Le Premier ministre sort de sa réserve après les élections municipales
Si l'on n'avait aperçu sa silhouette furtivement après la victoire de sa liste à Vernon dès le premier tour, on aurait presque pu lancer une alerte enlèvement concernant le Premier ministre. Sébastien Lecornu a érigé la discrétion médiatique en véritable signature politique depuis son arrivée à Matignon. Durant toute la campagne électorale et l'entre-deux tours, il a poussé cette stratégie à son paroxysme.
Un silence médiatique presque total
Sa dernière allocution publique remonte au 23 février dernier, à Albertville, pour l'arrivée du drapeau olympique dans les Alpes françaises. Le lendemain, on l'a tout de même vu déambuler dans les allées du Salon de l'agriculture, une planche de cochonnailles et de fromages à la main. Puis plus rien jusqu'à ce lundi. Le grand vide. Le néant exécutif apparent.
Certes, la règle électorale impose une période de réserve, mais celle-ci n'interdit pas d'agir et d'exister. Et éventuellement de s'exprimer. Sébastien Lecornu a choisi la prudence extrême, demandant même à son équipe gouvernementale de ne pas intervenir dans les soirées électorales. « No comment » donc, sur des élections où son camp s'était résolu à faire de la figuration, de peur de vivre une Bérézina.
Des résultats mitigés sans triomphalisme
Finalement, cela ne s'est pas si mal passé, avec notamment la conquête de Bordeaux et d'Annecy. Sur onze ministres en lice, neuf figuraient sur les listes victorieuses. Mais là encore, pas de triomphalisme partisan. Zéro réaction sur les réseaux sociaux dimanche soir, si ce n'est pour remercier toutes les personnes qui se sont mobilisées pour les élections municipales, des électeurs aux agents municipaux.
Le tweet du Premier ministre se contentait de remercier « les citoyens et tous ceux mobilisés dans les communes - assesseurs, agents municipaux et personnes en charge du dépouillement - pour le bon déroulement de ces élections municipales ». Une déclaration consensuelle qui ne mange pas de pain.
La méthode floue de la rentrée politique
En ce début de semaine, c'était l'heure du réveil nécessaire. Une rentrée dans l'atmosphère très très mesurée : pas de prise de parole publique, pas de rendez-vous médiatique. Mais deux initiatives significatives :
- Une lettre à tous les maires de France
- Une invitation à Matignon, 24 heures après les résultats, des présidents des groupes parlementaires du socle commun
Un courrier aux maires porteur de messages
Le courrier adressé aux maires est en soi un véhicule de rentrée politique. Après les traditionnelles « félicitations républicaines » vient le verdict : « Les urnes n'ont sacré personne ». Pas de vainqueur donc, si ce n'est l'abstention, avec une « participation trop faible ». Cette double observation conduit son auteur à souligner la nécessité d'« agir sans attendre les prochaines échéances électorales ».
Des thèmes précis mais une méthode floue
Bonne idée mais comment faire ? Les thèmes inscrits à l'ordre du jour sont plus ou moins précis :
- Simplification des collectivités territoriales
- Réforme des agences régionales de santé (ARS) pour garantir « un accès aux soins en moins de 48 heures et à proximité de chaque Français »
- Projet de loi sur la sécurité du quotidien
La méthode, elle, reste floue : « ni passage en force, ni immobilisme ». Attention, il faut le plus souvent se méfier des « ni-ni » et des renoncements qu'ils dissimulent. La réunion avec les présidents des groupes parlementaires visait à évoquer le calendrier législatif à venir et, déjà, à penser au budget 2027, échéance encore lointaine mais déjà éprouvante.
Le Premier ministre semble donc avoir choisi une stratégie de rentrée en douceur, évitant les déclarations fracassantes pour privilégier des actions concrètes mais mesurées, tout en maintenant cette discrétion qui caractérise désormais son style de gouvernance.



