Saint-Jean-d'Illac : une triangulaire inédite pour les municipales de 2026
Saint-Jean-d'Illac : triangulaire inédite aux municipales 2026

Saint-Jean-d'Illac : une bataille municipale à trois voix

Sur un territoire historiquement favorable à la droite, le maire sortant divers gauche et société civile Édouard Quintano brigue un second mandat. Face à lui, deux listes également sans étiquette mais portées par deux figures distinctes de l'opposition : la candidate « naturelle » Virginie Gandrand, encartée Les Républicains, et le trouble-fête Jean-Marc Meyre, ancien directeur de cabinet du maire précédent. Une ville réputée de droite mais qui peut basculer à l'occasion, où l'étiquette politique compterait moins que les personnalités en présence : c'est le tableau que dressent tous les observateurs et candidats de Saint-Jean-d'Illac.

Une cité à la croisée des chemins

Cette commune pavillonnaire, mais aussi industrielle, agricole et sylvicole avec ses 12 000 hectares, est accolée à la Métropole bordelaise que les élus d'hier ont refusé d'intégrer. Pourtant, son influence pèse sur cette « ville rue » située entre Bordeaux et le Bassin d'Arcachon, tant sur son trafic que sur sa démographie. Avec environ 9 800 habitants en constante progression, Saint-Jean-d'Illac prépare un scrutin crucial où 7 000 votants, dont 30% de nouveaux électeurs, sont appelés aux urnes le 15 mars.

Le maire sortant défend son bilan

Édouard Quintano, qui avait remporté la triangulaire de 2020 avec 49,8% des voix, revient à la tête d'une liste « citoyenne et plurielle » partiellement renouvelée. Non encarté mais de confession « divers gauche », il ne se laisse pas décourager par les derniers scores locaux aux élections nationales, qui montrent une gauche minoritaire et un Rassemblement national au plus haut (38% aux législatives de 2024). Face à des concurrents qui l'accusent « d'immobilisme », ce professeur d'économie rétorque : « C'est ahurissant. On a réalisé 23 millions d'euros de dépenses d'équipement : nouveau centre associatif, nouvelle bibliothèque, police municipale, équipements scolaires, trottoirs, pistes cyclables, partenariats renoués avec la Métropole... »

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Il annonce également un programme consistant, avec au centre le projet Cœur de bourg : 550 logements (dont 30% sociaux) et divers équipements sur 9 hectares. Cette initiative, menée avec l'aménageur Domofrance et lancée en 2020, constitue selon lui une réponse à la crise du logement pour jeunes et seniors, ainsi qu'au déficit d'identité d'une ville qui cherche encore son centre animé et apaisé. « Le temps de la réalisation est venu », affirme-t-il.

L'opposition se structure

Virginie Gandrand, candidate « naturelle » de l'opposition, critique vivement le projet Cœur de bourg : « Six ans de retard, d'études et de concertations coûteuses ». Pour cette cadre en ressources humaines, « Illacaise depuis vingt ans », le chantier « nécessaire » doit être repensé, notamment « pour rassurer les commerçants ». Elle présente une liste « sans étiquette, de sensibilité droite et centre », avec des figures de l'ex-majorité et le soutien d'élus voisins comme Jérôme Pescina (Martignas) ou Christophe Duprat (Saint-Aubin).

Mettant en avant son expérience du dialogue social, elle promet de « rallumer une ville qui s'est éteinte par manque d'entretien, d'ambition, de vision ». Son programme inclut :

  • Sécurité (armement de la police municipale, développement de la vidéoprotection)
  • Cadre de vie et solidarité
  • Embellissement de secteurs menacés de « pollution visuelle »

Le challenger surprise

Jean-Marc Meyre, ancien sportif et ex-directeur de cabinet d'Hervé Seyve, passé par la Chambre de commerce et d'industrie de Pau, est le candidat surprise déclaré en novembre. Il persifle : « Édouard Quintano, c'est la politique du rocking-chair : ça bouge mais ça n'avance pas ». Ce challenger, poussé à attaquer sur les deux fronts, se pose en expert des collectivités territoriales, face à un « maire absent » et une concurrente « sans expérience ».

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« Habiter la commune depuis longtemps ne suffit pas, il faut savoir gérer », affirme le candidat, qui a emménagé depuis peu. L'ancien militant UMP vante sa liste « sans étiquette ni encartés, contrairement aux autres », composée d'entrepreneurs et de deux anciens élus dissidents de l'ex-majorité. Comme les autres listes, elle se dit « éloignée des extrêmes », avec « aucun militant RN » sur les bulletins de vote. Ses propositions incluent :

  1. Sécurité et propreté
  2. Entretien des réseaux
  3. Rigueur budgétaire
  4. Implantation d'un lycée

Enjeux communs et divergences

La mobilité et le désengorgement d'une ville qui vit au rythme lent du trafic pendulaire figurent au programme des trois candidats. Tous souhaitent relancer le projet d'un contournement par l'est et l'aménagement de la RD 106 vers Mérignac, chacun mettant en avant sa volonté politique pour faire avancer le dossier avec la Métropole et le Département.

Le souvenir de la triangulaire de 2020 plane sur le scrutin. « Mes concurrents sont les enfants spirituels d'Hervé Seyve », juge Édouard Quintano. Jean-Marc Meyre veut croire au « dégagisme » ambiant, mais un rapprochement avec Virginie Gandrand paraît compromis. « Je reste ouvert, mais elle a tout fermé. Et je me dois à mes colistiers », explique le challenger. De son côté, la « seule femme candidate » fustige : « Il s'est autoparachuté. On ne partage pas les mêmes valeurs de loyauté, d'honnêteté, de respect », exprimant son agacement face à ce rival de dernière heure.

Avec un corps électoral porté à presque 7 000 votants et renouvelé à 30% depuis 2020, le résultat reste incertain. Difficile de prédire qui pilotera le futur Cœur de ville de Saint-Jean-d'Illac, dans cette triangulaire où chaque voix comptera double.