Le quitte ou double de Sébastien Lecornu face à la crise des carburants
Le quitte ou double de Lecornu face aux carburants

Un moine fait vœu de silence. Un moine soldat — comme se décrivait Sébastien Lecornu en octobre 2025 — monte au front quand la situation l'exige. Le Premier ministre a donc choisi l'exercice de la conférence de presse, plus événementielle que ses précédentes annonces sur le perron, pour annoncer le paquet de mesures d'aides sur les carburants pour le mois de juin. Un format auquel il est peu habitué, lui qui a fui jusqu'ici les grands-messes médiatiques comme les JT et les interviews matinales en radio depuis sa renomination il y a près de sept mois et demi.

La faute au contexte, selon son entourage : « Il va prendre un peu plus de temps pour faire un état des lieux de la situation et des impacts de la crise à court terme, mais aussi à long terme au-delà du seul sujet des carburants ». D'ailleurs, cette prise de parole attendue à 17 heures depuis la salle du conseil de l'Hôtel de Matignon a pour intitulé « conférence de presse sur les conséquences de la guerre en Iran et sur les mesures de soutien à l'activité économique ».

Autour du Premier ministre, cet après-midi, les ministres du Travail, de l'Économie, de l'Énergie mais aussi de la Santé, de la Mer ou de l'Aménagement du territoire. La présence de pas moins de dix membres du gouvernement illustre la volonté de mettre en scène de la gravité du moment.

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Préparer les esprits à un budget serré

Devant les députés, mardi, Sébastien Lecornu a commencé à donner le ton : « Malheureusement, cette géopolitique s'est installée dans le réservoir des Françaises et des Français (…) et nous le voyons, sous une forme ou sous une autre, cela va durer. Il ne faut pas mentir aux Françaises et aux Français. » À Matignon, ses collaborateurs observent avec attention les débats sur la croissance et l'inflation sur les produits dérivés du pétrole.

Le rendez-vous du jour doit aussi préparer les esprits (et les parlementaires !) à un budget serré : « On va devoir faire des choix politiques pour les prochains exercices budgétaires. C'est évident, parce que tout ça ne va pas s'éteindre du jour au lendemain », ajoute-t-on dans l'entourage du Premier ministre.

Le fond des nouvelles mesures pour le mois de juin est resté longtemps flou, y compris pour certains ministres directement concernés : « Lecornu écoute, il se donne jusqu'au dernier moment pour arbitrer », résume un membre du gouvernement.

Un « changement d'échelle » des aides

Pour mettre en scène la chorégraphie finale et l'aspect politique du discours, les ministres des secteurs les plus touchés avaient rendez-vous ce mercredi soir à l'heure de l'apéritif pour une réunion informelle. Un dernier round après trois jours d'allers-retours intensifs entre les cabinets ministériels, les équipes de Matignon et Sébastien Lecornu lui-même.

Le Premier ministre a, en parallèle, demandé il y a deux semaines au Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) la préparation de plusieurs scénarios sur la durée des conflits : « du scénario noir au scénario optimiste, avec des scénarios un peu gris au milieu », résume son entourage.

Seule certitude, le locataire de Matignon a déjà annoncé un « changement d'échelle » en précisant tout de même que l'objectif est de rester sur la philosophie des aides ciblées. Certains poussent pourtant pour des mesures plus larges pour limiter l'usage de la voiture et donc du carburant.

« On pourrait aller plus loin sur le télétravail (pourquoi pas deux jours par semaine ?) pour les cols blancs. C'est plus compliqué pour les cols bleus, mais on pourrait encourager à la prime défiscalisée d'accompagnement », suggère un ministre concerné. Ce dernier pense aussi à la période estivale et plaide pour une campagne de promotion de vacances en France.

Ne pas se rater

Pour des proches du Premier ministre, il ne faut pas se rater : « Si on fait les choses proprement jeudi, on peut vivre là-dessus jusqu'à la pause estivale », parie un membre du gouvernement.

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Même si dans son camp, on estime que le dossier est beaucoup moins explosif qu'il ne pourrait l'être : « Même la gauche reste mesurée, ils voient bien qu'on ne peut faire que du ciblage ». Une intuition confirmée par un socialiste : « Il y a une non-colère, une lassitude, car les Français serrent les dents en attendant 2027 ».