Le politiste Antoine Bristielle, chercheur associé au Cevipof, a récemment publié une analyse détaillée de l'électorat du Rassemblement National. Selon lui, au-delà d'un noyau dur d'électeurs fidélisés, deux nouvelles catégories d'électeurs se dessinent, modifiant la base sociologique du parti.
Un électorat fidélisé enraciné
Le premier groupe, qualifié de « socle historique », représente environ 30% des électeurs RN. Il s'agit de personnes âgées, souvent issues des classes populaires, vivant dans des zones rurales ou périurbaines, et attachées à des valeurs traditionnelles et identitaires. Leur vote est stable et peu sensible aux fluctuations politiques.
Les nouveaux profils émergents
Antoine Bristielle distingue ensuite deux nouveaux groupes. Le premier, « les déçus de la République », rassemble des électeurs plus jeunes, souvent diplômés, qui se sentent exclus du système économique et politique. Ils sont sensibles aux discours sur la justice sociale et la souveraineté nationale. Le second groupe, « les pragmatiques », vote RN par rejet de l'immigration et de l'insécurité, sans adhérer à l'idéologie du parti. Leur vote est plus volatil et peut se reporter vers d'autres formations.
Implications pour le RN
Cette diversification de l'électorat pose des défis au parti. Pour conquérir ces nouveaux groupes, le RN doit adapter son discours sans perdre son socle historique. Antoine Bristielle souligne que la stratégie de « normalisation » menée par Marine Le Pen a permis d'attirer ces électeurs, mais pourrait aussi créer des tensions internes. L'étude suggère que le RN pourrait devenir un parti attrape-tout, à l'image des grands partis populistes européens.
En conclusion, l'analyse d'Antoine Bristielle montre que le RN n'est plus seulement le parti des « oubliés de la mondialisation », mais qu'il capte désormais des segments variés de l'électorat français, ce qui pourrait redessiner le paysage politique pour les prochaines échéances.



