Nîmes 2026 : Les quartiers prioritaires prennent la parole avant les élections municipales
Alors que les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 approchent à grands pas, les comités de quartiers et les riverains des zones prioritaires de Nîmes dressent un état des lieux sans concession et confient leurs attentes pour l'avenir. Les tours de Pissevin dominent toujours le paysage urbain, symbolisant les défis à relever.
Pissevin-Valdegour : Entre espoir de rénovation et urgences sociales
Gangrenés par le trafic de drogue et minés par une pauvreté criante – 70% de la population vit avec moins de 1 200 euros par mois – les quartiers de Pissevin et Valdegour (93 hectares, 16 000 habitants) bénéficient pourtant de l'un des plans de rénovation urbaine les plus ambitieux de France. Les démolitions ont déjà commencé avec la résidence du Crous, la tour Avogadro et la galerie Wagner.
« Nous restons particulièrement vigilants et attentifs au suivi des travaux impactant le parc d'habitat social comme privé », souligne Angel Mateos, président du comité de quartier Nîmes Ouest. La sécurité demeure une préoccupation centrale, avec une demande renouvelée de dispositifs comme le couvre-feu ou la présence policière « à chaque fois que la situation l'exige ».
La rénovation urbaine fait naître l'espoir d'une relance du commerce de proximité, du développement de l'emploi local et de la mise à disposition de locaux pour les associations. « Les rez-de-chaussée d'immeubles doivent être réinvestis par le monde associatif afin de recréer du lien social », insistent les habitants. Dans le domaine sportif, tous attendent avec impatience le réaménagement du gymnase Diderot pour voir fleurir « des pratiques nouvelles et innovantes au bénéfice des jeunes et des familles ».
Mas de Mingue : Des progrès urbanistiques mais des défis persistants
D'abord vaste espace de garrigue, puis terre d'accueil des rapatriés d'Algérie, le Mas de Mingue a vu son paysage remodelé par les opérations de rénovation urbaine. Ces travaux ont permis la création saluée du collège Ada-Lovelace et du pôle éducatif Jean-d'Ormesson.
« Malgré des progrès importants concernant l'urbanisation du quartier, il reste encore des logements très insalubres », note Nadège Guillon-Ollier, présidente du comité de quartier. Les trafics illicites continuent de mettre à mal la sécurité des 3 000 habitants, même si le quartier peut s'appuyer sur un important tissu associatif et le centre socioculturel Jean-Paulhan fondé en 1980.
Cécile Marq, cheffe de service de l'Espace de Vie Sociale Samuel-Vincent, insiste : « Il est important de continuer le soutien aux structures de proximité qui connaissent les réalités locales. Il faut aussi renforcer la présence des services publics, travailler sur la qualité du cadre de vie, l'accès aux mobilités, à la culture, aux loisirs, et soutenir les projets qui favorisent la mixité ». Parmi les services indispensables réclamés : une maison médicale pluridisciplinaire dont le comité œuvre actuellement à la mise en place.
Chemin-Bas d'Avignon : Embellissement face aux incivilités
Le constat est partagé par les habitants : « Le Chemin-Bas d'Avignon s'est embelli ». Construit dans les années 60 pour accueillir les rapatriés d'Algérie, il a déjà connu deux programmes de renouvellement urbain ayant permis la création du Carré Saint-Dominique, la démolition d'immeubles et l'accueil du tracé de la ligne T2 du trambus.
Le désenclavement se poursuit, mais « c'est dommage qu'il y ait encore trop d'incivilités », se désole Hassan Ramzi, président du comité de quartier. « On souhaiterait avoir une police de proximité qui a le pouvoir de poser des actes d'autorité, mais aussi qu'elle sache dialoguer avec les jeunes en particulier ». Il met en exergue le rôle crucial des associations, « derniers remparts qui rendent possible le respect des personnes, le lien entre les habitants d'une façon intergénérationnelle ».
Les revendications concrètes des habitants
Les habitants de Valdegour, pour certains présents depuis plus de 40 ans, formulent des demandes précises au futur maire :
- La gratuité des bus, notamment le rétablissement de la navette gratuite vers Lidl
- Le retour des bus assurant la liaison avec le collège Jean Rostand entre midi et deux heures
- La réouverture du gymnase Diderot fermé depuis des années
- Une salle pour fêter les événements familiaux (mariages, baptêmes)
- Une présence plus régulière des élus dans le quartier
- Un numéro d'urgence accessible pour les problèmes techniques (fuites d'eau, chauffage)
- Davantage d'animation culturelle et le retour d'événements comme le Festivaldegour
La voix des associations et commerçants
Raouf Azzouz des Mille Couleurs à Pissevin souligne : « Le futur maire doit reconnaître le rôle et l'expertise des associations d'éducation populaire qui agissent au plus près des besoins des habitants. Cette reconnaissance doit s'appuyer sur un véritable dialogue ». Il appelle à développer l'attractivité culturelle, sociale et économique des quartiers populaires.
Zohra du Mas de Mingue insiste sur l'amélioration de la sécurité : « On aimerait que les enfants puissent circuler, jouer sans que l'on soit toujours en souci. Ce serait bien un poste de police ».
Abderrahmane Lahcene, boucher-charcutier du Chemin-Bas d'Avignon, témoigne : « Depuis très longtemps je suis installé ici et je reçois une clientèle très diverse. On souhaite que la nouvelle mairie continue les efforts de restructuration. Il faudrait toutefois obtenir plus de sécurité et encourager les gens à venir dans notre quartier car plus il y a de mixité sociale, plus les gens vivent en paix ».
Amar Zouhir, libraire-épicier du même quartier, ajoute une dimension éducative : « Ce que je souhaiterais le plus c'est qu'on ne fasse pas de l'animation que pour les jeunes, mais aussi pour ceux qui ont quitté l'école. Il faudrait les préparer à exercer un métier honorable et qu'ils poursuivent leurs études s'ils veulent plus ».
Alors que Nîmes se prépare pour les élections municipales de 2026, les quartiers prioritaires envoient un message clair : ils attendent des actions concrètes, une reconnaissance de leur expertise et une véritable inclusion dans les politiques publiques. Le futur maire devra répondre à ces attentes légitimes pour redonner un second souffle à ces territoires qui, malgré leurs difficultés, regorgent de vitalité et d'initiatives citoyennes.



