La droite risque-t-elle l'échec de la gauche plurielle ? Le spectre de 2002 plane
Droite : le spectre de 2002 et le risque de division

La droite face au spectre de la division fatale : leçons du passé et risques actuels

Vingt-cinq ans après le choc de la présidentielle de 2002, où Lionel Jospin fut éliminé au premier tour à cause de la multiplication des candidatures dans son camp, la droite française se trouve aujourd'hui confrontée à un dilemme similaire. L'impensable de l'époque, avec l'élimination du Premier ministre socialiste au profit de Jean-Marie Le Pen, pourrait-il se reproduire pour la droite et le centre ? La présence de plusieurs personnalités de la supposée « dream team » de Jospin, comme Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira, avait alors conduit à un échec cuisant. Cette leçon historique plane désormais sur les partis de droite.

Le syndrome de la division : de Paris à l'échelle nationale

La récente défaite de Rachida Dati à Paris, dans une élection a priori imperdable, a déjà illustré les dangers de la division. L'incapacité de la droite et du centre à s'entendre sur un candidat unique a conduit à un crash électoral. Cette expérience locale sert-elle de leçon pour l'avenir ? Ou assisterons-nous, impuissants, à une récidive à l'échelle nationale lors de la prochaine présidentielle ? La question est cruciale alors que la droite tente de desserrer l'étau formé par Jean-Luc Mélenchon et le Rassemblement National.

Édouard Philippe : le candidat du rassemblement ?

À première vue, toutes les conditions semblent réunies pour qu'un candidat unique de la droite et du centre puisse tirer son épingle du jeu. Édouard Philippe, auréolé par sa victoire auprès d'un électorat populaire au Havre, apparaît comme le barycentre des personnalités aspirant à l'Élysée. Sa situation est d'autant plus favorable qu'il n'est pas un repoussoir pour de nombreux socialistes, eux-mêmes en difficulté pour désigner un candidat crédible. Selon un récent sondage Ifop, les Français le placent en tête des personnalités qu'ils jugeraient bonnes comme candidat.

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Mais le naturel revient au galop. Malgré les appels répétés au rassemblement, chaque dirigeant voit midi à sa porte. Bruno Retailleau a clairement affirmé sa détermination à se lancer, déclarant : « Lors de la prochaine présidentielle, il faudra renverser la table et assumer une rupture radicale. C'est le projet que je porte et rien ne m'en détournera. J'y suis prêt ». Fort du score local des Républicains, premier parti de France dans les municipalités, le Vendéen ne compte pas se dérober.

Gabriel Attal en embuscade et les risques de multiplication

Du côté de Gabriel Attal, le réflexe est similaire. Le patron de Renaissance, qui espérait l'élimination d'Édouard Philippe au Havre, ne va pas remiser ses ambitions. Un livre au ton très personnel doit accompagner son offre de candidature dans les prochaines semaines. Le jeune ex-Premier ministre compte se situer sur un champ allant jusqu'au centre gauche, décidé à se démarquer de Bruno Retailleau au cas où la candidature de Philippe ne décollerait pas.

Édouard Philippe se trouve ainsi très, peut-être trop, entouré. Il devra rapidement prouver qu'il a de meilleures chances que tous ses concurrents s'il veut rester seul en lice, condition essentielle à un éventuel succès final. Le Havrais avait annoncé qu'il proposerait un projet « massif » pour la présidentielle et devrait en dévoiler des pans lors d'un grand meeting à Paris le 12 avril. Mais sa ligne, basée sur un langage de vérité, n'est pas forcément un sésame pour grimper dans les sondages.

Le piège de la division et les appels à la raison

Le risque est donc de tourner en rond pendant de longs mois, avec une division qui s'installe durablement. Plus cette division persiste, plus il sera difficile d'en sortir sans casse, comme l'a montré l'exemple parisien. Certaines voix lucides, comme celles de Jean-François Copé, Valérie Pécresse ou Gérald Darmanin, supplient leurs amis de se rendre à la raison. Darmanin a d'ailleurs montré l'exemple en remisant ses propres ambitions dans l'intérêt général.

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À tous les autres, on est tenté de rappeler les mots de Talleyrand, affolé par l'inconscience des émigrés de retour en 1814 : « Ils n'ont rien appris ». L'espoir demeure que les dirigeants de droite évitent de nous exposer une fois encore à la déception, ce sentiment qui, comme l'écrivait François Mauriac, « ne déçoit jamais ». La leçon de 2002 doit servir de guide : l'unité n'est pas une option, mais une nécessité pour contrer la montée des extrêmes et espérer l'emporter.