Publicité « C'est un homme plein de surprises, qui va rebondir » : le bilan des années Estrosi à Nice
Cinquième volet de notre série « Que laisseront dans l'histoire les 18 années que Nice et ses habitants viennent de vivre sous la mandature de Christian Estrosi ? » Tentative d'inventaire au travers d'entretiens de grands témoins. Aujourd'hui : Marine Brenier, ex-députée (Les Républicains) et ex-adjointe de Christian Estrosi.
Le 22 mars, ce n'est pas seulement Éric Ciotti qui a remporté la mairie de Nice. C'est aussi Christian Estrosi qui en a été chassé. La fin, brutale, de dix-huit années et un jour de règne (dont onze mois comme premier adjoint pour cause de cumul des mandats). La durée, le contenu, le style, la chute de la gouvernance Estrosi marqueront-ils le destin de Nice, de quelle manière et pourquoi ? Témoignent-ils d'une rupture ou d'une continuité de l'histoire ? Qu'est-ce que ces années disent de la ville et de ses habitants ? Ces questions n'appellent que des appréciations, forcément subjectives. Alors ce grand inventaire, nous avons choisi de le mener au travers d'entretiens avec des personnalités aux prismes divers, mais chacune détentrice d'une part de légitimité pour mesurer ce que Nice vient de vivre. Et qu'il serait regrettable de négliger.
« Nice la belle endormie s'est métamorphosée »
Comment résumez-vous les dix-huit années que Nice vient de vivre sous les trois mandats de Christian Estrosi ? Comme dix-huit années ayant permis à Nice d'être sur le devant de la scène. Avant, elle avait la réputation d'une ville de vieux, où il ne se passait pas grand-chose. Christian Estrosi lui a redonné sa place de grande ville nationale et internationale, avec en même temps, une vie de quartier et une qualité de vie améliorées grâce aux lignes de tramway, au grand stade, à la Coulée verte... Ces dix-huit années ont métamorphosé Nice la belle endormie.
Une anecdote significative
Tout de suite après la tempête Alex, Christian Estrosi nous convoqua dans son bureau, à 6h30, nous demandant une mobilisation générale. Chacun partit dans un secteur touché, tandis que sa priorité à lui fut de se rendre à l'aéroport, près des premiers rescapés qui avaient tout perdu et qui étaient ramenés par hélicoptère. Il s'est soucié d'eux. C'est quelqu'un de profondément humain, même avec des gens jamais vus auparavant et on ne retient pas assez cet aspect de sa personnalité.
Une réalisation emblématique
Évidemment, la Promenade du Paillon, qui a transformé le centre niçois ainsi que la ligne 2 du tramway, grâce à laquelle, les riverains de l'Ouest ont pu se réapproprier la ville entièrement.
Sa plus éclatante réussite
Avoir créé la première métropole en France. Il a toujours eu cette logique de territoire : la commune la plus riche doit pouvoir aider la plus pauvre. On est un seul et même bassin économique.
Sa pire erreur
De se retrouver, vers la fin du mandat, dans une forme d'isolement avec quelques gens qu'il écoutait, mais qui n'avaient peut-être pas la maîtrise du territoire. L'isolement est une manière de se protéger et il peut arriver que les conseillers se trompent. En fait, il aurait dû faire confiance à ceux qui étaient là pour lui.
C'est quoi l'estrosisme ?
Accélérer dans les virages sans avoir peur d'aller de l'avant ! C'est cette idée que la société évolue et que les personnages politiques doivent évoluer avec. C'est pour cela que Nice rayonne autant.
Sa plus grande qualité politique
Sa vista. C'est un visionnaire qui voit les choses avant les autres. Il a toujours un temps d'avance et je suis perturbée par le fait qu'il n'ait pas vu venir la défaite.
Son plus gros défaut
C'est justement le revers de sa qualité : il voit tellement les choses à l'avance, qu'il a du mal à se remettre en question. Il peut être de mauvaise foi : même s'il a tort, il ne le reconnaît pas.
Comment expliquer sa chute ?
D'abord, l'usure du pouvoir. Ensuite, durant 18 ans il y a eu des événements incroyables : un attentat, deux tempêtes, le Covid, il faut se relever de tout ça. Puis, la querelle avec Éric Ciotti qui a fait que nous nous sommes sentis comme des enfants au milieu d'un divorce. Enfin, on n'a pas toujours fait les bons choix : le quai des États-Unis en sens unique, pas assez de proximité avec les territoires collinaires...
Le bilan de Christian Estrosi est-il comparable à celui de Jacques Médecin ?
Les deux contextes sont différents. À l'époque de Jacques Médecin, Nice n'était pas la grande ville qu'elle est à présent. Après, l'un comme l'autre a marqué la ville, le pays et a permis à Nice d'entrer dans une nouvelle ère.
Qu'est-ce que ça dit de Nice et des Niçois ?
Que Nice est à droite, que les Niçois sont des électeurs très exigeants, un peu « rougne », qu'ils attendent de la qualité.
En quoi Nice se distingue-t-elle politiquement du reste de la France ?
Nice est profondément attachée à ses racines, mais sait aussi aller vers la modernité. On se connaît entre nous et en même temps, il y a une grandeur tournée en direction de l'international.
Quel avenir prédisez-vous à Christian Estrosi ?
C'est un homme plein de surprises, qui va rebondir, sans que je sache de quelle manière. Il fera encore de grandes choses. Pour l'heure, il est nécessaire qu'il prenne du recul, mais il a encore beaucoup à offrir au plan politique et au plan national.
Qui est son héritier ?
Il n'y en a pas un, mais plusieurs aux profils différents, correspondant chacun à une période de Christian Estrosi : Éric Ciotti, Anthony Borré... Et c'est aussi une partie du problème : si on en est là, c'est qu'il n'a pas préparé sa succession.
Y aura-t-il une nostalgie des années Estrosi ?
J'en suis convaincue, car il y avait une dynamique positive amenant les gens à progresser et ça va manquer.
En quoi Éric Ciotti diffère-t-il de Christian Estrosi ?
L'un était un maire bâtisseur, là où l'autre sera un maire régisseur. Christian Estrosi a pensé à un avenir tandis qu'Éric Ciotti a une vision gestionnaire. En outre, le premier est profondément humain, le second est un animal à sang froid avec plus de recul, mais moins d'affect. Ensemble, les deux avaient une complémentarité bénéfique pour notre territoire. Dommage que le dauphin ait voulu être au premier rang.



