendant 47 ans. Un jour, ce dernier lui a adressé une lettre s'ouvrant par la courte formule fraternelle : « Mon camarade. » Deux mots lourds de sens pour le résistant. « Lorsque j'ai reçu ce courrier, j'ai compris que j'avais correctement servi mon pays et que ma mission était pleinement remplie », confie-t-il, une larme au coin de l'œil.
Après dix années passées dans l'armée, Albert Donnat est démobilisé en 1954. Il s'installe à La Motte et devient journaliste sportif au Provençal. Pendant sa retraite, il continue de s'engager, d'abord auprès de trois maisons de retraite de Draguignan, puis en tant qu'élu à la mairie de La Motte de 2016 à 2020, jusqu'à l'âge de 92 ans. « J'ai toujours voulu aider les autres, c'est ce qui m'a guidé au fil de ma vie », déclare-t-il. Avec cette Légion d'honneur, Albert Donnat n'est plus seulement le héros du jour, il est aussi celui de la mémoire collective.



