Jean-François Copé : le retour d'un homme libre contre les populistes
Jean-François Copé : retour d'un homme libre contre les populistes

« En homme libre »… Ces trois mots pourraient s’appliquer aussi à lui. Jean-François Copé, sorti d’un purgatoire d’une dizaine d’années, revient sur le devant de la scène à l’occasion de la campagne présidentielle. Pas pour se présenter ! Seulement pour dire sa part de vérité, livrée sans fard, et faire bénéficier chacun de ses expériences et réflexions dans un livre stimulant, Quand les populistes trahissent le peuple (Plon).

Un réquisitoire contre les « charlatans »

S’il sort de la discrétion, c’est que les partis populistes risquent fort de dominer en 2027. Une perspective qui le révulse. Selon lui, le Rassemblement national autant que La France insoumise ne sont que des « charlatans » nuisibles qui maintiennent les Français dans l’illusion qu’ils ont une réponse à leur frustration, leur anxiété ou leur colère. Alors qu’ils ne feraient qu’empirer le mal décrié si un jour ils arrivaient au pouvoir.

Dans son livre, Jean-François Copé décortique très bien la mécanique infernale qui a conduit à l’ascension de ces médecins de Molière. Les insuffisances des gouvernements successifs (baptisés « les 7 péchés capitaux ») et la démagogie sans nom du RN et de LFI, avec leurs vraies-fausses solutions, ont fait le job. Pour les patients qui veulent vraiment guérir, Dr Copé fournit aussi une ordonnance. Avis à ceux que cela intéresserait parmi les candidats du camp de la raison.

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Ses 5 propositions chocs

La prescription tient en quelques points : améliorer l’efficacité gouvernementale en procédant, d’entrée de jeu, par ordonnances ; augmenter le pouvoir d’achat des Français en créant une demi-journée de travail supplémentaire ; résoudre le problème des retraites en indexant l’âge de départ sur l’espérance de vie et créer une part de capitalisation ; rendre des marges de manœuvre financières aux collectivités locales en leur restituant des ressources ; en finir avec le non-cumul des mandats pour inciter les meilleurs à revenir dans le jeu politique. C’est vite dit, mais cela changerait tout…

Un rempart contre les extrêmes

L’homme qui a inventé la formule « droite décomplexée » se pose en rempart contre les extrêmes mortifères. Chez Les Républicains, où il a soutenu Bruno Retailleau lors de son élection comme président du parti, il se désole de voir les tentations de rapprochement avec le Rassemblement national. Il n’acceptera jamais une transgression de ce genre. Cela en gêne certains ? « J’ai appuyé où cela fait mal, confie-t-il. Voir quelqu’un de la droite décomplexée démontrer qu’il y a un signe égal entre RN et LFI, c’est insupportable ! »

Copé est donc un déçu de Retailleau, pour qui le seul vrai ennemi est LFI. Et qui, en se lançant dans une candidature en solitaire pour la prochaine présidentielle, compromet l’union de la droite et du centre, condition pour avoir une chance de figurer au second tour. Le maire de Meaux, lui, se bat pour une candidature unique et soutiendra, le jour venu, celui ou celle qui émergera comme meilleur rassembleur. Estimant que la condition du succès est, au minimum, de proposer un programme régalien massif…

Retailleau isolé

Pour l’heure, il s’est réjoui de voir Édouard Philippe écrire une critique élogieuse de son livre, d’accueillir Gabriel Attal à sa séance de dédicaces, le 8 avril à la librairie Lamartine, à Paris, et d’entretenir de bonnes relations, dans son parti, avec tous ceux qui sont clairs sur la ligne anti-RN, comme Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, Michel Barnier ou Gérard Larcher. Un groupe qui se désole de voir Bruno Retailleau pratiquer l’exercice solitaire du pouvoir et privilégier un lien quasi exclusif avec le très conservateur François-Xavier Bellamy.

À ceux qui seraient tentés de soutenir l’extrême droite, il rappelle les expériences historiques où la droite classique s’est toujours fait avaler par plus gros qu’elle. Il pointe l’exemple de la Hongrie, ce pays ruiné par seize ans de populisme. Et il s’étonne que certains patrons financent aujourd’hui les extrêmes, tout en rappelant que ce n’est pas nouveau, citant l’exemple du parfumeur milliardaire François Coty qui, avant-guerre, avait soutenu l’Action française… avant de s’en mordre les doigts.

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« Ordre et progrès »

Le motus de l’ancien président de l’UMP est « ordre et progrès ». Il a appliqué la recette dans sa ville de Meaux, où il a fait chuter la délinquance grâce à une police municipale armée et équipée de caméras en nombre, et maintenu, dans le même temps – on n’ose le dire – de bons rapports avec les catégories de sa population de toutes origines, en étant ferme sur la laïcité tout en favorisant le dialogue interreligieux. Bilan : aux dernières élections municipales, Jean-François Copé a été triomphalement réélu au premier tour [avec 63,45 % des voix, NDLR], en faisant fondre les scores du RN et de LFI…

N’a-t-il pas tout de même envie d’appliquer lui-même la méthode qu’il conseille avec autant de conviction aux futurs candidats de 2027 ? S’il a mis une croix personnelle sur la présidentielle, il ne refuserait pas de servir dans une équipe gagnante qui aurait repris ses idées… Mais la sagesse venant avec les années, Jean-François Copé est devenu philosophe. « Ce ne serait pas un drame pour moi de ne pas revenir au gouvernement ! », affirme ce grand brûlé de la politique. Mais voilà, les cicatrices étant presque effacées, si l’occasion se présente, il ne restera pas sur l’Aventin. Décomplexé, on vous dit…