Bordeaux : les candidats aux municipales confrontés aux défis de la ville
Municipales à Bordeaux : les candidats face aux professionnels

Un débat intense à Bordeaux à l'approche des municipales

Ce mardi 24 février, l'Umih, le syndicat des métiers de l'hôtellerie et de la restauration, a organisé une rencontre cruciale avec les trois candidats les plus susceptibles d'être élus à la mairie de Bordeaux. Philippe Dessertine, Thomas Cazenave et Pierre Hurmic ont répondu pendant trois heures aux interrogations d'une cinquantaine de professionnels du secteur. Laurent Tournier, vice-président de l'Umih 33, a justifié cette sélection en affirmant qu'il s'agissait des principaux prétendants au siège de maire.

La piétonnisation : un sujet qui divise profondément

Le premier thème majeur abordé a été la piétonnisation du centre-ville, un point de fracture évident entre les candidats. La question centrale : faut-il permettre à plus de voitures de revenir en ville ? Une professionnelle a déploré que "les gens de l'extérieur ne viennent plus à Bordeaux", reflétant les inquiétudes du secteur.

Philippe Dessertine a pris une position nuancée : "On ne peut pas renoncer à la voiture dans une ville de 50 kilomètres carrés", tout en privilégiant les véhicules électriques. Il a assuré que "pouvoir stationner n'est pas contradictoire avec la piétonnisation de la ville".

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Thomas Cazenave a proposé des moratoires sur la suppression des places de stationnement et sur la piétonnisation, suggérant même des heures de stationnement gratuit certains jours. Il a critiqué le "repli sur elle-même" de la ville.

Pierre Hurmic a défendu une vision différente : "Le sens de l'histoire, c'est les transports collectifs". Il a rejeté l'adage "No parking, no business" comme dépassé, citant une étude de la Chambre de commerce montrant que le taux de locaux vacants est passé de 9,4% à 7,4% entre 2024 et 2025, ce qu'il attribue à la politique de piétonnisation.

La sécurité : des approches contrastées pour rassurer

Le climat d'insécurité à Bordeaux préoccupe fortement les professionnels, qui estiment qu'il dissuade clients et employés potentiels. Philippe Dessertine veut prioritairement s'attaquer au trafic de stupéfiants, "parce que c'est de lui que découlent toutes les formes de criminalité". Ses propositions incluent le renforcement des effectifs de police municipale travaillant aussi la nuit, le déploiement d'au moins 1 000 caméras utilisant l'intelligence artificielle, et un meilleur éclairage des pistes cyclables et des zones d'attente de taxis.

Thomas Cazenave a évoqué un "plan Marshall de la sécurité", avec le recrutement d'une centaine de policiers municipaux supplémentaires armés et logés en caserne. Il cible particulièrement les quartiers Victoire-Capucins et les Bassins à flot, où une brigade de nuit serait déployée, tout en promettant de renforcer la vidéoprotection et de "rallumer l'éclairage public".

Pierre Hurmic a rappelé que le nombre d'agents municipaux est déjà passé de 164 à 241, et que la délinquance a baissé de 4,1% entre 2019 et 2024 selon le ministère de l'Intérieur. Reconnaissant qu'"il y a de la délinquance", il veut renforcer la police de proximité avec huit "quartiers de vie" dotés chacun d'un référent, et promet que le passage à 100% de l'éclairage public en LED d'ici 2030 apportera plus de lumière nocturne.

Les commerces frauduleux : vers un renforcement des contrôles

Face aux plaintes des hôteliers et restaurateurs concernant les concurrences déloyales, Philippe Dessertine propose d'intensifier les contrôles. Il s'interroge ouvertement : "Il faudra se demander comment il peut y avoir autant de commerces dans certains secteurs et qu'ils soient tous rentables. On peut supposer que certains font du blanchiment". Après le drame de Crans-Montana en janvier 2026, il exprime une "obsession" pour la sécurité incendie dans les bars dansants.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Thomas Cazenave partage cette préoccupation, martelant "des contrôles, des contrôles, des contrôles", notamment vis-à-vis des camionnettes vendant nourriture et alcool la nuit, et des locations Airbnb. Il questionne : "Passer de 120 à 90 nuitées par an, c'est bien, mais qui le contrôle ?", notant qu'il ne resterait qu'un seul agent pour cette mission selon Laurent Tournier.

Pierre Hurmic revendique la décision sur les locations Airbnb et annonce "un nouveau règlement pour les terrasses, qui permettra de sanctionner les professionnels qui ne remplissent pas leurs obligations". Il précise que la police municipale sera mobilisée dans ce sens, avec possibilité de solliciter la police nationale.

Cette rencontre a ainsi mis en lumière les divergences et convergences entre les candidats sur des sujets cruciaux pour l'avenir de Bordeaux, à quelques semaines des élections municipales qui façonneront la politique locale pour les années à venir.