Le sénateur socialiste Alexandre Ouizille maintient sa pression sur Didier Jaffre, l'ancien directeur de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Occitanie, qu'il accuse d'avoir cédé à la pression de Nestlé Waters dans la polémique sur les eaux de Perrier. Le parlementaire, corapporteur d'une commission d'enquête sénatoriale, réclame toujours la démission du haut fonctionnaire, qui a depuis été nommé directeur de cabinet de Camille Galliard-Minier, ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées.
Un rapport sanitaire modifié sous pression
Didier Jaffre, qui a dirigé l'ARS Occitanie jusqu'au printemps dernier, avait modifié un rapport sanitaire défavorable au minéralier. Selon le sénateur Ouizille, il aurait « caviardé » le document à la demande de Nestlé Waters, en effaçant les mentions de bactéries Escherichia coli, d'entérocoques intestinaux, de pesticides et de fongicides. Il aurait également « copié-collé des paragraphes que l'industriel lui avait demandé d'écrire », coécrivant ainsi le rapport avec l'entreprise.
« Cet homme qui a failli, qui a couvert un scandale d'État, est aujourd'hui promu, il est devenu directeur de cabinet d'une ministre, voilà ce que c'est que le macronisme, c'est absolument intolérable », a déclaré Alexandre Ouizille. Le sénateur affirme avoir découvert cette promotion au début de l'été, alors que Didier Jaffre a rejoint Paris en mars dernier.
Des ordres venus d'en haut
Le sénateur souligne que les ordres semblaient venir de la hiérarchie. Lors de son audition par la commission d'enquête sénatoriale le 6 février 2025, Didier Jaffre avait indiqué : « À la question "Doit-on arrêter la production ou avoir un déclassement ?", nous n'avons pas eu de réponse là-dessus. » Le ministère de la Santé n'avait pas donné de consignes de prévention à la préfète du Gard ni au directeur de l'ARS.
« Lorsqu'on vous donne un ordre illégal, vous pouvez en faire autrement », avait précisé Alexandre Ouizille. Le parlementaire rappelle que sa demande de démission de Didier Jaffre, formulée l'an dernier, a été refusée par tous les ministres sollicités. « On n'a rien lâché, à chaque fois il nous a été opposé une fin de non-recevoir », ajoute-t-il.
Un appel aux citoyens sans succès
Alexandre Ouizille a lancé une vidéo sur les réseaux sociaux pour mobiliser les citoyens : « On a tout essayé sauf vous. Alors maintenant on met la pression, on demande le départ de Didier Jaffre, on ne peut pas accepter que l'État devienne ça dans notre pays, donc on se bat pour qu'il quitte ses fonctions, on ne laisse pas passer ce scandale absolu au sein de notre république. »
Cependant, son appel n'a pas fait d'émules. Le sénateur assure néanmoins « ne rien lâcher » : il compte « remettre sur la table cette question » à la rentrée de septembre au sein du groupe de travail de la commission d'enquête dont il était le rapporteur. Il prévoit également d'écrire de nouveau au ministère de la Santé, tout en concédant « l'impuissance du parlementaire quand l'exécutif fait ce qu'il veut ».
Contactés, ni Didier Jaffre ni la ministre Camille Galliard-Minier n'ont souhaité faire de commentaires.



