Municipales : le RN confirme son ancrage et progresse à l'Ouest
Municipales : le RN progresse à l'Ouest et confirme son ancrage

Le Rassemblement national transforme l'essai aux municipales

Sans bénéficier d'une vague électorale massive, le Rassemblement national (RN) peut néanmoins s'enorgueillir d'avoir définitivement posé le pied dans de nombreux territoires qui lui étaient jusqu'alors totalement inconnus. Ce premier tour des élections municipales prolonge ainsi les percées réalisées, notamment lors des législatives anticipées de 2024.

Une implantation durable dans l'Ouest

« Ça y est ! La Bretagne n'est plus pour nous une terre de mission mais une terre d'élection », se félicite l'eurodéputé Gilles Pennelle, chef de file du parti dans la région. Même son de cloche chez la députée de Gironde Edwige Diaz pour la Nouvelle-Aquitaine : « L'Ouest n'est plus un territoire de conquête mais clairement dorénavant d'implantation. »

Le parti de Marine Le Pen a confirmé son ancrage dans ses fiefs historiques, avec la réélection dès le premier tour de la plupart de ses maires sortants à Perpignan, Hayange, Hénin-Beaumont ou Beaucaire. Il a également conquis de nouvelles villes comme Harnes et Drocourt dans le Pas-de-Calais, Vauvert dans le Gard, ou Cagnes-sur-Mer dans les Alpes-Maritimes.

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La « conquête de l'Ouest » se concrétise

Si ces victoires ont été célébrées par l'état-major nationaliste, les yeux étaient surtout rivés sur les nouveaux territoires convoités par le RN, particulièrement ceux susceptibles de parfaire son ambitieuse « conquête de l'Ouest » le long du littoral atlantique. L'objectif : mailler plus uniformément le territoire en vue de la prochaine présidentielle.

Malgré leur modeste importance démographique, Saint-Savin et Laruscade (respectivement 3500 et 3000 habitants) deviennent les premières communes RN en Gironde. « Nous pouvons également faire tomber Saint-André-de-Cubzac, bastion de la gauche de 13 000 habitants. Où nous sommes arrivés en tête et où nous réalisons une fusion avec une liste citoyenne », se félicite Edwige Diaz.

Le parti espère également conquérir Pauillac dans le Médoc (5000 habitants), malgré une fusion des deux listes concurrentes contre sa candidate. Cependant, il n'est pas parvenu à se qualifier au second tour à Bordeaux.

Percées significatives en Nouvelle-Aquitaine et Bretagne

Ailleurs en Nouvelle-Aquitaine, le RN réalise une percée dans la Vienne en arrivant notamment en tête à Châtellerault. « Lors des dernières législatives, c'est Châtellerault qui nous a fait perdre la circonscription. Vu notre progression, ce ne sera plus le cas la prochaine fois », tempère Edwige Diaz.

Le RN parvient également à se hisser au second tour :

  • À Limoges (Haute-Vienne) avec 12,5% des suffrages
  • À Mont-de-Marsan (Landes) avec 14% des voix
  • À Agen (Lot-et-Garonne) où avec 30% des voix, le candidat RN se trouve au coude-à-coude avec deux listes centristes et de gauche

En Bretagne, la progression est moins impressionnante mais reste notable. Dans la suite des élections européennes où Jordan Bardella était arrivé en tête dans la région, le RN se qualifie au second tour à Brest, Quimper, Donge, Fougères et Saint-Malo. À Lorient, le RN passe de 890 électeurs il y a six ans à 3 100 cette année. Seule exception : Rennes, où le candidat cale sous les 7%.

« Nous nous enracinons partout et enregistrons une très forte progression. Rien qu'en Ille-et-Vilaine nous aurons au moins une vingtaine d'élus », jauge Gilles Pennelle, qui se verrait bien candidat aux prochaines sénatoriales dans le département.

Un moment de bascule en Normandie et Pays de la Loire

En Normandie, le camp nationaliste emporte sa première mairie à Harfleur (Seine-Maritime) avec le petit parti de Florian Philippot, Les Patriotes. Dans le même département, le RN signe une percée inédite en dépassant les 30% à Tréport et au Grand-Quevilly, l'ancien fief du PS Laurent Fabius.

Le RN arrive pour la première fois deuxième dans les villes préfectures d'Alençon (Orne) et de Saint-Lô (Manche). Il parvient à se maintenir au second tour au Havre, à Rouen et à Evreux, mais manque son pari à Caen.

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« Nous avons réalisé des scores importants. Mais nous restons loin des victoires que l'avenir nous promet », note l'ex-LR Douglas Potier, aujourd'hui candidat RN à Bolbec. « Le seul fait de présenter autant de candidats, qui plus est des candidats sérieux, est déjà une avancée historique. Dans les communes où le RN faisait 7% en 2014, il fait 27% aujourd'hui. »

Les Pays de la Loire ne sont pas en reste. Après la venue de Jordan Bardella et Marine Le Pen pour le soutenir, le RN Romain Lemoigne est arrivé en tête à La Flèche (Sarthe) avec près de 44% des suffrages. Le parti s'est maintenu de manière inédite à Sablé-sur-Sarthe, en Loire-Atlantique, à Fontenay-le-Comte et aux Sables-d'Olonne en Vendée.

Un enjeu crucial pour les sénatoriales et la présidentielle

Ce premier tour marque une bascule dans le rêve d'implantation locale du RN un an avant la présidentielle de 2027. « Avec 5 conseillers municipaux le RN faisait 97 voix aux sénatoriales de 2020 en Seine-Maritime. Imaginez ce que cela peut donner avec 90 conseillers municipaux RN… », souligne Douglas Potier.

Le parti devra cependant affronter lors du second tour, à l'Ouest plus qu'ailleurs, une difficulté bien connue : son absence de réserve de voix, entre l'impossibilité de conclure des alliances à droite et les possibles réflexes de « front républicain » contre lui.