Un ralliement in extremis qui fait grincer des dents
Le ralliement de Philippe Arraou à François Bayrou, annoncé mardi 17 mars juste avant la clôture des listes pour le second tour des municipales à Pau, continue de susciter des réactions contrastées au sein de l'équipe du premier. Alors que l'accord a été présenté comme une opportunité politique, une partie des soutiens d'Arraou goûte peu ce rapprochement avec le maire sortant.
Une décision perçue comme unilatérale
« François Bayrou a très peur, il sent le souffle du boulet. Mais c'est un animal politique de haut vol, et il a su saisir l'occasion rêvée de pêcher les voix qui lui manquent », analyse un Palois proche des deux hommes. Pour ce soutien de longue date de Philippe Arraou, le ralliement est autant une surprise qu'une démonstration du sens politique aigu de Bayrou.
Pourtant, selon un membre de la liste « Arraou avec vous » qui se dit aujourd'hui « plein de rancœur », les colistiers avaient voté, lundi matin, en faveur d'un rapprochement avec Jérôme Marbot, le candidat de gauche. « Nous nous sommes réunis de 10 heures à midi, 13 étaient favorables à aller avec la gauche, 12 avec Bayrou. Et là, il nous appelle pour nous dire qu'il avait signé un accord avec François Bayrou ! On appelle ça une belle traîtrise », dénonce-t-il.
Le processus décisionnel en question
Philippe Arraou, interrogé sur ces accusations, se défend en affirmant avoir toujours fonctionné collectivement. « J'ai réuni mon équipe car on a toujours fonctionné en collectif, je me suis astreint à cette culture de prise de décision », explique-t-il. Il confirme avoir reçu un appel du Parti socialiste dimanche dans la nuit, auquel il n'a d'abord pas répondu, avant de faire « une offre de services » à l'équipe Marbot.
Après le refus de la gauche, Arraou est mis en relation avec François Bayrou « par un ami commun ». Le maire sortant formule alors lundi soir « une proposition pour prendre des gens de notre équipe, mais surtout des points de notre programme, ce qui pour moi était la condition sine qua non », précise Arraou. « Je ne cherchais pas des places sur une liste, mais à donner une suite à notre travail. »
Un accord conclu dans l'urgence
Cette fois, pas de réunion de groupe pour décider. « Il était 22 heures, j'ai téléphoné aux gens », détaille Philippe Arraou, qui reconnaît n'avoir « pas appelé les cinquante personnes de la liste ». François Bayrou confirme l'accord mardi en début d'après-midi, et Arraou annonce le remariage tardif à 17 heures, une heure seulement avant la limite de dépôt des listes en préfecture.
Des divergences au sein de l'équipe
« En faisant une liste citoyenne, il peut y avoir des divergences de vue, et on a dans l'équipe des anti-Bayrou féroces mais aussi des anti-Marbot féroces », reconnaît Arraou. Mais il insiste : « Mon équipe aujourd'hui est très heureuse de ce dénouement qui est presque inespéré avec cet accord de programme. Quand j'ai exposé à Monsieur Bayrou que la démocratie participative n'était pas négociable et qu'il m'a dit oui tout de suite, on a pu continuer à discuter. »
Un ancien colistier déçu tempête cependant : « Arraou a passé la campagne à parler de coconstruction, à expliquer que tout doit partir de la base, que le chef ne doit pas décider tout seul et là, il décide tout seul ! » Cette tension illustre les difficultés de concilier démocratie interne et réalités politiques à quelques jours du second tour.



