L'été 2026, marqué par une succession inédite de canicules, des incendies records et une sécheresse généralisée, doit servir de « pierre de touche » pour la conscience collective et contraindre la classe politique à se montrer à la hauteur des enjeux climatiques, alors que la campagne présidentielle reprend. C'est le constat dressé par Cécile Prieur, directrice de la rédaction, dans son éditorial publié le 26 août 2026.
Un été qui oblige : le dérèglement climatique au cœur des priorités
Selon Cécile Prieur, le dérèglement climatique n'a « jamais autant pesé sur nos vies et nos corps », façonnant les paysages et menaçant le modèle économique et agricole du pays. Elle souligne que « jamais nous n’avions vécu une telle succession de canicules, un tel record d’incendies, un tel niveau d’assèchement de nos sols et de pénurie d’eau ». Ce condensé de catastrophe climatique, ajoute-t-elle, préfigure ce qui attend la France dans les années à venir.
Face à ce constat, l'éditorialiste appelle à un double effort : accentuer la réduction des émissions de carbone pour infléchir la courbe du réchauffement, et adapter les modes de vie, les territoires, les habitats et le modèle économique au nouveau paradigme climatique. Elle insiste sur la nécessité de ne pas évacuer rapidement ces questions une fois la fraîcheur revenue, citant notamment la mortalité record, les pompiers exténués, le nucléaire au ralenti et l'agriculture sinistrée.
L'intelligence artificielle, l'autre révolution à réguler
Au-delà du climat, Cécile Prieur met en garde contre l'expansion « sans contrôle » de l'intelligence artificielle (IA), une révolution « tout aussi vertigineuse » qui bouleverse les manières de travailler, de s'informer, de créer et d'apprendre. Elle rappelle que cette technologie procure des avancées considérables mais menace des emplois et concentre davantage le pouvoir entre les mains des oligarques de la tech.
L'éditorialiste pose les questions politiques soulevées par l'IA : comment réguler cette « révolution anthropologique » ? Comment en retirer les fruits tout en protégeant les individus de ses effets délétères ? Quel modèle social inventer alors que l'IA transforme déjà le rapport au travail ? Elle renvoie au dossier de rentrée du « Nouvel Obs », dont la une du 27 août 2026 est consacrée à « École : le grand défi de l’IA ».
Une campagne qui esquive les vrais enjeux
Pour Cécile Prieur, crise climatique, IA et partage des richesses constituent « les vrais enjeux de demain » qui devraient s'imposer pendant l'élection présidentielle. Or, déplore-t-elle, le débat de fond n'a toujours pas commencé, la campagne restant focalisée sur les questions de casting, notamment à droite et au sein de la gauche non mélenchoniste.
Elle observe que cette incertitude profite au Rassemblement national et à La France insoumise, dont les prétendants sont déjà lancés. Depuis juillet, l'extrême droite s'est rangée derrière sa leader historique, persuadée que la victoire ne saurait lui échapper. Quant à LFI, forte de sa dynamique militante et d'une ligne politique affirmée, elle cherche à séduire ses potentiels alliés, dont les écologistes, « toujours plus écartelés ».
La gauche plurielle face à l'heure de vérité
L'éditorialiste note que 2027 n'est pas 2022, quand Jean-Luc Mélenchon avait su jouer la carte du vote utile. Son plafond de verre s'est épaissi en proportion du rejet qu'il suscite, et sa stratégie de conflictualité permanente, ses ambiguïtés face à l'antisémitisme et sa complaisance envers les régimes autoritaires ont creusé la fracture avec le reste de la gauche.
Elle appelle les représentants de la social-démocratie à convaincre qu'une dynamique est toujours possible, alors que le vrai-faux suspense de la candidature de Glucksmann est levé. Le ralliement de Yannick Jadot à Glucksmann et les appels de Cécile Duflot à créer un arc social-écolo esquissent un potentiel regroupement de « feu la gauche plurielle ». Mais, prévient-elle, il faudra plus que des bonnes volontés pour créer une alternative crédible face à la droite et à l'extrême droite, « obnubilées par les fausses réponses centrées sur l’immigration ». L'avenir du pays exige un projet ambitieux, écologiste, solidaire, européen, qui redistribue les richesses et réponde aux difficultés des classes populaires. Pour la social-écologie, conclut-elle, c'est l'heure de vérité.



