Saint-Cloud : une liste de jeunes de 18 ans en moyenne défie les municipales
Saint-Cloud : des jeunes de 18 ans en moyenne aux municipales

Saint-Cloud : une liste de jeunes de 18 ans en moyenne défie les municipales

La nuit s'est doucement installée sur Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, ce mercredi 11 mars. Depuis la gare, rejoindre le 4 de la rue des Écoles exige de la persévérance. Il faut grimper sur les hauteurs de la ville, emprunter des escaliers étroits et des chemins de traverse pour atteindre ce lieu singulier. Au rez-de-chaussée résonnent les échos d'un entraînement sportif, mais au premier étage, c'est une bataille d'une tout autre nature qui se prépare.

Dans une cantine déserte, sept jeunes hommes et femmes s'affairent avec détermination. Ils ont installé face à eux une vingtaine de chaises, vérifient les réglages du micro, et disposent çà et là des bouteilles d'eau pétillante et des poignées de biscuits apéritifs. « C'est moi qui dois parler de la santé mentale ? Il faut que je révise », s'inquiète l'un d'eux, tenant une feuille de papier en guise de mémorandum. « J'espère qu'il y aura des professeurs du lycée qui seront là », glisse une autre, trahissant une pointe de nervosité.

La plus jeune liste de France

L'enjeu est on ne peut plus sérieux. Cette réunion publique est celle de « L'Élan clodoaldien », la cinquième liste qui concourt pour les élections municipales à Saint-Cloud face au maire sortant, Éric Berdoati. Ils constituent la plus jeune liste de France, avec une moyenne d'âge impressionnante de seulement 18,5 ans. Leur aventure a commencé de manière improbable sur Snapchat, où Augustin Brunschvicg, étudiant à Sciences Po âgé de 18 ans et tête de liste, a lancé l'idée d'une candidature aux municipales dans un groupe d'amis.

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Dès le départ, le choix d'une liste exclusivement jeune a été acté. Chacun a fait appel à son réseau pour rassembler les 37 personnes qui composent aujourd'hui l'équipe. « On s'y est pris deux mois avant les élections, j'ai à peine eu le temps d'y réfléchir », se remémore Myrtille Bricout, deuxième sur la liste. « J'étais passée par le conseil des jeunes de la mairie, mais je n'avais jamais vraiment osé imaginer participer à quelque chose d'aussi grand. »

Débrouille logistique et administrative

Se présenter aux élections municipales n'a rien d'une promenade de santé, surtout pour des jeunes qui découvrent les arcanes administratifs. « La préfecture de Nanterre, je la connais par cœur », s'amuse aujourd'hui Augustin Brunschvicg. « Le plus difficile, c'était de récupérer les papiers pour les apporter à la préfecture. À la base, on avait tout fait en numérique et quand on est allés les déposer, on nous a dit : “On veut voir la trace du stylo sur la feuille.” »

La jeune équipe a pu compter sur les conseils précieux du père d'Augustin, Xavier Brunschvicg, élu municipal d'opposition expérimenté. « Une aide surtout logistique et administrative », assure-t-il. « C'est compliqué de se présenter aux élections. Il y a toute une procédure expliquée par la préfecture, mais qui est tout de même très laborieuse. » Il précise cependant que « tout le contenu du programme, ce sont eux ».

Pour pouvoir s'inscrire, la liste a rassemblé un budget de 5 000 euros, permettant d'imprimer 10 000 tracts, 200 affiches et 5 000 exemplaires de leur programme ambitieux.

Un programme construit collectivement

Lors de cette troisième réunion publique de la semaine, les jeunes candidats déroulent leurs grandes propositions, centrées sur des thématiques chères à leur génération :

  • La santé mentale des jeunes
  • Le dynamisme culturel de la ville
  • La protection de l'environnement
  • La revitalisation des espaces publics

Parmi leurs mesures phares, on trouve la création d'un passe sport et culturel de 25 euros mensuel pour les 13-20 ans, la refonte de la programmation du cinéma local Les Trois Pierrots, la revitalisation du parc du pré Saint-Jean ou l'allongement des horaires d'ouverture de la médiathèque. « Saint-Cloud est une ville qui vit dans le passé », dénoncent-ils avec conviction.

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Ils assument pleinement leur inexpérience. « On n'a pas le culot de prétendre qu'on sait tout. C'est aussi pour ça qu'on ne couvre pas certains sujets, comme la fiscalité. Moi, je ne paie pas d'impôt, je n'y connais rien », admet avec franchise Myrtille Bricout.

Le programme s'est construit de manière collaborative via un Google doc partagé. « Au départ, il n'y avait pas spécialement d'axe. On souhaitait que tous les jeunes puissent s'exprimer au sein de notre mouvement, même s'ils ne figuraient pas sur la liste », explique Augustin Brunschvicg. « On a donc envoyé le lien à tout le monde pour que chacun rajoute ses idées. »

Une liste apartisane dans un climat apaisé

Ces jeunes candidats refusent tout sectarisme et se revendiquent apartisans. Augustin Brunschvicg pose un constat amer : « La désaffiliation des jeunes à la politique, c'est aussi une crise de la représentativité. Ils ne se sentent ni écoutés ni représentés par les partis. Personnellement, même si j'ai des sensibilités politiques, aucun parti ne me donne envie. »

Parmi les candidats, les sensibilités politiques varient : Augustin Brunschvicg reconnaît pencher à gauche, tandis que Norah Aron Brunetière, quatrième sur la liste, se situe à droite. « Si on n'avait pas réalisé ce projet, on aurait voté par défaut, en se disant : “Je suis de droite, donc je vote pour telle liste”, sans lire ce qui est proposé pour notre quotidien », soulignent-ils avec une maturité surprenante.

Ils ont été approchés par Allons enfants, parti politique transpartisan, mais ont choisi de rester indépendants. « Comme son parti est étiqueté, ça ne représentait pas la pluralité de nos opinions », justifient-ils.

Objectif réaliste : deux ou trois sièges

Les jeunes candidats ne se bercent pas d'illusions. Sur l'un de leurs tracts figure même un « scoop » révélateur : « On ne va pas gagner les élections. » « On n'a pas envie d'être maire, on est conscient qu'on n'est pas capables de gérer la ville », explique Agathe Warnier, numéro huit sur la liste, avec une sincérité désarmante.

Leur objectif est plus modeste mais tout aussi ambitieux : obtenir deux sièges, voire trois, pour « porter une voix » différente au conseil municipal. « Évidemment, on va s'appuyer sur des gens plus qualifiés, qui connaissent mieux la ville, même s'ils sont de la majorité sortante. On veut simplement apporter un regard différent. »

Cette absence de menace réelle crée un climat apaisé avec les autres listes. « Le week-end dernier, on a distribué pour la première fois notre programme sur le marché des Avelines, et d'autres listes venaient tracter. Elles se sont montrées vraiment enjouées à l'idée de notre candidature », racontent-ils.

Pourtant, quelques tensions subsistent. Certaines de leurs affiches ont été arrachées, et un membre d'une autre liste les a accusés d'être affiliés à LFI, ce qu'Augustin Brunschvicg commente avec humour : « À Saint-Cloud, c'est l'équivalent d'être un néonazi. »

Une vision apaisée de la politique locale

« L'Élan clodoaldien » joue résolument la carte de l'apaisement et refuse la nationalisation des débats, source de clivages stériles. « Aux municipales, on est là pour penser à une ville, pas pour penser à un projet de République », explique Myrtille Bricout. « D'où la volonté de mettre de côté des postures nationales sur des sujets clivants. »

Ils citent en exemple l'amende de 1,7 million d'euros que paie annuellement la mairie pour son refus d'appliquer le quota de logements sociaux. « À l'échelle nationale, ça créerait des débats houleux. Ici, on se pose, et on constate : 70 % des gens sont éligibles. À Saint-Cloud, ce serait des infirmières, des puéricultrices, des psychologues qui y habiteraient. Tous les camps se disent que ça fait sens. C'est la prise au réel qui réduit les tensions. »

Un marathon formateur pour l'avenir

Dans cette dernière ligne droite, les jeunes candidats enchaînent chaque jour les réunions publiques, un marathon qui s'avère particulièrement formateur. « La politique, c'est un milieu qui m'intéresse à l'avenir », confie Agathe Warnier. « M'engager m'a permis d'avoir un premier aperçu de l'envers du décor, d'un monde politique qu'on décrit souvent comme un milieu de requins. »

« Mis à part quelques petites piques, ça donne une vision un peu plus calme des rapports entre opposants », abonde Myrtille Bricout. « On peut aussi avoir l'image de l'Assemblée nationale où les députés crient les uns sur les autres. Ici, pas du tout. »

À Saint-Cloud, où à peine 41 % des électeurs s'étaient déplacés en 2024, la mobilisation des jeunes reste incertaine. « Ça ne fait pas de mal d'avoir une nouvelle vision des choses. Les jeunes se sentiront peut-être plus représentés par des gens qui leur ressemblent », espère Augustin Brunschvicg.

Les élections municipales, souvent présentées comme l'élection du concret, de l'apaisement et de la représentativité, pourraient bien, grâce à des initiatives comme celle de « L'Élan clodoaldien », donner quelques idées aux élus nationaux sur la manière de renouveler le dialogue démocratique avec les jeunes générations.