Christian Estrosi quitte Nice après 18 ans : « Je n'ai aucune amertume »
Estrosi quitte Nice après 18 ans : « Aucune amertume »

Christian Estrosi quitte Nice après 18 ans : « Je n'ai aucune amertume »

Christian Estrosi range son vaste bureau de l'Hôtel de Ville de Nice, chargé de souvenirs, où trône sa moto de compétition. Vendredi 27 mars, il cédera la place à Éric Ciotti, vainqueur des élections municipales, puis démissionnera le 8 avril de la présidence de la Métropole Nice Côte d'Azur qu'il a créée. Après trois mandats et dix-huit ans à incarner Nice, l'homme politique accorde au Point sa première interview post-défaite.

Une défaite sans amertume

Le Point : Au lendemain de cette défaite, dans quel état d'esprit vous sentez-vous personnellement ?

Christian Estrosi : Je n'ai aucune amertume, aucune aigreur. Il y a plus grave dans la vie. Dans une ville qui a connu le 14 juillet 2016, je pense aux parents qui ont perdu leurs enfants. Moi, j'ai perdu les élections municipales. Ma défaite tient au fait que Madame Tondelier et l'écologiste qui conduisait la liste de la gauche unie, Madame Chesnel-Le Roux, ont fait le choix de donner Nice au Rassemblement national. Partout ailleurs, le front républicain a joué. Nice est le seul endroit où ils ont eu cette attitude.

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Analyse d'une campagne difficile

Après avoir mesuré la portée des attaques que je n'avais pas vues venir, je me suis démultiplié. Nous avons remonté près de 10 000 voix en une semaine. Il m'en a manqué 5 000 à l'arrivée. J'ai péché par faiblesse en pensant, à tort, que mon bilan était le seul garant de mon projet. On sait qu'on ne gagne pas simplement sur un bilan, qu'il faut un projet derrière.

Et si on regarde les professions de foi, j'étais le seul à développer un vrai projet. Nous étions les seuls à en avoir un, préparé au long de réunions thématiques, avec des spécialistes de la santé, de la sécurité, de l'éducation, de la transition écologique. Mais je n'ai pas mesuré la portée de la campagne de dénigrement et de mensonges à mon encontre.

Défense d'un bilan municipal

D'ailleurs, le compte administratif que présentera mon successeur affichera trois années consécutives de baisse de la dette, une épargne brute à la hausse et une capacité de remboursement de 5,8 années. Je ne pensais pas que marteler « la ville est en faillite » produirait autant de dégâts, puisque les citoyens voient bien que les chantiers sont livrés.

Je pense que je n'ai pas laissé un détail de côté sur la structuration de la ville. Mais si je voulais que l'on retienne quelque chose, ce serait l'action, l'énergie. J'ai réalisé en dix-huit ans ce que l'ensemble de mes prédécesseurs, en additionnant tous les mandats de maire, n'ont pas fait en quarante ans.

Les points controversés : Acropolis et taxe foncière

On vous a beaucoup reproché la destruction de l'Acropolis, le palais des congrès et des expositions, pour augmenter la coulée verte. Pensez-vous que cela vous a coûté des voix ?

Cela a pu m'en coûter auprès de ceux qui considéraient que c'était un bâtiment exceptionnel. Mais je pense avoir gagné plus de voix de la part de ceux qui ont apprécié que je le démolisse. Aujourd'hui, près de 100 000 personnes empruntent la coulée Verte et trouvent cette promenade sublime.

Deuxième point de friction : l'augmentation de la taxe foncière. Le regrettez-vous ?

Avec le recul, j'aurais dû pratiquer comme au conseil départemental. Nous avons augmenté la taxe foncière au moment précis où la taxe d'habitation était supprimée. C'était le prix pour ne pas augmenter les transports, la cantine ou la piscine municipale. Il faut préciser que la taxe foncière a augmenté de 16 % en réalité entre 2008 et 2025, soit moins de 0,7 % par an, bien moins que l'inflation.

Une campagne marquée par la violence

Eh oui, c'est la grande défaite. Mais je suis heureux de ce que j'ai fait. J'ai souffert de la méchanceté et de la violence des attaques d'en face. Toute la machine préparée pour la campagne nationale de Bardella a été mise au service d'une seule ville. Une machine industrielle venue de Russie, de Turquie, de Belgique, avec des moyens d'infiltration et de déstabilisation de mon administration.

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On s'est battu à armes inégales. Mais est-ce que je vais dire que tout cela est terrible, injuste, et que je suis malheureux ? Je préfère ne garder que les moments heureux. Comme ce midi, quand 1 500 agents municipaux sont venus me remercier à la mairie, ils étaient partout dans toutes les pièces, dans la cage d'escalier, et ils m'ont fait une standing ovation de 20 minutes, les larmes aux yeux.

Le retrait et l'avenir

Allez-vous vraiment vous retirer de la vie politique comme vous l'avez annoncé au soir de votre défaite ?

J'ai dit hier soir, dans un texte pesé au trébuchet : « Je me retire de mes mandats municipaux et métropolitains ». Je me retire de la vie politique niçoise.

Qu'allez-vous faire ?

J'entre maintenant dans un temps de méditation. Je ne participerai plus à la vie politique locale. Je vais mettre à profit cette période de recul pour réfléchir à l'avenir. Je ne peux pas voir mon pays subir l'année prochaine le même sort que ma ville. Mon expérience de cette élection servira à apporter ma part de réflexion pour empêcher cela au niveau national.

Et vous resterez à Nice ?

Nice est ma vie. Rien ne me fera quitter Nice. Même si j'ai une responsabilité nationale qui m'oblige à m'absenter, ma résidence principale restera ici.

Allez-vous vous consacrer à la campagne d'Édouard Philippe pour 2027, comme vice-président de son parti, Horizons ?

Naturellement. Édouard Philippe peut compter sur ma loyauté.