António José Seguro, le socialiste modéré, remporte la présidentielle portugaise
Seguro remporte la présidentielle portugaise face à l'extrême droite

Un raz-de-marée électoral malgré la tempête Leonardo

Si la tempête Leonardo n'a pas empêché les électeurs portugais de se rendre aux urnes, c'est bien un véritable raz-de-marée électoral qu'a suscité António José Seguro, le candidat socialiste et désormais nouveau Président de la République portugaise. Il a largement remporté le scrutin face au candidat d'extrême droite, André Ventura, avec une écrasante majorité de 66% des voix exprimées.

Un parcours politique marqué par des combats internes

En 2014, à l'issue d'une bataille fratricide particulièrement intense, António José Seguro avait été évincé du poste stratégique de secrétaire général du Parti socialiste par le futur Premier ministre António Costa, actuellement président du Conseil européen. Ce dernier contestait alors vigoureusement sa stratégie en tant que chef de l'opposition au gouvernement de l'époque.

Malgré son isolement progressif au sein de sa propre famille politique, cet homme au tempérament placide et réfléchi n'a jamais renoncé à sa modération caractéristique. Il en a même fait un atout majeur au moment crucial d'affronter au second tour de l'élection présidentielle le candidat d'extrême droite André Ventura, dont le discours polarisait la société portugaise.

Une campagne lancée sans l'aval du parti

Sans attendre l'aval des dirigeants socialistes actuels, qui ont fini par le soutenir du bout des lèvres avec une certaine réticence, António José Seguro a lancé sa campagne présidentielle à partir de Caldas da Rainha. Cette ville de province où il habite se situe à une centaine de kilomètres au nord de Lisbonne, symbolisant son ancrage territorial.

L'incarnation d'une gauche « moderne et modérée »

Alors qu'aucun sondage sérieux ne prévoyait sa victoire initialement, sa campagne a bénéficié d'une dynamique positive inattendue pour concentrer sur son nom les voix des électeurs de gauche. Ces derniers craignaient profondément de n'avoir au second tour aucun représentant authentique de leur famille politique traditionnelle.

Se voulant l'incarnation d'une gauche résolument « moderne et modérée », António José Seguro, reconnaissable à ses cheveux courts et ses épaisses lunettes rondes, affiche un parcours politique classique et structuré. Leader des jeunesses socialistes au début des années 1990, il est ensuite devenu député national, avant d'occuper le poste important de secrétaire d'État aux Sports dans le gouvernement d'Antonio Guterres, aujourd'hui secrétaire général des Nations Unies.

Formation et expérience européenne

Diplômé en sciences politiques et en relations internationales, il a été élu au Parlement européen en 1999 en tant que numéro deux d'une liste conduite par le fondateur historique du PS Mario Soares. Cette expérience européenne a considérablement façonné sa vision politique et diplomatique.

Sur le plan politique national, António José Seguro avait déjà connu une première période de retrait forcé pendant le mandat controversé de José Sócrates. Ce Premier ministre socialiste dont la gestion financière hasardeuse avait conduit le Portugal au bord de la banqueroute nationale.

La direction du Parti socialiste

C'est après le départ de Mario Sócrates, entre-temps poursuivi pour corruption dans une affaire retentissante, qu'il a pris les rênes du Parti socialiste, de 2011 à 2014. En tant que chef de l'opposition responsable, il a refusé de faire obstacle à la mise en œuvre de la cure de rigueur budgétaire exigée par les créanciers internationaux. Cette rigueur était la condition sine qua non en échange d'un plan de sauvetage financier vital pour le pays.

Une vie personnelle ancrée dans le terroir

Marié et père de deux enfants, « Tozé » (petit nom affectueux employé par ses proches, formé par la contraction de ses deux prénoms) se présente comme un homme discret, posé et aimant particulièrement écouter des opinions différentes. Cette qualité d'écoute a été souvent soulignée par ses collaborateurs.

Originaire de Penamacor, un village typique du centre du Portugal, il y retourne régulièrement pour se ressourcer entre les vignes et les oliviers de sa propriété familiale où il produit son propre vin artisanal et son huile d'olive de qualité. Il possède également dans cette région des maisons d'hôtes qu'il gère avec attention.

Déclarations personnelles et engagements

« Si je suis élu, je dois évidemment me retirer de mes entreprises personnelles, c'est une exigence éthique fondamentale pour moi, mais je dois avouer que j'aimerais continuer à produire du vin, car j'y suis très attaché sentimentalement », a-t-il confié fin janvier à une chaîne de télévision locale lors d'un entretien approfondi.

Même élu président de la République, il souhaite continuer de vivre à Caldas da Rainha, une commune de quelque 55.000 habitants où il est installé depuis plusieurs années. « Ma maison restera toujours la maison familiale à Caldas, même si j'étais amené à séjourner parfois au palais » présidentiel, expliquait-il récemment avec simplicité. « Je suis une personne normale […], juste l'un des vôtres », aime-t-il rappeler fréquemment pour marquer sa proximité avec les citoyens.