La dérive antisémite de La France insoumise : un succès électoral qui interroge
La haine des Juifs semble payer, ou du moins ne pas nuire électoralement. Il convient certes de relativiser les scores de La France insoumise au premier tour des élections municipales, qui ne sont pas partout massifs. Mais pour un parti qui, depuis 2017, s'enfonce toujours plus profondément dans la fange antisémite et assume plutôt bien cette réputation, la performance reste impressionnante, voire terrifiante.
Le vertige d'une question fondamentale
Une question obsédante ressurgit : ces résultats ont-ils été obtenus malgré ou à cause des propos antisémites de ses dirigeants ? Ce vertige politique et moral ne semble pas près de s'estomper. La suffocation de ce moment tient également aux atroces scènes de génuflexion d'une bonne partie de la gauche devant la clique insoumise, observées à Toulouse, Clermont-Ferrand, Nantes, Brest et ailleurs.
Des socialistes qui, il y a à peine deux semaines, proclamaient avoir des haut-le-cœur en entendant Jean-Luc Mélenchon se moquer de la sonorité de noms juifs – sous les gloussements complices de son public – se sont précipités aux pieds de ses représentants, leur offrant ainsi une absolution express et honteuse.
Les manœuvres d'Olivier Faure : une distinction fallacieuse
Olivier Faure, qui pourrait désormais écrire un traité de veulerie tant il maîtrise cette discipline, tente de s'abriter derrière une distinction prétendument subtile. Selon lui, le chef de LFI assumerait seul, avec quelques lieutenants, tout l'opprobre, tandis que la grande majorité des cadres bénéficierait d'une présomption de vertu.
Cette ficelle est si grossière qu'on imagine mal qu'il puisse espérer convaincre. Rappelons-nous : au temps des sorties antisémites de Jean-Marie Le Pen, personne n'aurait sérieusement envisagé de justifier des alliances avec des candidats du Front national sous prétexte qu'on ne les avait pas personnellement entendus tenir les mêmes propos que leur chef.
La mutation calculée de Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon n'était, jusqu'à une période récente, ni antisémite, ni racialiste, ni complaisant envers les islamistes. Il se présentait au contraire comme un laïque, un républicain à l'ancienne. Sa mutation est intéressée, réfléchie, planifiée. Il a progressivement fait tomber ce que Peter Sloterdijk nomme « le masque de l'hypocrisie », estimant visiblement ne plus en avoir besoin.
Son pari sur l'avachissement moral d'une partie de la gauche s'est avéré payant : nombreux sont ceux qui se sont couchés devant lui. Milan Kundera, dans La Plaisanterie, décrit parfaitement ce processus : « Rien ne me répugne comme lorsque les gens fraternisent parce que chacun voit dans l'autre sa propre bassesse. Je n'ai que faire de cette fraternité visqueuse. »
Les résistants de la dignité
L'histoire n'est heureusement pas terminée. Elle met en lumière la dignité de ceux qui, à gauche, se sont tenus droits dès le début de la dérive mélenchonienne. Parmi eux, Karim Bouamrane à Saint-Ouen, Michaël Delafosse à Montpellier, ou Hélène Geoffroy à Vaulx-en-Velin. Ces héritiers de Clemenceau et Blum n'ont pas dit leur dernier mot et incarnent une autre tradition politique.
« Saisons » : la naissance d'un journal qui célèbre la vie
Dans un registre plus positif, la naissance d'un journal est toujours un événement émouvant. Celle de Saisons l'est particulièrement car ce nouveau trimestriel constitue une ode à la vie, à l'écologie de la joie, du progrès et du plaisir. Le désir peut-il être durable ? La réponse est oui, comme le démontre le premier numéro consacré au printemps.
Dirigé par Valérie Toranian et issu d'une idée germée au Point, Saisons s'est inventé son propre horizon. Gaspard Koenig, Maria Pourchet, Philippe Aghion, Claudie Hunzinger, Marc Desgrandchamps, Ryoko Sekiguchi et bien d'autres y décrivent leur façon d'habiter le monde, à la recherche de ce que les poètes nommaient « la vie bonne ». Ce magazine-écrin offre un contrepoint nécessaire aux sombres réalités politiques.



