Municipales à Hendaye : une configuration politique inédite pour un second tour serré
Le premier tour des élections municipales à Hendaye a dessiné un paysage politique local profondément renouvelé, avec une alliance surprenante, une percée historique et l'émergence d'une nouvelle force. Si Kotte Ecenarro est arrivé en tête dimanche, la dynamique semble désormais portée par Laetitia Navarron et le nouveau venu Tristan Proteau. Le maire sortant socialiste dispose toutefois d'un matelas confortable de plus de 700 voix sur sa première opposante.
Une alliance d'anciens rivaux qui divise l'électorat
La liste Hendaye Ensemble - Hendaia Elgarrekin, fruit du rapprochement entre le maire sortant Kotte Ecenarro et son ancien opposant Pascal Destruhaut, est arrivée en tête avec 42,82% des suffrages. Cette union baptisée « contre nature » par ses détracteurs n'a toutefois pas réussi à fédérer l'ensemble des électorats des deux hommes.
Le pari de l'alliance apparaît mitigé : alors que leurs scores additionnés atteignaient 74% en 2020, le résultat actuel démontre que le rapprochement n'a convaincu qu'à moitié. Kotte Ecenarro se défend pourtant de cette analyse : « Mon score est meilleur que la fois d'avant. Je pense que l'alliance que nous avons menée était porteuse », a-t-il déclaré à la proclamation des résultats, rappelant qu'il n'avait obtenu que 41,08% il y a six ans.
La percée historique de la gauche abertzale et citoyenne
La véritable surprise de ce premier tour réside dans la spectaculaire progression de Laetitia Navarron et de sa liste Hendaia Biltzen - Uni.e.s pour Hendaye. Avec plus de 1 000 suffrages gagnés (passant de 768 à 1 774 voix), leur résultat double quasiment en proportion pour atteindre 30,63% des bulletins exprimés.
Jamais un représentant abertzale n'avait atteint une telle hauteur dans la cité frontalière. Cette percée s'explique par plusieurs facteurs : la ténacité de l'opposante au Conseil municipal pendant six ans, notamment sur la question totémique du logement, mais aussi l'ouverture de sa démarche à d'autres sensibilités politiques.
Bien que composée en grande partie d'abertzale, la liste s'est présentée sous le qualificatif plus consensuel « de gauche et citoyenne », permettant de faire sauter un plafond de verre électoral. Malgré ce succès historique, la marche vers la victoire reste élevée avec plus de 700 voix de retard sur le maire sortant.
L'émergence confirmée d'un électorat de droite
Tristan Proteau et sa liste Vivre Hendaye, l'avenir vous appartient ont réalisé une autre performance notable en obtenant 26,55% des suffrages (1 538 bulletins). Le candidat, qui n'a pas caché son appartenance au parti Les Républicains, a fait campagne sur des thématiques traditionnellement de droite, notamment la sécurité et la remise en cause du dispositif SRU imposant 25% de logements sociaux.
Ce positionnement bouscule un curseur hendayais traditionnellement plus à gauche et prouve l'existence d'un électorat de droite substantiel dans la commune. « C'est inespéré », confiait encore Tristan Proteau à « Sud Ouest » en début de semaine, visiblement surpris par l'ampleur de son score.
Le porte-voix de 28 ans ne compte pas s'arrêter en si bon chemin et vise désormais la deuxième place, n'étant séparé de Laetitia Navarron que par un peu plus de 200 voix. « Les 1 000 voix de retard sur Ecenarro, c'est un défi qu'on est prêt à relever », affirme-t-il avec ambition.
Les stratégies pour le second tour
Les trois candidats ont déjà dévoilé leurs stratégies pour l'entre-deux-tours :
- Kotte Ecenarro et Hendaye Ensemble tiendront une réunion publique ce jeudi 19 mars à 18 heures aux Halles de Gaztelu
- Laetitia Navarron et Hendaia Biltzen organiseront leur rencontre le vendredi 20 mars à 18h30 à l'école élémentaire Ville, en présence du député Peio Dufau
- Tristan Proteau et son équipe préfèrent une déambulation dans les rues à la rencontre des citoyens, débutant ce mardi soir par le quartier de la plage
Tous les candidats comptent particulièrement mobiliser les 42,88% d'abstentionnistes (4 508 électeurs) qui pourraient faire basculer l'élection. Laetitia Navarron résume ainsi sa stratégie : « Il y a ceux qui l'ont fait par choix et qu'il faut convaincre, ceux qui ont oublié d'aller voter et ceux qui n'étaient pas favorables à la liste du maire mais ne pensaient pas que l'on pouvait représenter une alternative ».
Le second tour s'annonce donc particulièrement indécis dans cette commune basque où les équilibres politiques traditionnels ont été profondément bouleversés.



