Dans une tribune publiée par Le Monde, plusieurs experts estiment que la faiblesse de l'Union européenne ne tient pas à une institution manquante, mais à un manque de volonté politique et de capacités déployables. Selon eux, l'UE dispose déjà des outils institutionnels nécessaires pour agir efficacement sur la scène internationale.
Un diagnostic partagé par des spécialistes
Les auteurs, parmi lesquels figurent des chercheurs et des anciens diplomates, soulignent que les crises récentes – pandémie de Covid-19, guerre en Ukraine, tensions commerciales avec la Chine – ont révélé les limites de l'action européenne. « Ce n'est pas un problème de traités, mais de courage politique », affirment-ils. « L'Europe a les moyens juridiques et financiers ; ce qui lui manque, c'est la volonté de les utiliser collectivement. »
Ils pointent du doigt la réticence des États membres à transférer des compétences réelles à Bruxelles, notamment dans les domaines de la défense, de la politique étrangère et de l'énergie. « Chaque capitale privilégie ses intérêts nationaux à court terme, ce qui paralyse toute action commune », écrivent-ils.
Des capacités déployables insuffisantes
Au-delà de la volonté politique, les experts regrettent le manque de capacités opérationnelles. « L'UE ne dispose pas d'une armée, d'une agence de renseignement commune ou d'une véritable diplomatie unifiée », rappellent-ils. « Même dans les domaines où elle a des compétences, comme le commerce ou la régulation numérique, elle manque de moyens humains et techniques pour faire respecter ses décisions. »
Ils citent l'exemple des sanctions contre la Russie : « Les sanctions sont décidées à l'unanimité, mais leur mise en œuvre est lacunaire car les États membres n'ont pas les mêmes capacités de contrôle. » Selon une étude récente, seuls 60 % des sanctions européennes sont effectivement appliquées dans tous les pays de l'UE.
Des pistes pour renforcer l'Europe
Pour sortir de cette impasse, les auteurs proposent plusieurs pistes. « Il faut d'abord un sursaut politique : que les dirigeants européens acceptent de mettre en commun davantage de souveraineté », expliquent-ils. « Ensuite, il est urgent de créer des capacités déployables communes, comme une force de réaction rapide ou un fonds d'investissement stratégique. »
Ils insistent également sur la nécessité de simplifier les processus décisionnels. « Le vote à l'unanimité dans certains domaines est un frein majeur. Passer au vote à la majorité qualifiée permettrait d'avancer plus vite. »
Un appel à la responsabilité collective
En conclusion, les experts appellent les citoyens européens à se mobiliser. « L'Europe n'est pas une fatalité, c'est un projet politique. Si nous voulons qu'elle pèse dans le monde, nous devons exiger de nos dirigeants qu'ils agissent ensemble. »
Cette analyse intervient alors que l'Union européenne prépare son prochain sommet, prévu en juillet, où les questions de défense et de souveraineté seront au cœur des débats.



