András Baka, président de la Hongrie : la revanche d'un magistrat écarté
Hongrie : András Baka, la revanche d'un magistrat

András Baka, ancien président de la Cour suprême de Hongrie, a été élu président de la République par le Parlement hongrois ce mardi. Ce magistrat de 72 ans, qui avait été brutalement écarté en 2012 par le système Orbán, incarne désormais une forme de revanche pour l'État de droit. Sa victoire, acquise au second tour avec 137 voix sur 199, marque un tournant dans la vie politique hongroise.

Un parcours marqué par la disgrâce

András Baka a été limogé de la tête de la Cour suprême en 2012, à la suite d'une réforme judiciaire contestée menée par le gouvernement de Viktor Orbán. Cette réforme, qui a réduit l'âge de départ à la retraite des juges de 70 à 62 ans, avait été vivement critiquée par les institutions européennes. La Cour de justice de l'Union européenne avait d'ailleurs condamné la Hongrie pour cette mesure discriminatoire. Baka, qui avait alors 61 ans, avait vu son mandat écourté de neuf ans.

Ce limogeage avait provoqué une vive émotion parmi les magistrats et les défenseurs des droits humains. András Baka avait saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui avait donné raison au magistrat en 2014, estimant que son éviction portait atteinte à la liberté d'expression et à l'indépendance judiciaire. Cette décision avait été perçue comme un camouflet pour le gouvernement hongrois.

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Une élection sous haute tension

L'élection présidentielle de ce mardi s'est déroulée dans un climat politique tendu. Le Parlement hongrois, dominé par le parti Fidesz de Viktor Orbán, a élu András Baka au second tour avec 137 voix sur 199. Ce résultat surprend par son ampleur, car le parti au pouvoir disposait d'une majorité confortable. Certains observateurs y voient un signe de lassitude face à la dérive autoritaire du gouvernement, tandis que d'autres soulignent que Baka a bénéficié de soutiens au-delà de l'opposition.

András Baka, qui se présentait comme candidat indépendant, a promis de défendre l'État de droit et de rétablir la confiance dans les institutions. Dans son discours d'investiture, il a déclaré : « Je serai le président de tous les Hongrois, et je m'emploierai à garantir que la justice et la loi soient respectées. » Il a également annoncé son intention de promouvoir un dialogue national pour apaiser les tensions politiques.

Une victoire pour l'opposition et l'Europe

L'élection d'András Baka est perçue comme une victoire pour l'opposition hongroise, qui avait fait de la défense de l'indépendance judiciaire un cheval de bataille. Elle intervient alors que la Hongrie est sous le coup d'une procédure de l'article 7 du traité sur l'Union européenne, qui peut conduire à la suspension de ses droits de vote. Bruxelles a salué cette élection, y voyant un signe positif pour l'État de droit dans le pays.

Le nouveau président, qui prendra ses fonctions le 10 août, aura un rôle essentiellement honorifique, mais il dispose d'un droit de veto sur certaines lois. Il a déjà indiqué qu'il userait de ce pouvoir pour empêcher toute nouvelle atteinte aux libertés fondamentales. Son mandat de cinq ans s'annonce comme un test pour la démocratie hongroise.

Un symbole fort pour les magistrats

Le parcours d'András Baka, de la disgrâce à la plus haute fonction de l'État, est un symbole fort pour les magistrats hongrois et européens. Il rappelle que l'indépendance judiciaire est un pilier de la démocratie. Dans son premier discours, il a rendu hommage à ses anciens collègues de la Cour suprême, soulignant que « la justice ne peut être rendue que dans l'indépendance et l'impartialité ».

Cette élection intervient à un moment où la Hongrie est confrontée à des défis économiques et sociaux, notamment une inflation élevée et une crise énergétique. Le nouveau président a promis de se concentrer sur ces questions, tout en veillant à ce que les réformes nécessaires ne se fassent pas au détriment des droits fondamentaux. Son premier test sera la validation des lois adoptées par le Parlement, notamment celles relatives à la justice.

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