Municipales : pourquoi le RN échoue à Lyon mais perce à Marseille
Municipales : RN échoue à Lyon mais perce à Marseille

Municipales 2026 : deux réalités politiques distinctes entre Lyon et Marseille

Marseille, ville portuaire ouverte sur le monde où l'antifascisme s'affiche dans les tribunes du stade Vélodrome. Lyon, parfois désignée comme la « capitale des fachos », terreau pour des groupuscules d'ultradroite depuis des décennies. Derrière ces deux clichés persistants, les scores du premier tour des élections municipales de dimanche sonnent comme un retour à la réalité politique des deux métropoles.

Lyon : un terreau peu favorable au Rassemblement National

À Lyon, Alexandre Dupalais, candidat pour l'union UDR/RN, totalise 7,07 % des votes, soit 14.451 voix. Il ne se qualifie pas pour le second tour. Ces résultats sont en fait plutôt classiques pour la cité du Rhône selon les spécialistes.

« Lyon est une terre d'extrême droite depuis une cinquantaine d'années mais ça a toujours été du terreau intellectuel », décrypte Romain Meltz, politologue à l'université Lyon-2. « Il n'y a jamais eu de liens - même au moment où Bruno Gollnisch était numéro 2 du parti et professeur à Lyon-3 - entre la théorisation de l'extrême droite et les scores électoraux du Front national, puis du RN. »

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Interrogé par 20 Minutes à l'occasion de la mort du militant d'ultradroite identitaire Quentin Deranque, Romain Jeanticou liait même le développement de ces groupuscules d'ultradroite à « l'absence d'une extrême droite électoraliste forte ». « Là où le RN est puissant électoralement, il neutralise les groupuscules les plus radicaux dans une logique de dédiabolisation », expliquait-il.

« Lyon n'offre pas le terreau privilégié pour mettre en place une stratégie de conquête du pouvoir », abonde Romain Meltz, évoquant la sociologie spécifique de la ville. « C'est une ville relativement préservée par un taux d'emploi important, une ville de services, peu touchée par la désindustrialisation, avec assez peu d'entrepreneuriat et une population qui se renouvelle beaucoup », analyse-t-il. Soit un électorat peu favorable au parti, qui ne dispose pas non plus de cadres implantés localement.

Marseille : une ville « complexe » aux multiples facettes

À Marseille, Franck Allisio arrive en deuxième position avec 35,02 %, soit 99.137 voix pour le parti d'extrême droite. La politologue Virginie Martin, enseignante à Kedge, n'a pas été étonnée par ce résultat. Car la poussée du RN était visible depuis plusieurs scrutins dans la cité phocéenne.

À l'occasion des élections législatives de juin 2024, le parti à la flamme avait emporté 116.345 voix, soit 48,02 % des suffrages au second tour. Trois circonscriptions sur sept étaient tombées dans l'escarcelle de l'extrême droite.

En réalité, la porosité entre les Marseillais et la droite traditionnelle, qui a pu se laisser tenter par le vote RN, ne date pas d'hier. Jean-Claude Gaudin, figure locale, est resté maire durant vingt-cinq ans. « C'est une ville de la diversité tant que les quartiers nord restent dans les quartiers nord », schématise Virginie Martin, s'accordant aux théories de l'anthropologue Michel Peraldi, fin connaisseur de la cité phocéenne. « Il y a quelques zones mixtes de rencontre, comme le centre-ville, le Stade Vélodrome… », souligne-t-elle.

Mais l'identité marseillaise peut s'exprimer différemment dans les urnes. « Marseille est une ville complexe », insiste la politologue qui énumère :

  • Une vraie bourgeoisie
  • Une communauté traditionnelle catholique et juive
  • Des immigrés
  • Des professions libérales médicales à foison
  • Des traditions provençales fortes
  • Des entrepreneurs
  • Des grosses entreprises comme la CMA-CGM
  • Des bobos
  • Des grandes écoles

Insécurité et peur du déclassement : des facteurs déterminants

Dimanche soir, Franck Allisio est arrivé en tête dans les quartiers du sud et de l'est de la ville, dans le 8e, 9e, 10e, 11e, 12e et 13e arrondissements. Par ailleurs, les Marseillais et les Marseillaises ne se sont pas précipités dans les urnes, avec une participation à 52,18 %, inférieure aux chiffres départementaux et nationaux.

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« Il n'y a pas une Marseille mais trois Marseille », récapitule Virginie Martin : « les quartiers nord, une zone mixte et les quartiers sud plutôt bourgeois. Mais on a oublié une quatrième Marseille dans les arrondissements périphériques, qui ont beaucoup muté. »

Dans ces zones, la spécialiste, qui a travaillé sur le Front national durant trente ans, envisage une population relativement jeune (25-45 ans) qui peut ressentir une forme de « déclassement », à l'instar :

  1. Des habitants des zones périurbaines
  2. Des entrepreneurs ou petits restaurateurs qui se disent lassés de « l'assistanat »
  3. Des citoyens issus de l'immigration mais sensibles aux discours sur la sécurité ou l'éducation des enfants

Un électorat de choix pour le parti d'extrême droite. « L'insécurité à Marseille ces derniers mois a été très vive et visible », note également Virginie Martin. « Sur la question, le RN a son discours bien rodé, qui fait écho aux besoins et aux enjeux. »

Ces résultats municipaux confirment ainsi que les dynamiques politiques locales restent profondément ancrées dans les réalités sociologiques et historiques de chaque territoire, dépassant les simples clichés médiatiques pour révéler des réalités électorales complexes et contrastées.