Après avoir obtenu le droit de vote en 1944, les femmes françaises se rendent aux urnes pour la première fois le 29 avril 1945, à l'occasion des élections municipales. Retour sur ce moment historique à travers deux témoignages.
L'ordonnance d'Alger : un tournant décisif
Le 21 avril 1944, l'ordonnance d'Alger, prise par le gouvernement provisoire du général de Gaulle, à la suite d'un amendement du communiste Fernand Grenier, accorde le droit de vote et d'éligibilité aux femmes, presque un siècle après les hommes. Elle stipule que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Le premier vote des Françaises a lieu le 29 avril 1945 pour les élections municipales. Cela faisait huit ans que les citoyens n'avaient pas accompli leur devoir démocratique.
Une représentativité encore marginale
À l'époque, plusieurs femmes sont élues maires, notamment aux Sables-d'Olonne, en Vendée, ou à Villetaneuse, aujourd'hui en Seine-Saint-Denis. Mais leur représentativité reste marginale : seules 3 % d'entre elles deviennent conseillères municipales en 1945.
« Que cela plaise ou non, le devoir est de voter »
Dans son éditorial en première page de Sud Ouest le 28 avril 1945, veille du scrutin, Jacques Lemoîne donne le ton : « Le cœur n'y est pas. Est-ce l'absence encore de tant de membres de la grande famille française, les difficultés matérielles qu'on sait que cette consultation ne peut résoudre à elle seule, une certaine prostration morale due à tant d'épreuves accumulées, ou un scepticisme désabusé produit par le souvenir des stériles luttes politiques de jadis et par ce déboulonnage successif des idoles que les événements, iconoclastes impitoyables, nous ont donné pour spectacle ? […] Que cela plaise donc ou non, le devoir est de voter. »
Le témoignage de Simone Lahitette
En 1945, Simone Lahitette a tout juste 21 ans. Elle se rend aux urnes pour la première fois dans sa commune de naissance, à Gelos, en Béarn. Elle a ressenti une certaine fierté en déposant son bulletin dans l'urne. « Les élections se sont déroulées tout à fait simplement, l'ambiance du bureau de vote était agréable », confie-t-elle. Son entourage a bien réagi à l'annonce du droit de vote des femmes. Aujourd'hui, elle souhaite dire à la nouvelle génération : « Je leur dirais qu'il faut absolument faire son devoir de citoyenne. Pour ma part, je n'y ai jamais manqué. »
Le souvenir d'Annie Boussemart Lemaire
En avril 2015, Annie Boussemart Lemaire confiait ce témoignage pour sa grand-mère décédée : « Ma grand-mère a voté ce jour-là. Elle avait alors 43 ans. Elle a toujours été, depuis lors, la première à voter dans son village, à 8 heures du matin. On imagine sa frustration de ne pas avoir pu voter auparavant… Elle m'a transmis par son exemple l'importance de remplir ce devoir, et pourquoi pas le rendre obligatoire… Je vois là l'importance de l'enfance, de l'éducation, de la famille dans la vie d'un être humain. »
Un an après : le référendum et la Constitution
Le 21 octobre 1945, les femmes votent de nouveau lors du référendum. Le « Oui » est majoritaire aux deux questions posées : abandon de la constitution de 1875 et maintien du gouvernement de Gaulle. Les communistes sortent grands vainqueurs de l'élection de l'Assemblée constituante avec 26,2 % des suffrages. Un an plus tard, le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 inscrit ce principe : « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux des hommes. »
Aujourd'hui, soixante-quinze ans après, chaque vote de citoyenne reste un hommage aux suffragettes qui se sont battues pour défendre le droit des femmes.



