La diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo postée par le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclenché une vive polémique à l'échelle internationale. Sous-titrée "Bienvenue en Israël", elle montre des dizaines de militants de la flottille humanitaire pour Gaza, interceptée mardi 19 mai par la marine israélienne, contraints de s'agenouiller sur le pont d'un bateau militaire puis dans un centre de détention, le front au sol et les mains ligotées dans le dos.
Des images choquantes
Sur les images, Itamar Ben Gvir, arborant un large sourire, parcourt les rangs des interpellés traités comme des otages. "Ils sont venus en grands héros", lance-t-il en exhibant un grand drapeau israélien. "Regardez-les maintenant. Regardez à quoi ils ressemblent maintenant, pas à des héros, à rien." Une militante est mise au sol par des agents israéliens pour avoir chanté "Free, free Palestine".
Les navires de la flottille Global Sumud, qui signifie "persévérance" en arabe, avaient pris la mer pour la troisième fois depuis le sud de la Turquie afin de tenter de briser le blocus israélien de la bande de Gaza et fournir une aide aux habitants confrontés à une crise humanitaire. Les précédentes tentatives avaient échoué, les bateaux ayant été arrêtés dans les eaux internationales. Cette fois, l'ONG israélienne des droits de l'homme Adalah affirme que ses militants ont été "interpellés au port d'Ashdod" et "amenés en Israël contre leur gré" jusqu'à la prison de Ketziot, dans le désert du Néguev.
Une vague de condamnations internationales
La diffusion de ces images a provoqué colère et indignation parmi de nombreux pays membres de la communauté internationale. La France, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, l'Espagne et le Canada ont annoncé la convocation des ambassadeurs israéliens en poste chez eux, tandis que la Corée du Sud et la Turquie ont critiqué l'attitude des forces israéliennes.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a écrit sur X : "Les agissements de M. Ben Gvir à l'égard des passagers de la flottille Global Sumud (...) sont inadmissibles. La sécurité de nos compatriotes est une priorité constante. Quoiqu'on pense de cette flottille, nos compatriotes qui y participent doivent être traités avec respect et libérés dans les plus brefs délais."
La commissaire européenne Hadja Lahbib, responsable de l'UE pour les situations de crise humanitaire, a également réagi sur X : "Regardez cette vidéo. Ce ne sont pas des criminels, mais des militants qui tentent de distribuer du pain aux personnes qui ont faim. Nul ne devrait être sanctionné pour sa défense des droits humains."
Réactions des autres pays
Dans la soirée de mercredi, le chef de la diplomatie polonaise, Radoslaw Sikorski, a réclamé "justice" pour ses compatriotes. "Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. Dans le monde démocratique, nous n'abusons pas des personnes détenues et nous ne nous réjouissons pas à leurs dépens", s'est-il insurgé sur X.
La ministre irlandaise des Affaires étrangères, Helen McEntee, a déclaré que ces militants "détenus illégalement (...) ne sont en aucune manière traités avec la dignité ou le respect appropriés". Le Premier ministre néerlandais, Bob Jetten, a affirmé avoir interpellé le président d'Israël, Isaac Herzog, à ce sujet.
Plus tôt, la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, avait dénoncé un "traitement qui porte atteinte à leur dignité humaine". "Le gouvernement italien prend immédiatement, au plus haut niveau institutionnel, toutes les mesures nécessaires pour obtenir la libération immédiate des citoyens italiens concernés", a-t-elle assuré, exigeant des "excuses" de la part du gouvernement israélien.
Le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, a également exigé des excuses publiques d'Israël : "Ce traitement est monstrueux, il est indigne, il est inhumain."
Des critiques jusque dans la coalition israélienne
Si aucune excuse publique n'a pour l'heure été prononcée par Israël, plusieurs critiques cinglantes envers les actions de Ben Gvir ont fusé au sein de la coalition au pouvoir de Benyamin Netanyahou. Ce dernier a lui-même qualifié le traitement reçu par les militants de "non conforme aux valeurs et normes israéliennes".
L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a écrit sur X : "Indignation et condamnation unanimes de la part de tous les hauts responsables israéliens (...) pour les actes méprisables d'Itamar Ben Gvir. La flottille était une manœuvre stupide, mais Ben Gvir a trahi la dignité de sa nation."
Les 430 militants issus de 40 nationalités différentes, présents à bord des 50 navires de la flottille humanitaire, seront autorisés à rencontrer des représentants consulaires une fois arrivés en Israël, ont annoncé les autorités de l'État hébreu.



