Andras Baka, ancien président de la Cour suprême hongroise, a été élu président de la République mardi par le nouveau Parlement. Il a recueilli 140 voix pour, six contre et aucune abstention. Cette élection marque un tournant symbolique : Baka avait été écarté de la tête de la Cour suprême en 2012 après s'être opposé au Premier ministre de l'époque, Viktor Orbán.
Un parcours judiciaire salué comme un gage de crédibilité
Les députés voient dans le passé judiciaire d'Andras Baka une garantie pour le rétablissement de l'État de droit en Hongrie. Le parti au pouvoir Tisza, qui dispose d'une majorité des deux tiers au Parlement depuis les élections législatives d'avril, a porté son choix sur ce juriste de 73 ans. Le Premier ministre pro-européen Péter Magyar avait déclaré sur Facebook qu'Andras Baka était « digne d'incarner l'unité de la Nation », saluant une vie « d'engagement envers l'État de droit ».
Andras Baka avait été évincé en 2012 de la présidence de la Cour suprême après avoir dénoncé comme une purge déguisée l'abaissement de l'âge de départ à la retraite des juges. Quatre ans plus tard, la Cour européenne des droits humains avait reconnu le caractère politique de son limogeage.
Un signal fort adressé aux partenaires européens
Le choix de cette figure aux fonctions essentiellement protocolaires constitue un hommage à celui qui avait « dit non » à Viktor Orbán, Premier ministre de 2010 à 2026. L'analyste Bulcsu Zsiga, du Centre pour l'analyse politique équitable, souligne : « Il était allé jusqu'au bout pour démontrer que ce qui lui était arrivé était contraire au droit européen. » Selon lui, le retour d'Andras Baka au sommet de l'État envoie un signal aux partenaires européens de la Hongrie et offre « une garantie que le rétablissement de la démocratie libérale se déroulera selon une trajectoire clairement définie ».
Andras Baka, élu député en 1990 sur la liste du parti conservateur MDF, a également été juge à la Cour européenne des droits de l'homme de 1991 à 2008.
Une rupture assumée avec l'ancien système
Péter Magyar avait initialement proposé la présidence à la championne d'échecs Judit Polgar, qui avait décliné. Tisza a ensuite choisi Andras Baka parmi trois candidats lors d'un vote à bulletins secrets. Le Fidesz de Viktor Orbán a annoncé qu'il boycotterait le scrutin, qu'il juge « illégitime ». Le parti dénonce le raccourcissement du mandat du précédent président, Tamas Sulyok, par la nouvelle majorité parlementaire le mois dernier.
Des ONG de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, ont également critiqué cette éviction, la jugeant comparable aux méthodes utilisées par Viktor Orbán pour remodeler les institutions. Andras Baka avait lui-même estimé auprès de l'AFP le mois dernier que cette destitution n'aurait pas dû avoir lieu « dans un pays régi par l'État de droit », jugeant que la Hongrie était devenue « un État captif sous Orban ».
Selon Péter Magyar, le nouveau président ne devrait toutefois exercer qu'une partie de son mandat, jusqu'à l'achèvement de la réécriture de la Constitution, qui doit durer entre un an et un an et demi. Le Premier ministre promet d'ouvrir les consultations dès le mois prochain.



