Une commanderie templière d'exception en Provence
Entre Villecroze et Lorgues, dans le Var, se dressent des bâtiments imposants qui semblent abandonnés. Pourtant, ces vestiges sont ceux de la Commanderie du Temple du Ruou, l'une des plus importantes de Provence et probablement l'une des trois principales de France. Cet ensemble monumental, méconnu du grand public, recèle une histoire riche et fascinante.
Les origines de l'ordre des Templiers
L'ordre des Chevaliers du Temple est un ordre de chrétiens militaires fondé en 1119 ou 1129 à Jérusalem, sur l'instigation du chevalier champenois Hugues de Payns. Il reçut une reconnaissance canonique le 29 mars 1139 par le Concile de Troyes. L'Ordre essaima dans toutes les directions, mais c'est surtout dans le sud de la France et particulièrement en Provence que les Templiers s'établirent. Les lieux, terres et bâtiments où ils s'installaient étaient appelés Commanderies. La première fut implantée à Richerenches (Vaucluse) en 1136. Rapidement d'autres se sont implantées au nord de la Provence, dont celle du Ruou établie au quartier de Rue, sur la commune de Villecroze, désignée sous le nom de Castrum Ruœ militiœ Templicum, domo de Sallega.
Rayonnement en Provence
Fondée vers 1150-1155, la Commanderie du Ruou aussi appelée Commanderie du Rue, rayonnait de la vallée du Verdon à la Méditerranée. Le plus ancien document qui la mentionne date de 1156. Il traite de la donation, faite aux frères du Temple, de biens situés au Ruou, Salgues et Salguettes par les seigneurs de Flayosc. En 1170, sous le premier Commandeur Hugues Raymond de Villacros, le domaine va commencer à s'agrandir, mais ce sont les 32 Commandeurs successifs qui vont créer fermes, granges et maisons indépendantes. Au total les exploitations couvraient un millier d'hectares répartis sur 28 communes faisant de la Commanderie la plus importante puissance économique de la région. En 1223 on notait la présence de seize Frères, du Chapelain et d'un nombreux personnel de service, soit un effectif quatre fois supérieur à la moyenne des autres sites templiers.
La chute des Templiers
L'an 1307 a vu l'arrestation des Templiers par Philippe le Bel. Quant au dernier commandeur du Ruou, Gaufridus de Petraviridi, il fut arrêté en 1308 par les inquisiteurs. L'Ordre fut dissous par Clément V (Premier Pape d'Avignon) en 1312.
Après l'abolition de l'ordre
En 1338, les biens templiers du Ruou furent transférés aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. S'installèrent alors au sein de la Commanderie, quatorze frères Hospitaliers parmi lesquels deux anciens Templiers. Bien qu'elle fût partiellement détruite en 1360 par les Grandes Compagnies – troupes d'aventuriers vivant de pillage et de rançons – en dehors de la chapelle, ils poursuivirent l'exploitation jusqu'en 1411. À cette date, il ne restait plus que trois frères présents au Ruou. Dès 1460, plus aucune mention du Ruou n'apparaît dans les registres. Puis, durant les siècles suivants, les bâtiments furent de nouveau occupés. En ajoutant de nouvelles constructions, les différents occupants n'ont cessé de modifier la physionomie du domaine originel. De 1843 à 1914, le site fut converti en usine de fabrication de tomettes et de malons vernis. Le domaine a depuis eu divers propriétaires privés. Notamment un berger qui transforma les bâtiments, dont la chapelle, en bergerie. Totalement abandonné, il fut placé en liquidation judiciaire en 1981. Mis en vente aux enchères en 2000, aucune collectivité territoriale, État, région, département ou communes voisines, ne s'étant porté acquéreur, la Commanderie Templière du Ruou a été acquise par un particulier et n'est pas accessible au public. Mais depuis 1995, l'Association Empreintes et Traditions du Ruou, qui s'emploie à faire reconnaître l'importance de ce site, assure la sauvegarde de la chapelle et des divers bâtiments.
La chapelle Ste-Marie
Appelée aussi chapelle des Templiers, elle occupait une place centrale dans la vie et les activités quotidiennes des Templiers. D'époque romane, restaurée en 2008, elle présente un type de nef unique, orientée est-ouest. C'est le bâtiment le mieux conservé, sans doute épargné des pillages à cause de son caractère religieux. À l'intérieur, trois travées séparées par des doubleaux retombent jusqu'au sol. L'abside en « cul-de-four » est bien conservée. Trois baies à double ébrasement éclairent la nef. D'importants vestiges de fresques ornent l'ensemble du chœur. L'entrée principale, située du côté ouest est légèrement désaxée ; un oculus circulaire est situé en juste au-dessus. Du côté nord, une porte donnait sur le bâtiment du logis des frères et, au sud, une autre donnait accès à l'ancien cimetière. Face à l'entrée principale, un four à pain accessible aux villageois sans avoir à entrer à l'intérieur de la commanderie. À l'angle sud-ouest, les vestiges d'une tour arasée à hauteur du premier étage étaient sans doute une tour de guet prenant en enfilade l'ensemble du large vallon du Ruou. Quant au bâtiment du gardien, c'est une imposante construction qui pourrait avoir été la résidence du commandeur. Dans un inventaire dressé en 1338, il est attesté de la présence à cet endroit d'une tour d'habitation fortifiée.
Source : La Commanderie Templière du Ruou, éditée par l'Association Empreintes et Traditions du Ruou.



