Campagne municipale en Dordogne : les coulisses d'une semaine politique animée
La campagne pour les élections municipales en Dordogne a connu une semaine particulièrement animée du 7 au 12 mars, marquée par des échanges vifs entre candidats, des stratégies de communication calculées et quelques petites manœuvres révélatrices des tensions politiques locales.
Les griffes sorties à Périgueux
Lors de son dernier meeting mercredi 11 mars, Émeric Lavitola, candidat socialiste à la mairie de Périgueux, n'a pas mâché ses mots en passant en revue ses adversaires. À propos de Michel Cadet, il a déclaré : « Il défend un programme attrape-tout, dénigrant le SMD3 alors qu'il a sa directrice adjointe dans son équipe. » Concernant Antoine Audi, l'ancien maire, il a ironisé : « Sa proposition phare, c'est de démonter lui-même les panneaux devant Monoprix ; or c'est lui, quand il était maire, qui a supprimé le rond-point qui permettait de faire demi-tour sur les boulevards. »
Le candidat socialiste a également visé Vincent Belloteau, affirmant que sa stratégie était nationale et que La France Insoumise « s'impose partout où il y a des majorités de gauche pour les faire perdre », tandis qu'il a reconnu le « bon droit » de Jonathan Almosnino à mener une lutte nationale.
La guerre des photos commémoratives
Le 3 mars, pour les dix ans de la disparition d'Yves Guéna, deux candidats à la mairie de Périgueux se sont rendus sur sa tombe. Émeric Lavitola et Antoine Audi ont chacun publié une photo de l'événement sur Facebook, mais avec une différence notable : sur la photo du socialiste, les deux candidats apparaissent côte à côte, tandis que sur celle publiée par l'ancien maire, Lavitola est hors-champ. Une coïncidence qui interroge sur les stratégies de communication en période électorale.
Michel Cadet, autre candidat de droite, a quant à lui choisi une approche différente en mettant en scène son équipe devant le mémorial à Tourny, bien que des photos publiées par le directeur départemental des Républicains indiquent qu'il s'est également rendu à l'hommage à Chantérac. Des absences remarquées sur les photos d'Antoine Audi, révélant les tensions au sein de la « grande famille gaulliste ».
Le sport au cœur des campagnes
La campagne municipale a également touché le monde sportif local. À Sarlat, le colistier du candidat RN, également président d'un club de Zentai Budo, a été contesté par le fondateur de cette association. À Bergerac, un club de tennis a exprimé son désaccord avec le projet d'un candidat.
Mais c'est à Razac-sur-l'Isle que la position la plus prudente a été adoptée. Le bureau du club de tennis a publié un message clair sur les réseaux sociaux : « En pleine campagne municipale, notre club a été au cœur des débats. Nous tenions à vous préciser que nous ne souhaitons être associés à aucune des deux listes. Nous remercions la mairie pour les investissements réalisés et son soutien depuis 2015. Bonne chance aux deux listes et au plaisir de travailler avec les vainqueurs. » Une manière de préserver l'avenir du club quelle que soit l'issue du scrutin.
Stratégies de communication et jeux de mots
Lors de son meeting, Émeric Lavitola a démontré une maîtrise certaine des stratégies de communication. Il a réussi à parler du bilan de la mandature sans jamais citer le nom de sa prédécesseure, Delphine Labails, qui a occupé le fauteuil de maire durant quatre ans et demi. Il a conclu en utilisant le collectif : « On est fier, l'équipe municipale sortante, d'avoir proposé l'animation Un été sur les quais. » Une véritable partie de Taboo politique où certains noms deviennent des mots interdits.
Les chiffres et les délais de campagne
Les dernières réunions de campagne sont aussi l'occasion de mesurer son influence. À Bergerac, une colistière de Fabien Ruet (divers gauche) a même lancé un « faites attention pour qui vous roulez » à un journaliste de Sud Ouest, montrant la pression qui peut s'exercer sur la presse locale.
Antoine Audi, quant à lui, a défendu le calendrier de sa campagne lors de son meeting à Périgueux. Il a affirmé que son équipe n'était pas partie « trop tard », ayant distribué 18 000 tracts en trois jours, contrairement à d'autres qui seraient partis « trop tôt », en référence à Michel Cadet, candidat depuis quinze mois. L'ancien maire a même trouvé une parade originale : « J'avais dit que je ferai deux mandats, je suis donc parti il y a douze ans », revendiquant ainsi une expérience politique longue et variée.
Le RN face à ses limites en Dordogne
Sur sa page Facebook, la députée RN Nadine Lechon relayait fièrement un message de Jordan Bardella annonçant « 55 listes soutenues par le Rassemblement national en Gironde ». En revanche, elle est restée beaucoup plus discrète sur la situation en Dordogne, où seules deux listes RN se présentent, à Bergerac et Sarlat. Pire pour la députée, elle n'est pas parvenue à monter une liste dans la principale ville de sa circonscription : Périgueux. Un échec notable qui montre les limites de l'implantation du parti dans ce département.
Cette semaine de campagne en Dordogne a donc révélé toutes les facettes d'une élection municipale : attaques personnelles, stratégies de communication, petites manœuvres et réalités politiques locales. Les candidats jouent leurs dernières cartes avant le scrutin, dans un contexte où chaque détail peut faire la différence.



