Un séisme politique se prépare à Nantes
C'est un véritable tremblement de terre politique qui se dessine dans l'un des fiefs historiques de la gauche française. Selon un sondage Odoxa exclusif que Le Point s'est procuré, réalisé pour le compte du candidat Les Républicains, la bataille pour la mairie de Nantes s'annonce extrêmement serrée entre la droite unie et la gauche divisée.
Une égalité parfaite au premier tour
Le candidat d'union de la droite et du centre, Foulques Chombart de Lauwe, récolterait 34% des suffrages si le premier tour des municipales avait lieu dimanche prochain. Il est donné à quasi-égalité avec la maire socialiste sortante, Johanna Rolland, qui obtiendrait 35% des intentions de vote.
Cette enquête, réalisée du 17 au 22 février auprès de 1 094 Nantais dont 810 inscrits sur les listes électorales, révèle une situation inédite dans cette ville dirigée par le Parti socialiste depuis 1989. Foulques Chombart de Lauwe a réussi à fédérer derrière lui une large alliance rassemblant LR, Renaissance, Horizons, le MoDem, Nouvelle Énergie de David Lisnard, ainsi que le Parti breton.
Le rôle crucial de La France insoumise
L'élément le plus instructif de ce sondage concerne le score de La France insoumise. La liste menée par William Aucant se qualifierait au second tour avec 12,5% des intentions de vote, contraignant ainsi Johanna Rolland à chercher une alliance si elle souhaite accomplir un troisième mandat.
La liste LFI devance largement l'autre formation de la gauche radicale, Nantes populaire menée par Margot Medkour, qui n'obtiendrait que 3,5% des suffrages. Cette configuration place les Insoumis en position d'arbitre du scrutin nantais.
Deux scénarios possibles pour le second tour
La physionomie du second tour à Nantes pourrait radicalement changer selon les alliances qui se formeront :
- Si La France insoumise se range derrière Johanna Rolland, celle-ci l'emporterait avec 54% des voix face à son adversaire de la droite et du centre
- En l'absence d'alliance entre la liste PS-PC-les Écologistes et celle de LFI, et si les Insoumis se maintenaient au second tour, Johanna Rolland serait battue d'une courte tête par Foulques Chombart de Lauwe (40% contre 42%)
Le candidat LR a d'ailleurs sommé à plusieurs reprises la maire sortante de clarifier sa position, l'interrogeant publiquement sur une éventuelle "alliance de la honte" avec les Insoumis.
Un contexte politique favorable à la droite
Les dirigeants des Républicains, qui plaçaient peu d'espoirs en début de campagne sur une bascule à Nantes, ont depuis révisé leur jugement au vu du climat politique dans la sixième ville de France. "On peut rêver !" se prend à espérer une figure nationale de la droite.
Pourtant, la gauche reste fortement implantée à Nantes. Jean-Luc Mélenchon était arrivé en tête avec 33% des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2022, et le Nouveau front populaire avait réalisé le grand chelem dans la ville aux législatives anticipées de l'été 2024.
Les autres forces politiques en présence
Le Rassemblement national, bien qu'en progression marginale dans cette terre de l'Ouest modéré, ne semble pas en situation de se maintenir au second tour. La tête de liste RN-UDR Jean-Claude Hulot réunirait 7,5% des intentions de vote, contre 4,8% en 2020.
Quant au candidat macroniste dissident Mounir Belhamiti, il est crédité de 5,5% des suffrages. Un ultime enseignement de l'enquête révèle que près d'un quart des sondés ne se prononcent pas à ce stade, indiquant que les deux principaux candidats ont encore de fortes marges de mobilisation avant le premier tour du 15 mars.
Johanna Rolland, numéro deux du Parti socialiste, avait été largement réélue en 2020 avec 59,7% des voix lors d'un scrutin marqué par une abstention massive de 69%. Elle dirige la ville depuis 2014, succédant à Jean-Marc Ayrault qui avait été maire de Nantes de 1989 à 2012 avant de devenir Premier ministre de François Hollande.
Le premier tour des élections municipales des 15 et 22 mars s'annonce donc particulièrement disputé dans cette ville emblématique de la gauche française, où l'union de la droite et du centre pourrait créer la surprise.



