À un an de l'échéance, ils sont déjà une quarantaine à caresser l'espoir de s'aligner dans la course à la présidence de la République. Un bourgeonnement de candidatures dont la plupart n'iront pas au bout. Il en va du paradis comme de la vie politique : beaucoup d'appelés et peu d'élus. D'ailleurs il n'y en aura qu'un au terme de l'élection présidentielle, qui aura lieu dans un an. Ils sont une quarantaine à caresser l'espoir de s'aligner. Un chemin semé d'embûches qui laissera nombre d'impétrants sur le bord de la route. Ce printemps 2026 propose une profusion de candidats, autant d'hypothèses plus ou moins sérieuses, plus ou moins crédibles.
Une confusion politique
La vue d'ensemble suggère une grande confusion : « C'est normal à ce stade, tempère Ludovic Renard, politologue à Sciences Po Bordeaux. C'est l'échéance clé de la vie politique française. La prochaine sera marquée par une fin de mandat chaotique, un exécutif relativement impuissant faute de majorité, un morcellement de l'opinion et des partis qui peinent à livrer leur présidentiable, exception faite des pôles de radicalité que sont LFI et le RN. » Un cocktail qui pourrait avoir un goût amer. En privé, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, s'inquiétait : « Le vrai risque, c'est que cet enchevêtrement des ambitions ne traduise un manque de rapport au réel de tous les candidats, au point que les Français jugent cela grotesque. »
Les extrêmes stabilisés
En balayant le spectre politique, on constate qu'aux deux extrêmes la distribution des rôles est à peu près stabilisée. Sans surprise, Jean-Luc Mélenchon rempile pour une quatrième candidature Insoumise à la présidentielle. L'extrême droite est suspendue au sort judiciaire de Marine Le Pen, verdict en juillet. Sans attendre, la mise en orbite de Jordan Bardella a commencé. Et de ce côté de l'échiquier, il faudra aussi compter sur une candidature zemmouriste.
Le flou du centre et de la droite
Entre les deux, c'est flou. Mais une certitude s'impose : l'éclat des primaires a pâli, à droite comme à gauche. Le patron des Républicains, Bruno Retailleau, a marqué son territoire en étant investi par les militants. Mais il devra compter sur Xavier Bertrand, patron de la Région Hauts-de-France, et David Lisnard, le maire de Cannes, officiellement déclarés. Sans oublier les probables ou possibles : Laurent Wauquiez, Dominique de Villepin…
Primaire enterrée à gauche
Au sein de la gauche non mélenchoniste, la perspective d'une primaire s'éloigne. Il n'y a guère que Marine Tondelier, des Écologistes, qui semble s'y accrocher. Le coup d'éclat de Boris Vallaud, le député PS des Landes qui a récemment quitté la direction du parti, aura pour seul mérite d'enterrer le projet. On retrouve pléthore d'hypothèses dans ce champ, et peu de certitudes, si ce n'est que Raphaël Glucksmann devrait se lancer. Qui pourra émerger ? C'est une course darwinienne dont François Hollande espère pouvoir profiter. À condition que personne ne parvienne à décoller. Jean-Luc Mélenchon sera également concurrencé sur sa gauche. Par l'inamovible Lutte ouvrière (LO), qui a fait de la présidentielle un rendez-vous « traditionnel ». Et par le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), au sein duquel Philippe Poutou, trois fois candidat, libraire à Bordeaux, est pressenti. Mais le mouvement a connu une scission : Anasse Kazib entend lui aussi se lancer. Vérifiant au passage la règle non écrite du mouvement trotskiste : pour deux militants, il existe trois courants…
Le bloc central : duel d'anciens Premiers ministres
Dans le bloc central, l'espace est occupé par le match des anciens Premiers ministres Édouard Philippe et Gabriel Attal. Le premier est officiellement candidat, le second devrait l'être. Il observe scrupuleusement le rite qui veut qu'un aspirant écrive un livre, et il est actuellement en campagne de promotion de cet ouvrage. L'un et l'autre ont largué les amarres avec l'actuel président de la République, devenu un puissant répulsif dans l'opinion. Après deux mandats, personne ne se donnera la peine de porter l'héritage d'Emmanuel Macron. Quelle trace aura-t-il laissée ? La question appartiendra bientôt aux historiens. En attendant, les deux concurrents auraient passé un « gentlemen's agreement » : le mieux placé – dans les sondages – laissera la place à l'autre. Il faudra aussi compter avec les inclassables : certains guidés par leur étoile (Michel-Édouard Leclerc), d'autres par l'ambiance populiste (Cyril Hanouna, Patrick Sébastien…), s'ils parviennent toutefois à se positionner sur la ligne de départ.
Défiance et crise démocratique
« Bien sûr, certains candidats vont réactiver le mythe de la rencontre de l'homme avec le peuple. Mais cette obsession présidentielle ne devrait pas régler la crise politique du pays. On parle de crise démocratique, je crois plutôt en une défiance envers le personnel politique. Qui nous dit que le Président élu aura une majorité aux législatives suivantes ? » interroge Ludovic Renard.
Le couperet des parrainages
À défaut de processus de sélection, le recueil de parrainages fera office de couperet pour les potentielles candidatures. La course au recueil a déjà démarré : il s'agit de recueillir 500 parrainages dans 30 départements différents. Les maires fraîchement élus, les parlementaires, les conseillers départementaux ou régionaux sont courtisés, ils détiennent les clés de ce préscrutin qui empêchera un certain nombre de candidats de se présenter sur la ligne de départ.



